LES SALLES D ASILE
Ne sentez-vous pas le vent qui souffle ? la bise est rude aux pauvres gens, le froid jette partout son manteau de glace ; j'ai donc pensé, enfants, qu'il serait bien à moi de laisser dé côté les histoires glorieuses que je vous raconte, pour vous, entretenir de la misère de tant de pauvres petits enfants comme vous, qui ont froid et qui ont faim.
Hélas ! vous, si heureux, vous, entourés de tant de soins et de tant d'amour, vous qui, en vous couchant le soir, trouvez un lit bien doux ; qui, en vous réveillant le matin, trouvez votre repas tout préparé ; vous ne vous doutez pks que, tout près de vous, là-haut peut-être, au dernier étage de la maison que vous habitez, une famille indigente manque de pain et de feu ; là-haut peut-être une pauvre mère, forcée de sortir de chez elle tout le jour, pour gagner, du travail de ses mains, le pain de sa famille, se trouve embarrassée de ses enfants. Qu'en fera-t-elle tout le long du jour? Qui en prendra soin si elle les abandonne ? Elle n'a personne au logis pour garder sa famille, pas de vieille grand' mère à qui elle confie ses enfants, pas une bonne voisine qui les surveille ; car le pauvre loge avec le pauvre, et, dans ces tristes maisons de l'indigence, chaque locataire est obligé de gagner sa \ie jour par jour, heure par heure. Oh ! que de pauvres mères, ainsi chassées de chez elles par le travail, et retenues en même temps par leurs enfants, se sont vues dans la cruelle nécessité, ou de mourir de faim, ou d'abandonner leur petite famille : cruelle et dure alternative !
Et puis, l'enfant ne peut pas rester seul. C'est un petit être sans prévoyance et sans force qu'on ne saurait abandonner à lui-même. Il a besoin de l'œil maternel qui veille sur lui ; il a besoin d'un sourire attentif qui l'encourage quand il fait bien, ou d'un regard sévère qui l'arrête quand il fait mal. Laisser un enfant tout seul, c'est le perdre. Tout seul, l'enfant apprend à ne pas aimer ses semblables ; il devient triste et morose, il est plus triste qu'un orphelin, car il dort quand sa mère revient du travail, et le lendemain, quand sa mère revient du travail, il dort encore. D'ailleurs,
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ceci est écrit dans l'Evangile : Il n est pas bon que Vhomme soit seul, et à plus forte raison un enfant.
Mais, comment venir au secours de cette pauvre mère qui ne peut pas rester chez elle, et qui ne peut pas emmener avec elle ou son fils ou sa fille ? Comment venir au secours des enfants du pauvre, qui chez eux n'ont ni feu, ni pain, ni personne pour les aimer, les instruire et les secourir tant que dure le jour? Rassurez-vous, enfants, la charité est ingénieuse, la bienfaisance est une bonne gardienne du pauvre. C'est la bienfaisance, c'est la charité qui ont inventé pour les enfants des pauvres, les salles d'asile. Je vais vous dire ce que c'est qvi'une salle d'asile, pour vous rassurer sur vos petits frères qui sont malheureux.
Dans chaque arrondissement de grandes villes, dans chaque. ville, dans chaque village, les bienfaiteurs de l'enfance ont imaginé d'assigner aux petits enfants qui n'ont pas de maisons à eux, une maison sinon riche, du moiiis bien fermée et bien chaude en hiver, bien éclairée en été, bien saine dans tous les temps. Cette maison est un véritable élysée pour des pauvres enfants habitués à toutes les obscurités de ces tristes prisons du cinquième étage, dans ces rues étroites et malsaines. Voilà ce qu'on appelle des salles d'asile. Chacune de ces maisons est gouvernée, soit par un vieil invalide, bonhomme qui aime les enfants par instinct, comme il aime son chien caniche^, soit par quelque bonne femme agile. alerte, douce et vive qui devient ainsi la mère de tous les petits pauvres de son hameau. Tous les matins, le père qui va travailler aux champs tout le jour, la mère qui suit son mari dans la campagne, conduisent leur enfant à la salle d'asile. Là, le petit enfant dit adieu à sa mère pour tout le jour ; en même temps il entre dans sa maison, dans son palais. La maison est toute prête à recevoir son petit seigneur et maître. Il entre ; il se voit au milieu de petits enfants comme lui. Déjà la société commence pour ces enfants qui étaient destinés à vivre seuls. Ils se regardent, ils s'entendent l'un l'autre ; bientôt ils sont amis, ils mettent en commim leur pauvre misère, ils partagent l'un l'autre leur déjeuner frugal, ils réaUsent cette charmante parole de