‹ Repertoire general du theatre francais Th. CorneilleChapitre 75 sur 200 · ÉLISABETH , LE GOM-TE D’ESSEX · texte numérisé non relu

ÉLISABETH , LE GOM-TE D’ESSEX

■„ LA DUCHESSE i TI L NE Y.

y Elisabeth. ..

Comte, j^ài tout appris, et je vous parlé instruite De l’abîme où vous jette une aveugle conduite :

J’eü sais l’égarement, et par quel» intérêts .

Vous avez jusqu’au trône élevé vos’projéts.

Vous voyez qu’en-faveur de ma première estime , Nommant égarement le plus énorme crime, ' •

Il ne tiendra qu’à vous que de vos attentats Votre reine auj.aurd’hui jie se souvieunq pas. ,

Pour un. si grand effort qu’ellè offre, de ieiàire ,

Tout ce qü’elle demande est up aveu sm çèref:

I ).o ■ LE C 0. .U TE T> K S S E X .

S'il fait peine a l’orgueil qui vous fit trop oser, -Songez, qu’on risque tout à me le refuser;

Que quand trop de bouté fait agir ma démeucc*

Qui l’ose dédaigner doit craindre ma vengeance, Que j’ai la foudre en main peur qui monte-trop haut, Et qu’un mot prononcé vous inet sur l^chafaud.

LE COMTE d’ ES S E X^.

Madame , vous pouvez résoudre de ma peine.

Je connois ce que doit un sujet h sa reine ,

Ët sais trop que le trône -où le ciel vous fait seoir Vous donne sur ma vie.un absolu pouvoir :

Quoi que d’elle par vqus la calomnie ordonne r • Elle m’est odieuse, et je Vous l’abandonne ;

Dans l’état déplorable où sont réduits mes jours ,

Ce sera m’obliger que d’en rompre le cours.

Mais ma gloire qu’attaque une lâche imposture. Sans indignation n’en peut souffrir l'injure :

Elle est assez K moi pour me laisser en droit De voir avec douleur l’affront qu’elle reçoit.

Si.de quelque attentat vous avez à vous plaindre,

Si pourl’Etattremblantlasuitccn est S craindre, C’est à voir des flatteurs s'efforcer aujourd’hui,

En mq rendant suspect, d’en abattre l’appui. .

ELISABETH

La fierté qui vous fait étaler vos services • Donncde la vertu d’assez foibles indices ; . *

Et si vous m’eu croyez, vous chercherez en moi Un moyen plus ccrtaiu.... „

, > LE COMTE n’ESSEX.

Madame , je le voi ,

Des traîtres, des médians accoutumés au crime, M’ont par leurs faussetés arraché votre estime ; -

Et toute ma vertu contre .leur lâcheté S'offre en vain pour garant de ma fidélité'.

Si de la démentir j’avois été capable,

Sans rien craindre de vous, vous m’auriez vu coupable, C’est au trône, où peut-être on m’eùl laissé monter Que je me fusse mis en pouvoir d*ëclaler.

J ’a u rois, en m’élevant à ce degré sublime,

Justifié ma faute en coin mettant -le crime;

Et la ligue qui cherche à me perdre iunoeent N’eût Vu mes.altentats qu’en les applaudissant.

ELIS ABETn.

Et n'as-tu pas, perfide , armant la populaty,

Essayé., mais en vain, de te méltro en ma place? Mon palais investi ne te conv ainc-t-il pas Du plus grand, du plus noir de tous les attentats? Mais, dis-moi, car enfin le courroux qui m’anime Ne peut faire céder ma tendresse à ton crime ;

Et si par sa noirceur je tache à l’étonner,

Je né te la fais voir que pour te pardonner : . Pourquoi vouloir ma perle ? elqu’avoitl’ait ta reine Qui dut à sa ruine intéresser ta, haine?

Peut-être ai-je pour toi montré quelque rigueur, Jjorsque j’ai mis obstacle au penchant de ton cœur. Suffolkft’avoitcharmé : mais si tu peux te plaindre Qu'apprenant cet amour j’ai tâché de l’éteindre , Songea quel prix, ingrat^etpar combien d’houneurs Mon estime a sur toi répandu mes faveurs. - C’est peu dire qu’estiinc, et tu l’as pu coimoître : Un sentiment plus loft de moircœur fut le maître. Tant de princes, de rois, de héros méprisés ,

Pour. qui, cruel ,-Bour qui les ai-je refusés?

122 IE COMTB I>’tS5EI.

Leur hyiueneùt, sans doute, acquisà mon cmpiro ' Ce comble de puissance où l’on sait que j’aspire : Mais, quoi qu’il m’assurât, ce qui m’ôtoit à toi Ne pouvoit rien avoir de sensible pour moi. '

Ton ccfeur, dçnt je tcnois la conquête si chcre, * Etoit l’uniquel)icn capable de nie plaire;

Et si l’orgueil du trône eût pu me le souffrir,

Je t’eusse offert ma main afin de l’acquérir.

Espère , et tâché k vaincre un scrupule de gloire , Qui, combattant mcsvœux, s’opposeà ta victoire : Mérite paé tes soins que mon cœur adouci Consente à n’en plus croire un importun souci : . Fais qu’à ma passion je m’abandonne entière;

Que cette Elisabeth si hautaine, si lière,

Elle à qui l’univers ne sanroit reprocher Qu’on ait vu son orgueil jamais se,relâcher,

Cesse enfin, pour te mettre où soh amour t’appelle, De croire qu’un sujet ne soit pas digne d’elle. Quelquefois à céder ma fierté se résout ; .

Que sais-tu si le temps n’en viendra pas kLout ? Que sais-tu.... . -,

• LE COMTE .d’eS^X.

Non, Madame, et je puis vous le dir£, L’estime Je ma reine à mes vœux doit suffire; *

Si l’amouf la portoit à dés projets trejMtas,- Je trahirois sa gloire k ne- l’empêcher pas. .

- .. ELIS ABETII. • - • . •

Àh! je vois trop jusqu’où la tiennje se ravale : ' '

Ler trône te plairoit', mais av^c ma* rivale.

Quelque appât qu’ait pour toi l’ardeur qui te séduit, Preods-y garde, ta mort enpqpt être le fruit. '« '

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