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ATTAQUE DU CHÂTEAU DE VERSAILLES

suspect, je me retirerai." "Non," lui dit-on, "venez au Palais-Royal, pour y être jugé." Il descend alors pour s'y rendre. La multitude s'ébranle, l'entoure, le presse. Arrivé au quai Pelletier, un inconnu le renverse d'un coup de pistolet. On prétend qu'on avait saisi une lettre sur Delaunay, dans laquelle FlesseUes lui disait: "Tenez bon, tandis que j'amuse les Parisiens avec des cocardes."

Thiers. Histoire de la révolution française.

Thiees {Adolphe),

Né à Marseille en 1797- Auteur vivant ; membre de l'Assemblée nationale. Son Histoire de la révolution française et son Histoire du consulat et de l'empire, dont sept volumes ont paru (janvier 1849), feront sa gloire dans la postérité. La célébrité de M. Thiers comme orateur est égale à celle qu'il s'est faite comme historien.

ATTAQUE DU CHÂTEAU DE VERSAILLES PAR LA MULTI- TUDE, ET DÉPART DE LOUIS XVI POUR PARIS.

Sous prétexte de mettre Versailles en garde contre les mouvements de Paris, la cour y avait appelé des troupes. On doubla les gardes du corps de service ; on fit venir des dragons et le régiment de Flandre. Les officiers de ce régiment, dont l'ai-rivée inquiéta la ville de Versailles, furent fêtés au château, et admis au jeu de la reine. A deux jours d'intervalle, cette imprudence fut répétée. Le récit de ce banquet,' quaUfié dC orgie royaliste, l'apparition d'uniformes inconnus, de cocardes noires ou jaunes, exaltèrent la population parisienne. ' Le 4 octobre, tout annonçait un soulèvement ; le 5, l'insiurection éclata avec une violence irrésistible, et la multitude se porta sur Versailles, en criant : " Du pain ! du pain ! Allons chercher le roi ! "' Le général Lafayette fut contraint d'y suivre plutôt que d'y conduire la garde nationale. Lorsque cette troupe arriva, le roi chassait au tir dans le bois de Meudon, et la reine se promenait dans le jardin du Trianon, qu'elle parcourait alors pour la dernière fois de sa vie.

Le peuple était répandu çà et là, et paraissait calmé.

Lafayette^ avait lieu d'être rassuré par le dévouement de

• Lafayette (Gilbert Mortier, marquis de), né en 1757, mort en 1834,

son armée, qui en effet ne se démentit point, et par le calme qui semblait régner partout. Il avait assuré l'hôtel des gardes du corps, et répandu de nombreuses patrouilles. À cinq heures du matin, il était encore debout. Croyant alors tout apaisé, il prit un breuvage, et se jeta sur un lit, pour prendre un repos dont il était privé depuis vingt-quatre heures.

Dans cet instant, le peuple commençait à se réveiller, et parcourait déjà les en wons du château. Une rixe s'engage avec un garde du corps qui fait feu des fenêtres ; les brigands s'élancent aussitôt, traversent la grille qui était restée ouverte, montent un escalier qu'ils trouvent libre, et sont enfin arrêtés par deux gardes du corps qui se défendent héroïquement, et ne cèdent le terrain que pied à pied, en se retirant de porte en porte. L'un de ces généreux serviteurs était Miomandre. " Sauvez la reine ! " s'écrie-t-il. Ce cri est entendu, et la reine se sauve tremblante auprès du roi. Tandis qu'elle s'enfuit, les brigands se précipitent, trouvent la couche royale abandonnée, et veulent pénétrer au delà ; mais ils sont arrêtés de nouveau par les gardes du corps retranchés en grand nombre sur ce point. Dans ce moment les gardes-françaises, appartenant à Lafayette, et postés près du château, entendent le tumulte, accourent, et dispersent les brigands. Ils se présentent à la porte derrière laquelle étaient retranchés les gardes du corps : "Ouvrez !" leur crient-ils ; " les gardes-françaises n'ont pas oublié qu'à Fontenoi^ vous avez sauvé leur régiment." On ouvre et on s'embrasse.

Le tumulte régnait au dehors. Lafayette, qui reposait à peine depuis quelques instants, et qui ne s'était pas même endormi, entend du bruit, s'élance sur le premier cheval, se précipite au milieu de la mêlée, et y trouve plusieurs gardes du corps qui allaient être égorgés. Tandis qu'il les dégage, il ordonne à sa troupe de courir au château, et demeure presque seul au milieu des brigands. L'un d'eux le couche en joue ; Lafayette, sans se troubler, commande au peuple

* Bataille célèbre gagnée par les Français, en 1745, sur les alUés de Marie-Thérèse, impératrice d'Autriche.

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