‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 199 sur 320 · GOMBERT · texte numérisé non relu

GOMBERT

pellent des vengeurs. Mais quoi! n'est-ce pas assez de vengeances? et les fautes de mes sujets ne sont-elles pas expie'es par tant de maux ?

Voyez ces prisonniers que le sort de la guerre a fait tomber entre nos mains ; voyez leur maigreur affreuse, et la mortelle pâleur de leur visage ; écoutez les récits de ces Français, et les déplorables détails de leur misère ; quel cœur si insensible n'en serait ému de pitié? 6 mes sujets, ne craignea rien de moi, tandis que vous souffrez ! Non, le Béarnais'' n'est pas un barbare ; il ne vous accablera pas dans votre détresse. Helas ! par quelle fatalité suis-je donc réduit à combattre mon peuple, et à faire toujours la guerre dans mon pays ! Com.bien de sang français a déjà coulé, versé par des mains françaises! Ah! c'était du moins sur les champs de bataille, et tous ceux qui ont trouvé la mort l'avaient cherchée ; mais que j'attaque une ville presque sans défense» que je l'abandonne au pillage, que je li\Te des femmes, des vieillards, des mourants au glaive de mes soldats ! non, tant de cruauté ne peut entrer dans mon cœur ; non, mon panache blanc, qui vous a guidé tant de fois dans le chemin de l'honneur et de la victoire, ne vous guidera pas au carnage, et jamais le drapeau des hs ne sera un signal de ruine pour la capitale de la France. Si je ne puis régner qu'à ce prix, s'il faut que j'égorge mon peuple pour conquérir le trône, je renoncerai plutôt au droit de ma naissance, je dirai adieu à cette France que j'aurais voulu rendre heureuse. Biro?i^, j'exécuterai le dessein dont tu m'as déjà détourné une fois ; j'abandonnerai ce pays funeste oii les sujets assassinent leurs rois, et où les rois combattent leurs sujets ; je ne veux pas de la couronne, si, avant de la porter, il faut la teindre du sang de mes enfants.

Les malheureux ! comme si mon culte outrageait le vrai Dieu, ils m'ont maudit, ils ont méconnu les titres les plus sacrés, et le plus légitime descendant de saint Louis'^ ne leur a paru qu'un usurpateur ! Ah ! s'ils étaient abandonnés à leur propre cœur, si des impulsions étrangères et de perfides

» Henri IV, né à Pau, en Béam, avait reçu le surnom de Béarnais. ' Voyez la page 321, note "*. '^ Louis IX.

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