‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 221 sur 320 · ATTAQUE T>V CHÂTEAU DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

ATTAQUE T>V CHÂTEAU DE VERSAILLES

de le liii amener ; le peuple saisit aussitôt le coupable, et, sous les yeux de Lafayette, brise sa tête contre les pavés. Lafayette, après avoir sauvé les gardes du corps, vole au château avec eux, et y trouve ses grenadiers qui s'y étaient déjà rendus. Tous l'entourent et lui promettent de mourir pour le roi. En ce moment, les gardes du corps arrachés à la mort criaient : " Vive Lafayette !" La cour entière, qui se croyait sauvée par lui et sa troupe, reconnaissait lui devoir la vie ; les témoignages de reconnaissance étaient universels. Madame Adélaïde, tante du roi, accourt, le serre dans ses bras en lui disant : " Général, vous nous avez sauvés !"

Le peuple en ce moment demandait à grands cris que Louis XVI se rendît à Paris. On tient conseil. Lafayette, invité à y prendre part, s'y refuse pour n'en pas gêner la liberté. Il est enfin décidé que la coui* se rendra au vœu du peuple. Des billets portant cette nouvelle sont jetés par les fenêtres. Louis XVI se présente alors au balcon, accompagné du général, et les cris de vive le roi ! l'accueillent. Mais il n'en est pas ainsi pour la reine ; des voix menaçantes s'élèvent contre elle. Lafayette l'aborde : " Madame," lui dit-il, "que voulez-vous faire?" — "Accompagner le roi,'* dit la reine avec courage. — " Suivez-moi donc," reprend le général, et il la conduit tout étonnée sur le balcon. Quelques menaces sont faites par des hommes du peuple. Un coup funeste pouvait partir ; les paroles ne pouvaient être entendues, il fallait frapper les yeux. S'inclinant alors, et prenant la main de la reine, le général la baise respectueusement. Ce peuple de Français est transporté à cette vue, et il confirme la réconciliation par les cris de vive la reinel vive Lafayette ! La pais n'était pas encore faite avec les gardes du corps. "Ne ferez-vous rien pour mes gardes?" dit le roi à Lafayette. Celui-ci en prend un, le conduit sur le balcon, et l'embrasse en lui mettant sa bandoulière. Le peuple approuve de nouveau, et ratifie par ses applaudissements cette nouvelle réconciliation ....

Louis XVI revint enfin à Paris au milieu d'une affluence considérable, et fut reçu par Bailly^ à l'Hôtel-de- Ville. " Je * Maire de Paris. Voyez la page 81.

348 DISCOURS SUR LA BANaUEROUTE.

Tevîens avec confiance," dit le roi, "au milieu de mon peuple de Paris." Bailly rapporte ces paroles à ceux qui ne pouvaient les entendre, mais il oublie le mot confiance. "Ajoutez avec confiance" dit la reine. — "Vous êtes plus heureux," reprend Bailly, "que si je l'avais prononcé moimême."

La famille royale se rendit au palais des Tuileries, qui n'avait pas été habité depuis un siècle, et dans lequel on n'avait eu le temps de faire aucun des préparatifs nécessaires. La garde en fut confiée aux milices parisiennes, et Lafayetto se trouva ainsi chargé de répondre envers la nation de la personne du roi, que tous les partis se disputaient. Les nobles voulaient le conduire dans une place forte pour user en sou nom du despotisme ; le parti populaire qui ne songeait point encore à s'en passer, voulait le garder pour compléter la constitution, et ôter un chef à la guerre civile. Aussi la analveillance des privilégiés appela-t-elle Lafayette un geôlier ; et pourtant sa vigilance ne prouvait qu'une chose, le désir sincère d'avoir \m roi.

Thiers. Histoire de la révolution française. {Voyez la page 345.)

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