LOUIS XVI EST RAMENÉ DE VARENNES A PARIS
madame," lui dit la reine ; " vous êtes femme ! le sort d'ime femme et d'une mère est entre vos mains ! Songez à ce que je dois e'prouver pour ces enfants, pour mon mari! D'un mot je TOUS les devrai ! la reine de France vous devra plus que son royaume, plus que la \'ie!" — "Madame," re'pond sèchement la femme de l'épicier avec ce bon sens trivial des cœurs où le calcul éteint la générosité, "je voudrais vous être utUe. Vous pensez au roi, moi je pense à M. Sausse. Une femme doit penser pour son mari."
Tout espoir est détruit, puisqu'il n'y a plus de pitié dans le cœur même des femmes. La reine, indignée et furieuse, se retire, avec madame Elisabeth et les enfants, dans deux petites chambres hautes de la maison de madame Sausse ; elle fond en larmes. Le roi, entouré en bas d'officiers miinicipaux et de gardes nationaux, a renoncé aussi à les fléchir ; il monte et redescend sans cesse l'escalier de bois de la misérable échoppe ; il va de la reine à sa sœur, de sa sœur à ses enfants. Ce qu'il n'a pu obtenir de la commisération, il l'espère du temps et de la force. Il ne croit pas que ces hommes, qui lui témoignent encore de la sensibiUté et une sorte de culte, persistent réellement à le retenir et à attendre les ordres de l'Assemblée, Dans tous les cas, il est convaincu qu'il sera déUvré, avant le retour des courriers envoyés à Paris, par les forces de ^M. de Bouille, dont il se sait entouré à l'iusu du peuple ; il s'étonne seulement que le secours soit si lent à paraître- Les heures cependant sonnaient, la nuit s'écoulait, et le secours n'arrivait pas.
Dp Lamartine. Histoire des Girondins.
{Voyez la page 356.)