‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 181 sur 320 · DEMENCE DE CHARLES VI · texte numérisé non relu

DEMENCE DE CHARLES VI

On était aïors au comnieRcement d'août, dans les jours les plus chauds de l'aimée. Le soleil était ardent, surtout dans ce pays sablonneux. Le roi était à cheval, vêtu de l'habillement court et étroit qu'on nommait une jacque'^ ; le sien était en velours noir et l'échaaffait beaucoup. Il avait sur la tête un chaperon de velours écarlate, orné d'un chapelet de grosses perles, que lui avait donné la reine^ à son départ. Derrière lui étaient deux pages à cheval ; l'un portait un de ces beaux casques d'acier, légers et polis qu'on fabriquait alors à Montauhan'^ ; l'autre tenait une lance, dont le fer avait été donné au roi par le sh'e de La Rivière, qui l'avait rapporté de Toulouse, où on les forgeait mieux que nulle part ailleurs. Pour ne pas incommoder le roi par la pou.sfflèrc et la chaleur, ou le laissait marcher ainsi presque seul. Le duc de Bourgogne et le' duc de Berri étaient à gauche, quelques pas en avant, conversant ensemble. Le duc d'Orléans, le duc de Bourbon, le Sire de Coucy et quelques autres ^taieat aussi en avant, formant un autre groupe. Par derrière, les sires de Navarre, d'Albret, de Bar, d'Artois, et beaucoiîp d'autres formaient une assez grande troupe.

On cheminait en cet équipage, et l'on venait d'entrer dans la grande forêt du Î.Ians, lorsque tout à coup sortit de derrière vm arbre, au bord de la route, un homme de haute taille, la tête et les pieds nus, vêtu d'une méchante souquenUle^ blanche. Il s'élança et saisit le cheval du roi par la tri«k:

"N« va pas plus loin, noble roi," cria-t-il d'une voix terrible; "retourne, tu es trahi!" Les hommes d'armes accoui-m'ent sur le champ, et frappant du bâton de leurs lances

* On a conservé dans la langiie familière le Mme jaquette.

•> Isaheau, ou Isabelle de Bavière, fille d'Etienne II, duc de Bavière, naqait en 1371. Eile était d'une très-grande beauté; mais aimant le ^Jxe et les plaisirs, elle se montra bientôt violente, avide, incapable de modérer ses désirs. Elle mourut à Paris en 1445, après avoir vécu dans l'cpprubre. (Voyez dans ce lU'perloire l'extrait de l'histoire de Charles Vl, par Jean Juvéïial des Ursins.J

« Alontauhan, aujourd'hui chef-lieu du département de Tarn-et- Caroiiiie.

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