MADEMOISELLE CAZOTTE
eu vain à calmer son irritation par toutes les marques de respect et de dévouement compatibles avec la rigueur de ses ordres. La reine indignée, passant de Finvective aux larmes, donna un libre cours à son désespoir. Comme M. Romeuf avait déposé l'ordre écrit de l'Assemblée sur le lit où reposait le Dauphin, la reine prit ce papier, le jeta à terre et le foula aux pieds en disant qu'un pareil écrit souillerait le lit de son fils. "Au nom de votre salut et de votre gloire, madame," lui dit le jeune officier, " dominez votre douleur. Youdriezvous qu'un autre que moi fût témoin de pareils accès de désespoir ?"
On pressait les préparatifs du départ dans la crainte que les troupes de M. de Bouille ne vinssent forcer la ville ou couper la route. Le roi retardait autant qu'il le pouvait. Chaque minute gagnée sur le retour lui donnait ime chance de déhvrance : il les disputait une à vme à ses gardiens. Au moment de monter en voiture, ime des femmes de la reine feignit vme indisposition grave et subite. La reine refusa de partir sans elle. Elle ne céda qu'aux menaces de la violence et aux cris du peuple impatient. Elle ne voulut pas qu'on portât les mains sur son fils. Elle le prit dans ses bras, monta en voiture, et le cortège royal, escorté de trois ou quatre mille gardes nationaux, se dirigea lentement vers Paris. De Lamartine. Histoire des Girondins^ {Voyez la page 356.)