‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 187 sur 320 · VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

VICTOR HUGO

vestiges ; aujourd'hui il n'en reste que le souvenir, et çà et là une tradition, la porte Baudets ou Baudoyer, porta Bar/auda. Peu à peu, le flot des maisons, toujours poussé du cœur de la ville au dehors, déborde, ronge, use et eiface cette enceinte. Philippe-Auguste lui fait une nouvelle digue. Il emprisonne Paris dans ime chaîne circulaire de grosses tours, hautes et solides. Pendant plus d'un siècle, les maisons se pressent, s'accumulent et haussent leur niveau dans ce bassin comme l'eau dans un réservoir. Elles commencent à devenir profondes ; elles mettent étages sur étages ; elles m.outent les imes sur les autres ; elles jaillissent en hauteur comme toute sève comprimée, et c'est à qui passera la tête par dessus. ses voisines pour avoir un peu d'air. La rue de plus en plus se creuse et se rétrécit ; toute place se comble et disparaît. Les maisons enfin sautent par dessus le mur de Philippe- Auguste, et s" éparpillent^ joyeusement dans la plaine, sans ordre et tout de travers, comme des échappées. Là, elles se carrent, se taillent des jardins dans les champs, prennent leurs aises. Dès 13G7, la ville se répand tellement dans le faubourg, qu'il faut une nouvelle clôture, surtout sur la rive droite : Charles V la bâtit. Mais une ville comme Paris est dans une crue^ perpétuelle. Il n'y a que ces villes-là qui deviennent capitales. Ce sont des entonnoirs^ oh. viennent aboutir tous les versants géographiques, politiques, moraux, intellectuels d'un pays, toutes les pentes naturelles d'un peuple ; des puits de civilisation, pour ainsi dire, et aussi des égouts, où commerce, industrie, intelligence, population, tout ce qui est sève, tout ce qui est vie, tout ce qui est âme dans une nation, filtre et s'amasse sans cesse, goutte à goutte, siècle à siècle. L'enceinte de Charles V a donc le sort de l'enceinte de Philippe-Auguste. Dès la fin du quinzième siècle, elle est enjambée, dépassée, et le faubourg court plus loin. Au seizième, il semble qu'elle recule à vue d'œil et s'enfonce de plus en plus dans la vieille ville, tant une ville neuve s'épaissit déjà au dehors. Ainsi dès le quinzième siècle, pour nous arrêter là, Paris avait déjà usé les trois cercles concentriques de murailles, qui, du temps de Julien-

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