DE NORVINS
le choc. Rejmier flanque notre gauche. Bonaparte, qui se tenait dans le carré du général Dugua, avance aussitôt sur le gros des ]\Iameluks et se place entre le Nil et Rêynier. Les Mameluks font des efforts inouïs pour nous entamer^; ils périssent foudroyés par le feu de nos carrés, comme sous les murs d'autant de forteresses. Ces remparts ^■ivants font croire à l'ennemi que nos soldats «ont attachés les uns aux autres. Alors les plus braves acculent leurs chevaux contre les baïannettes de nos grenadiers, et les renversent sur eux ; Us succombèrent tous. La masse tourne autour de nos carrés en cherchant à pénétrer dans les intervalles ; dès lors leur but est manqué : au milieu de la mitraille et des boulets, une partie rentre dans le camp ; jMourad, suivi de ses plus habiles officiers, se dirige sur Gizeh^, et se trouve ainsi séparé de son armée. Cependant la division Bon se porte sur le camp retranché, tandis que le général Rampon vole occuper une espèce de défilé entre Gizeh et le camp, oii règne la plus horrible confusion. La cavalerie se jette sur l'infanterie, qui, voyant la défaite des Mameluks, s'enfuit vers la gauche d'Embabeh : un bon nombre parvient à se sauver à la nage ou avec des bateaux, mais beaucoup sont précipités dans le Nil par le général Vial. Les autres dissions françaises gagnent du terrain ; pris entre leur feu et celui des carrés, les Mameluks essayent de se faire jour, et tombent eu désespérés sur la petite colonne du général Rampon, tout leur courage échoue contre ce nouvel obstacle : ils tournent bride, mais un bataillon de carabiniers, devant lequel ils sont obligés de passer à cinq pas, en fait une effroyable boucherie : tout le reste périt ou se noie. Mourad-Bey n'emmène dans sa retraite que deux mille cinq cents Mameluks sauvés comme lui du carnage. Le camp des ennemis enlevé à la baïonnette, les cinquante pièces de canon qui le défendaient, quatre cents chameaux, les vivres, les trésors, les bagages de cette noble milice d'esclaves, l'élite de la cavalerie de l'Orient, et la possession
" Gizeh, ville de la Moyenne-Egj'pte, sur la rive gauche du Nil, un peu au-dessus du Caire.