MADAME DE SEVIGNÉ A M. DE COULANGES
fection. En suivant l'ordre des anciens auteurs, on est frappe des différences qu'un intervalle de quelques années apporte dans leurs écrits. On assure nicme que des formules de prières, que la tradition a respectées, peuvent à peine être entendues par des hommes lettrés. Romulus n'entendrait plus son peuple, comme il ne reconnaîtrait plus sa ville".
Si je l'ose dire, la langue des Romains ne sera tout ce qu'elle peut être, elle n'obtiendra tout ce qui lui manque, que quand ils connaîtront bien la nôtre. Nos poëtes, nos philosophes, nos orateurs, prépareront chez eux le règne de la poésie, de la philosophie et de l'éloquence^. Ils puiseront chez nous les règles et les exemples ; sans être imitateurs, ils les adapteront à leur génie ; et, brillant alors de leur propre lumière, ils pourront laisser à la postérité des monuments plus durables que le Capitole.
De Théis. Voyage de PolyelHe.
De Théis {Alexandre), Né à Nantes en 1765, mort en 1842. L'excellent omTage de M. de Théis, Voyage de Polycltte à Rome, dont nous avons extrait cette lettre, semble imité du Voyoye du jeune Anackarsîs fn Grèce de Bartliéletay ; cette description des mœurs et usages <ks anciens Romains parut pour la première fois en 1822.
MADAME DE SEVIGNE A -V. DE COULAA'GES'^.
Paris, lundi 15 décembre 1670.
Je m'en vais vous mander la chose la plus étonnante, la fhis surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, h. plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la pins singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la fhjs impré'.Tie, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la fins commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu'à au-
• Romulus fonda Rome en 753 (avant l'ère vulg.).
' Le siccle d'xVuguste ; Virgile, Horace, Properce, Tite-Live, TibuUe, Ovide, Vitrnve, etc.
* M. de Coulanges, cousin a;ermain de madame de Sévigné, et un de» Kcmnics les i,'lu3 aimables et les plus spirituels de son temps.