‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 255 sur 320 · JANIN · texte numérisé non relu

JANIN

Charlet^ : " Je te donne de quoi que fai^, tu me donneras de quoi que t'auras^ /"

Et, dans cette salle d'asile, ces enfants, si pauvres le matin, riches à présent, n'ont plus qu'à se laisser être heureux. Ils jouent, ils chantent, ils &e/ont des niches' de tout genre, ils entourent la bonne femme qui leur sert de mère et qui leur raconte les belles histoires qu'elle a apprises ; pendant ce temps-là, le père et la mère, tranquilles sur le sort de leur enfant, travaillent de toutes leurs forces, heureux de penser que leur enfant s'amuse, qu'il grandit entouré de soins bienveillants ; qu'il a chaud, et qu'il n'a pas faim. Oh! le cœur d'une mère est un trésor*^! pauvre ou riche, elle est toujours mère, elle a pour son enfant le même amour.

Voilà ce que c'est qu'une salle d'asile. C'est de la chaleur en hiver, c'est de l'ombre en été. Grâce à ces touchantes institutions, l'enfant du pauvre, lui aussi, connaît le printemps en fleurs ; il respire, il chante, il grandit, il s'anime comme tous les autres enfants, il ne sait pas ce que c'est que la misère, il est aussi heureux que peut l'être un enfant ; il a de l'air, des fleurs, du soleil, et des amis de son âge^.

Jules Janin. Journal des enfants. (Voyez tapage 152.)

■ Charlet (Nicolas-Toussaint), peintre et dessinateur, né à Paris en 1792. Les scènes militaires, populaires et enfantines de cet artiste sont des chefs-d'œuvre de verve et d'originalité. M. Charlet est aujourd'hui professeur de dessin à l'école polytechnique.

'' De quoi que j'ai et de quoi que t'auras sont des expressions du style populaire. T'auras est pour tu auras.

« Eh ! qui pourrait compter les bienfaits d'une mère ! A peine nous ouvrons les yeux à la lumière. Que nous recevons d'elle, en respirant le jour. Les premières leçons de tendresse et d'amour.

Ducis.

On reçoit dans les salles d'asile les enfants de deux à trois ans jusqu'à six ou sept. Ces établissements prospèrent depuis longtemps en Angleterre sous le nom A' Infant schools.

L'ameublement d'une salle d'asile consiste principalement en gradins pour placer les enfants, en un lit de camp pour qu'ils puissent dormir dans le jour, en tableaux noirs, en tableaux de lecture, en boulierscompteurs, etc.

AMBASSADE DE FRAXCE AU COUROXyEMEXJ^ DE SA MxVJESTÉ LA REINE d' ANGLETERRE.

Banquet civique Je Guildhall''.

13 juillet 1838. Banquet cmque donné par le maire'', les aldermen et les membres du conseil municipal de la cité de Londres, en l'honneur du couronnement de Sa Majesté la reine Victoria. Les princes et la noblesse'^, les ambassadeurs extraordinaires des cours étrangères, le corps diplomatique, les négociants célèbres venus de toutes les parties du monde commercial et conviés à cette fête, forment une réunion unique dans les annales de l'Angleterre «,

Lettre de V éditeur à INI. Spiers, professeur, à Paris.

Londres, 14 juillet 1838.

Ayant été appelé par le comité des aldermen de cette ville à l'honneur de servir d'interprète au banquet cinque donné hier à Guildhall, je m'empresse de vous raconter les événements extraordinaires dont j'ai été témoin ; mais comment décrire ces cortèges pompeux, cette brillante no- ' blesse assemblée de tous les points de l'Europe sous le foit hospitalier du palais de la cité de Londres^? Comment vous dépeindre les joyeuses acclamations du peuple à l'arrivée des ambassadeurs, et surtout ces vivat prolongés, ces applaudissements universels qui saluèrent l'approche des nobles représentants de la France au couronnement de

*■ Le couronnement de la reine Victoria eut lieu le 28 juin 1838.

'' Guildhall, vaste bâtiment de la cité de Londres. Le hall (la grande salle) peut contenir 6000 à 7000 personnes ; c'est là qu'on se rassemble pour les élections des membres du parlement, des magistrats de la cité, etc.

= Feu Sir John Cowan, Bart.

•• Son Altesse Royale le duc de Sussex, l'archevêque de Cantorbéri, le duc de Nemours, le maréchal Soult, le prince de Ligne, le prince Schwarzenberg, le marquis de Brignoles, le duc de Palmella, le baron de Capellen, Mr. Van Buren, fils du président des États-Unis, etc.

* Faut-il en excepter la réunion des rois, ligués contre Napoléon, qui eut lieu en 1813?

f Guildhall devrait plutôt être appelé V H6tel-de-viUe de Londres.

414 l'éditeur.

la reine Victoria ? Que l'imagination vienne à notre aide. Placez-vous dans la vaste enceinte de cet antique monument, souvenir du moyen âge, étincelant de mille flambeaux, reflètes de toutes parts sous les lambris dorés de sa gothique architecture, et les regards tournés vers le péristyle; entendez le héraut annoncer à haute voix: "Son ExcellcKce le duc de Dalmatie% ambassadeur extraordinaire du roi des Français ! et Son Altesse Royale le duc de Neînours ! " Faites un effort par la pensée pour vous représenter l'accueil glorieux que l'on fit au fils du roi et au brave maréchal Soult ; car tout ceci est de la réalité. Nous avons vu la foule curieuse, empressée, se disputer le plus petit espace pour offrir ses félicitations et ses hommages. On eût dit une entrée triomphale. Les illustres conviés semblaient éprouver la plus vive émotion ; la reconnaissance qu'ils témoignèrent de cette réception généreuse ne faisait qu'augmenter les applaudissements, et pour ^eux qui entendirent le " One cheer more ! " les voûtes de Guildhall en retentiront toujours.

Le banquet commence, les rapprochements sociaux s'effectuent de part et d'autre, et le tranquille observateur voit la chaîne de l'amitié et de l'union entourer insensiblement cette grande famille européenjie. Quel présage pour l'avenir ! Les peuples reposeront en paix à l'ombre de l'obvier qui les couronne. Puissent ses rameaux s'étendre encore, et le souffle destructeur de la guerre ne le flétrir jamais ! -

Comment détourner les yeux du spectacle éblouissant de cette fête splendide! ce groupe de costumes somptueux, d'uniformes brillants qui distinguent les chefs accourus des bords du Volga, de la Sprée et du Danube !

Écoutons encore ce concert harmonieux de mille voix entonnant le " God save the Queen!" cette hymne sacrée qui attire les bénédictions du ciel sur la reine bien-aimée de la Grande-Bretagne^.

" NicoIas-Jean-àe-Dieu Sonîi, duc fie Dalmatie, né en 17G5. '' " When the health of the Queen was proposed, +he liall was suddenly lighted up ; a given signal produced a blaze of splendour; a

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