BANQUET CIVIQUE DE GUILDHALL
Vivement ému le maréchal témoigna sa gratitude par un discours où brillèrent cette mâle éloquence et cette noblesse martiale si naturelle au soldat de l'Empire : "Je suis pénétré," ajouta-t-il, "des sentiments que le duc de Wellington a manifestés. Jamais il n'a existé un homme plus généreux, plus brave et plus honorable que l'illustre général. La nation française a su apprécier le mérite de l'armée anglaise, toute l'Europe sait ce qu'elle vaut ; mais aujoxird'hui, ce n'est plus le temps de recourir aux armes, il faut qu'il y ait entre la France et l'Angleterre une alliance perpétuelle." Faisant ensuite allusion à l'hospitalité avec laquelle on le traitait : " Ayant été député, par le roi des Français, au couronnement de Sa Majesté la reine Victoria, le duc de Wellington s'est empressé de m'accueilUr. Ce général s'est montré sur le sol hospitalier de l'Angleterre comme il s'est montré sur le champ de bataille, noble et généreux. J'espère que le noble duc me fournira l'occasion de prendre ma revanche en France et de lui donner par là un témoignage signalé de l'estime que je lui porte." Le maréchal termina sou allocution par le toast suivant :
" A l'armée anglaise, ses chefs, et surtout au noble, généreux et illustre duc de Wellington."
On ne peut se faire qu'une faible idée des acclamations qui suivirent ce discours. Les vivat de toute cette assemblée, répétés au dehors, se succédaient comme des salves d'artillerie ; l'enthousiasme était au comble, et le bruit assourdissant du gothique Guildhall semblait vouloir proclamer à la capitale britannique que l'Angleterre et la France se donnaient la main pour toujours.
Qu'il en soit ainsi sous la protection di\ine ! Puissent ces deux nations jouir à jamais du bonheur de la paix, en recueillir tous les fruits, et voir fleurir l'agriculture, l'industrie et le commerce ; les sciences, les lettres et les arts, ces éléments féconds de leur richesse, de leur puissance et de leur gloire !
Pardonnez cette nouvelle digression ; attribuez-la au plaisir et à l'émotion que j'éprouve encore.