‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 139 sur 320 · INVOCATION A LA PAIX · texte numérisé non relu

INVOCATION A LA PAIX

Grand Dieu, dont la seule présence soutient la nature et maintient l'harmonie des lois de l'irnivers, vous quï^, du trône immobile de Veinpyrée^, voyez rouler sous vos pieds toutes les sphères célestes sans choc et sans confusion : quij du sein du repos, reproduisez à chaque instant leurs naouveraents immenses, et seul rtVissez dans ime pais profonde ce nombre infini de cieux et de mondes ; rendez enân le calme à la terre agitée ; qu'elle soit dans le silence ! qu'à votre voix la discorde et la guerre cessent de faire reteatir leurs clameurs orgueilleuses !

Dieu de bonté, auteur de tous les êtres, vos regards paternels embrassent tous les objets de la création; mais l'honame est votre être de choix ; vous avez éclairé son âme d'un rayon de votre lumière immortelle ; comblez vos bieniaits en pénétrant son cœur d'un trait de votre amour : ce sentiment di^in, se répandant partout, réunira les nations eimemies ; l'homme ne craindra plus l'aspect de l'homme, le fer homicide" n'armera plus sa main ; le feu dévorant 4e la guerre ne fera plus tarir^ la source des générations ; l'espèce humaine, maintenant affaiblie, mutilée, moissonnée dans sa fleur, germera de nouveau, et se multipliera sans nombre j la nature, accablée sous le poids des fléaux, stérile, abandonnée, reprendra bientôt avec une nouvelle vie son ancienne fécondité ; et nous. Dieu bienfaiteur, nous la seconderons, nous la cultiverons, nous l'observerons sans cesse, pou.r vous ofiVir à chaque instant un nouveau tribut de recojmaJssanoe et d'admiration. Buffon. {Voyez p. 61.)

XJSTUDE DE I,A NATURE.

L»s .âraes ««tantes eUeiehent psyrtout un objet aimable .%tti aie puisse plus changer : elles croient le trouver ,daos vsx livre ; niais je pense qu'il vaut mieux pour elles s'aitacher à la nature, qui, comme nous, change toujours. Le livre le plus sublime ne nous rappelle qu'un auteur mort, et la

' Voyez la page 61, note *.

*" C'est le lieu le plus élevé du ciel. Empyrée est dérivé du grec kv (en) dans, et de irvp {pur) feu.

plus humble plante nous parle d'un auteur toujours vivant ; d'ailleurs, le meilleur ouvrage sorti de la main des hommes peut-il égaler jamais celui qui est sorti de la puissance de Dieu? L'art peut produire des milliers de Théocrites et de Virgiles; mais la nature seule crée des milliers de paysages nouveaux en Europe, en Afrique, aux Indes, dans les deux mondes. L'art nous ramène en arrière dans un passé qui n'est plus : la nature marche avec nous en avant, et nous porte vers un avenir qui vient à nous. Laissonsnous donc aller comme elle au cours du temps ; cherchons nos jouissances dans les eaux, les prés, les bois, les cieux, et dans les révolutions que les saisons et les siècles y amènent. Ne portons point, dans notre vieillesse catfwgwe', nos regards et nos regrets vers une jeunesse fugitive ; mais avançons-nous avec joie, sous la protection de la Divinité, vers des jours qui doivent être éternels.

L'étude de la nature est si étendue, que chaque enfant peut y trouver de quoi développer son talent particulier. On dit que d'Annuel, étant au collège, n'étudia, dans Tirgile, que les seuls voyages d'Enée. Il en fit un fort hon itinéraire ; toutes les beautés de la poésie disparurent pour lui ; il ne vit dans le poëte qu'un géographe, et il prouva ainsi qu'il le deviendrait lui-même.

INIais la nature offre à l'homme un poëme bien plus étendu que celui de l'Enéide : laissons chaque enfant l'étudier suivant son instinct; il en résultera toujours quelque bien pour la société. Un pré leur suffit : c'est un livre à plusieurs feuillets ; le botaniste y verra des systèmes, le médecin des simples", le peintre des guirlandes, le poëte des harmonies, le guerrier un champ de bataille, l'amant uu lieu de repos, le paysan des bottes de foin ; mais quand ils ne devraient tous y voir que des bouquets, laissez-les en couronner leurs jevmes compagnes : les jeux naïfs et innocents de l'enfance valent mieux que les études pénibles et jalouses des hommes.

Bernardin de Saint-Pierre. {Voi/ez la page bl.)

' D'Anville, célèbre géographe, né à Paris en 1697, et raort dans la même ville en 1782. On lui doit d'excellentes cartes pour la géographie ancienne.

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