GUIRAUD
dans leur camp, les Prétoriens^ reconnurent aussitôt qu'il leur était impossible de se défendre derrière ces remparts où les insultes du peuple allaient toujours les assaillir, et ils se demandèrent, en regardant leurs armes, s'ils devaient attendre que la mort vînt les chercher là. Tout à coup, sans qu'aucune voix se fût élevée pour donner conseil, comme si le même péril eût inspiré à tous la même pensée, mille bras agitèrent à la fois les piques longues et pesantes, et un cri unanime et furieux se fit entendre jusqu'au forum : " Hors des portes ! Hors des portes /" Et, en même temps, rangés en bon ordre sous la conduite de leurs chefs, ils s'avancèrent, d'im pas rapide et régulier, contre le peuple qui fit d'abord boime contenance, et répondit, par de grandes clameurs et des coups portés au hasard, à la grêle de traits qui vint fondre sur lui. En avant de la foule, quelques gladiateurs, et, parmi eux, ce gladiateur à haute stature qui, sur tous les points de l'empire, ne manquait à aucun désordre, étalaient, avec une sorte de complaisance et de bravade, leurs formes athlétiques et leur dextérité à manier le bouclier et l'épée. D'un autre côté, Gallicanus^ et quelques autres sénateurs, qui avaient poussé le peuple dans cette entreprise, et qui faisaient parade d'unir leurs intérêts aux siens, parcouraient les groupes avec des paroles tour à tour violentes et flatteuses, et des promesses qui ne donnaient à cette masse turbulente ni courage ni discipline. Aussi le premier choc des Prétoriens la dispersa ; et, refoulée dans les rues de Rome, le désordre de sa fuite y porta l'épouvante et le désespoir. Les Prétoriens, en effet, qui la suivaient, l'épée aux reins, et dont on avait engagé si maladroitement l'existence dans cette lutte, justifiaient amplement ces terreurs par l'horrible carnage que faisaient leurs armes de toute cette populace, qui n'était plus là, fuyant et tournant le dos, que pour se lîûsser tailler
• Prétoriens. Troupes qui formaient la garde de l'empereur. Ils se rendirent bientôt tout-puissants, firent et défirent les empereurs à leur gré ; ils allèrent même jusqu'à mettre l'empire à l'encan.
* Gallicanus, consul, natif de Carthage, excita une .lolente sédition dans Rome sous Maxime et Balbin, et excita le peuple à assiéger les Prétoriens dans leur camp.