‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 238 sur 320 · BATAILLE DES PYRAMIDES · texte numérisé non relu

BATAILLE DES PYRAMIDES

de l'antique et populeuse Memphis. Le costume magnifique, l'éclat des armes, la beauté des chevaux de la cavalerie des beys, contrastaient singulièrement avec l'uniforme et l'armement sévère des bataillons français, dont le général est armé et vêtu avec la même simplicité. C'est Léonidas luttant avec ses Spartiates contre la fastueuse armée des Satrapes ; mais il n'y eut pas de ïhermopjles. Les Pyramides furent heureuses aux Français. " Soldats," s'écrie Bonaparte, "vous allez combattre aujourd'hui les dominateurs de VEgy^ite ; songez que, du haut de ces monuments, quarante siècles vous contemplent."

Mourad-Bey appuie sa droite au Nil, vers lequel il a construit à la hâte un camp retranché, garni de quarante pièces de canon, et défendu par une vingtaine de mille homm.es, janissaires et spahis ; sa gauche, qui se prolonge vers les Pyramides, comprend dix mille Mameluks, servis chacun par trois fellahs^, et trois mille Arabes. Bonaparte dispose son arm.ée comme à Chébreiss, mais de manière à présenter plus de feu aux ennemis. Besaix occupe notre droite ; Vial, notre gauche ; Dugua^, le centre. La reconnaissance du camp retranché nous apprend que son artillerie n'est point sur affûts de campagne, et ne pourra sortir, non plus que l'infanterie qui n'oserait le faire sans canons. Aussitôt Bonaparte ordonne un mouvement de toute son armée sur sa droite, en passant hors de la portée des pièces du camp : dès lors l'artillerie et l'infanterie deviennent presque inutiles à l'ennemi, et nous n'aurons affaire qu'aux ^Mameluks.

Né avec l'instinct de la guerre et doué d'un coup d'œil pénétrant, iSIourad sent que le succès de la journée dépend de ce mouvement, et qu'il faut l'empêcher à tout prix. Il part avec six à sept mille chevaux, et vient fondre sur la colonne du général Desaix. Attaquée en marche, cette colonne paraît un moment ébranlée et même en désordre ; mais les carrés se forment et reçoivent avec sang-froid la charge des IMameluks dont la tête seule avait commencé

' 1^% fellahs sont les indigènes ou cultivateurs égyptiens.

'' Desaix, Vial, Di'gua, Reynier, etc., célèbres généraux français.

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