MORT D ANDRE CHENIER
André Chénier né en 1763 à Constantinople, où son père était consnl. Il se distingua de bonne heure par son talent poétique. Bévolté par les excès de la révolution, il osa les blâmer hautement, fut traduit devant un tribunal révolutionnaire et condamné à mort en 1/94.
Ce jeune poëte, qui, s' associant au dévouement du xiqvis. Malesherhes^, traça d'une main courageuse la lettre où le roi condamné invoquait l'appel au peuple, André Chénier ne tarda point à être regardé comme suspect par l'ombrageuse tvrannie qui pesait sur la France. Il fut conduit dans la maison d'arrêt de Saint-Lazare, où il trouva une multitude tremblante qui semblait déjà frappée de mort. Il ne se faisait lui-même aucune illusion sur son sort : lorsqu'il en* tendit la porte de la prison se refei-mer sur lui, il crut sentir la hache tomber sur sa tête, et se dit que tout était fini. Cependant, quand il se trouvait dans la salle commune arec les autres prisonniers, c'était lui qui ranimait leur courage, et qui les sauvait du désespoir. Tous ces infortunés se pressaient autour du poëte, dont les yeux brillaient encore ; il récitait alors une de ces naïves pastorales qui rappelaient la grâce et la simplicité de Théocrite° . Aux premiers sous de sa Yoix, ou voyait s'éclaircir des fronts chargés de douleurs, et un sourire en'er sur des lèvres décolorées : c'était un rayon de soleil qui venait du ciel à travers les barreaux de la prison. Bientôt, s' animant de l'émotion qu'il excitait, le poète continuait de réciter ces vers composés dans des jours meilleurs. Les prisonniers, entraînés par la douce mélodie, perdaient pour un moment le sentiment de leurs maux ; leur imagination, un instant affranchie, voyait les amours des bergers, et respirait l'air embaumé des bois. Mais l'enthousiasme dure peu : quand le poëte avait cessé de parler, ces malheureux se regardaient étonnés ; la terrible réahté reparaissait dans
» Maleskerbes (Chrétien-Guillaume Lamoignon de), ministre de Louis XVI en 1775. Victime de son dévouement à la cause du roi, il périt «ur l'échafaud eu 1794.
*> Théocrife, né à Syracuse, florissait vers l'an 270 avant J.-C.