‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 215 sur 320 · VILLEMAIN · texte numérisé non relu

VILLEMAIN

et des revers, et meurt le dernier des hommes illustres de son règne, comme pour annoncer que le grand siècle était achevé.

Certes, messieurs, ce tableau n'est pas sans ombres ; cette gloire ne fut pas sans mélange et sans erreurs. Louis XIV a recueilli plus qu'il n'a feit peut-être^. Le génie de notre nation fermentait depuis plusieurs siècles, au milieu des restes de la barbarie, et du chaos de la guerre civile. Il était mûr pour enfanter de grandes choses ; et toutes les forces du courage, de l'intelligence et du talent semblaient, par un mystérieux accord, éclater à la fois. Mais cette active fécondité de la nature fut réglée, pour ainsi dire, par la fortune et les regards d'un homme. L'ordre et la majesté se montrèrent en même temps que la vigueur et la richesse ; et le souverain parut avoir créé toutes les grandeurs qu'il mettait à leur place. L'enthousiasme s'accrut par cette illusion; et l'idolâtrie des cours devint, pour la première fois, l'inspiration du génie.

Qu'elles sont brillantes, en effet, ces vingt premières années du gouvernement de Louis XIV ! Un roi plein d'ardeur et d'espérance saisit lui-même ce sceptre qui, depuis Henri-le-Grand, n'avait été soutenu que par des favoris et des ministres. Son âme, que l'on croyait subjuguée par la mollesse et les plaisirs, se déploie, s'affermit et s'éclaire, à mesure qu'il a besoin de régner. 11 se montre raillant, laborieux, ami de la justice et de la gloire : quelque chose de généreux se mêle aux premiers calculs de sa politique. Il envoie des Français défendre la chrétienté contre les Turcs, en Allemagne et dans l'île de Crète ; il est protecteur avant d'être conquérant ; et, lorsque l'ambition l'entraîne à la guerre, ses armes heureuses^ et rapides paraissent justes à la France éblouie. La pompe des fêtes se mêle aux travaux de la guerre ; les jeux du carrousel^,

» L'auteur veut dire que Louis XIV a recueilli une gloire qui était plutôt l'ouvrage des grands hommes de son siècle que le sien propre.

^ Carrousel. Espèce de tournoi qui consiste ordinairement en courses de bagues, de têtes, etc., entre plusieurs clievaliers paitagés en différentes quadrilles distinguées par la diversité des livrées et des habits.

Dans la course de èague on tâchait d'enlever au passage, avec le bout

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