‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 269 sur 320 · Jourd. Oui : mais quand tu dis U, qu'est-ce que tu fais · texte numérisé non relu

Jourd. Oui : mais quand tu dis U, qu'est-ce que tu fais

Nie. Je fais ce que vous me dites.

31. Jourd. Oh ! l'étrange chose que d'avoir affaire à des bStes î Tu alonges les lèvres en dehors, et approches la mâchoire d'en haut de celle d'en bas. U, vois-tu? Je fais !a moue : U.

Nie. Oui, cela est biau.

3Iad. Jourd. Voilà qui est admirable !

M. Jourd. C'est bien autre chose, si vous a%iez vu O, et DA, DA, et FA, FA!

Mad. Jourd. Qu'est-ce que c'est donc que tout ce gaîimatias-

Nie. De quoi est-ce que tout cela guérit ?

M. Jourd. J'enrage quand je vois des femmes ignorantes.

Mad. Jourd. Allez, vous devriez envoyer jjromerier^^ tous ces gens-là, avec lenrsfariboîes^^.

Nie. Et svirtout ce grand escogriffe de-" maître d'annes, qui remplit de poudre tout mon ménage.

M. Jourd. Ouais ! ce maître d'armes vous tient au cœur ! Je te veux faire roir ton impertinence tout à l'heui-e. [Après avoir fait apporter des fleurets, et en avoir donne un à Nicole.'] Tiens; raison démonstrative; la ligne du coi-ps. Quand on pousse en quarte, on n'a qu'à faire cela ; et, quand on pousse en tierce, on n'a qu'à faii-e cela. Voilà le moyen de n'être jamais tué ; et cela n'est-il pas beau, d'être assuré de son fait quand on se bat contre quelqu'un ? Là, pousse-moi un peu, pour voir.

Nie. Hé bien! quoi! [Nicole pousse plusieurs bottes à M. Jourdain.]

M. Jourd. Tout beau ! Holà ! ho ! Doucement. Diantre soit la coquine"^ !

Nie. Vous me dites de pousser.

M. Jourd. Oui ; mais tu me pousses en tierce avant que de pousser en quarte, et tu n'as pas la patience que je pare.

Mad. Jourd. Vous êtes fou, mon mari, avec toutes vos fantaisies ; et cela vous est venu depuis que vous vous mêlez de hanter la noblesse.

M. Jourd. Lorsque je hante la noblesse, je fais paraître mon jugement ; et cela est plus beau que de hanter votre bourgeoisie.

Mad. Jourd. Oui vraiment ! il y a fort à gagner à fréquenter vos nobles, et vous avez bien opéré^ avec ce beau monsieur le comte, dont vous vous êtes embéguine^ !

M. Jourd. Paix ; songez à ce que vous dites. Savez-vcus bien, ma femme, que vous ne savez pas de qui vous parlez, quand vous parlez de lui ? C'est une personne d'importance plus que vous ne pensez, un seigneur que l'on considère à la cour, et qui parle au roi tout comme je vous parle. N'est-ce pas une chose qui m'est tout à fait honorable, que l'on voie venir chez moi si souvent une personne de cette quahté, qui m'appelle son cher ami, et me traite comme si j'étais son égal ? Il a pour moi des ' Voyez la page 138, note ''.

bontés qu'on ue devinerait jamais; et, devant tout le monde, il me fait des caresses dont je suis moi-même confus.

Mad. Jotird. Oui, il a des bontés pour vous, et vous fait des caresses ; mais il vous emprunte votre argent.

M. Jourd. Hé bien ! ne m'est-ce pas de l'honneur de prêter de l'argent à un homme de cette condition-là ? et puis-je faire moins pour un seignem* qui m'appelle son cher ami? Si je lui ai prêté de l'argent, il me le rendra bien, et avant qu'il soit peu.

Mad. Jourd. Oui. Attendez-vous à cela.

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