‹ Repertoire general du theatre francais Th. CorneilleChapitre 91 sur 200 · ACTE HT, SCEWE TV. 1 3y · texte numérisé non relu

ACTE HT, SCEWE TV. 1 3y

Et l'ingrat, qui m’oppose une fierté rebelle,

Sur enfin d’être heureux , voudra vivr e pour elle.

LA DUCHESSE

Si par là seulcmentVous croyez le toucher, Apprenez un secret qu’il ne faut plus cacher.

De l’amour de Suffolk vainement alarmée ,

Vous la punîtes trop} il ne l’a point aimée:

C’est moi seule , ce sont mes criminels appas Qui surprirent son cœur que je n’attaquois pas.

- Par devoir , par respect, j’eus beau vouloir éteindre Un feu dont vous deviez avoir tant à vous plaindre, Confuse de scs vœux j’eus beau lui résister}

Comme l’amour se flatte , il voulut se flatter :

Il crut que la pitié pourroit tout sur votre ame , Que le temps vous rendroit favorable à sa flamme} Et quoiqu’énfin pour lui Suffolk fût sans appas ,

•Il .feignit de l’aimer pour ne m’exposer pas.

Son exil étonna cet amour téméraire}

Mais si mon intérêt le força de se taire,

Son cœur , dont la contrainte irritoit les désirs ,

Ne m en donna pas moins ses plus ardens soupirs. Par moi qui l’usurpai vous en fûtes bannie;

Je voûs nuisis, Madame, et je m’en suis punie : Pour vous rendre les vœux que j’osois détourner, On demanda ma main , je la voulus donner.

Eloigné de la cour, il sut cette nouvelle :

Il revient furieux, rend le peuple rebelle ,

S en lait suivre au palais dans le moment fatal Que 1 hymen me livroit au pouvoir d’un rival ;

11 venoit l’empêcher, et c’est ce qu’il vous cache.

V oilà par où le crime à sa gloire s’attaclie.

l^o LE COMTE d’eSSEX.

On traite île révolte un fier emportement, Pardonnable peut-être aux ennuis d’un amant :

S’il semble un attentat , s’il en a l’apparence L’aveu que je vous fais prouve son innocence.

Enfin , Madame , eufin , par tout ce qui jamais Put surprendre , toucher , enflammer vos souhaits, Par- les plus tendres vœux dont vous fûtes capable, Par lui-mêiue , pour vous l’objet le plus aimable , Sur des témoins suspects qui n’ont pu l’étonner,

Ses juges à la mort l’out osé condamner.

Accordez-moi ses jours pour prix du sacrifice Qui m’arrachant à lui vous a rendu justice;

Mon cœur en souffre assez pour mériter de vous Contre un si cher Coupable un peu moins de courroux.

ÉLISABETH

Ai-je bien entendu? Le perfide vous aime ,

Mc dédaigne , me brave ; et , contraire à moi-même Je vous assurerois , en l’osant secourir ,

La douceur d’être aimée et de me voir souffrir ! Non , il faut qu’il périsse , et que je sois vengée;

Je dois ce coup funeste à ma flamme outragée: il a trop mérité l’arrêt qui le punit;

Innocent ou coupable, il vous aime , il suffit.

S’il n’a point de vrai crime , ainsi qu’on le veut croire Sur le crime apparent je sauverai ma gloire;

Et la raison d’Etat, en le privant du jour.

Servira de prétexte à la raison d’amour.

LA DUCHESSE

Juste ciel ! vous pourriez vous immoler sa vie !

Je ne me repens point de yous avoir servie ;

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