‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 274 sur 320 · Scène tirée des Fourberies de Scapix, comédie. SCAPIX, Géronte · texte numérisé non relu

Scène tirée des Fourberies de Scapix, comédie. SCAPIX, Géronte

Sca. [faisant semblant de ne pas voir Géronte.'} ô ciel ! ô disgrâce imprévue^ \ 6 misérable père! Pauvre Géronte, que feras-tu ?

Gér. [à partPi^ Que dit-il là de moi, avec ce visage affligé ?

Sca. N'y a-t-d personne qui puisse me dire oii est le seigneur Géronte ?

Gér^ Qu'y a-t-il, Scapin?

Sca. [courant sur le théâtre, sans vouloir entendre ni voir Géronte.l Où pourrai-je le rencontrer pour lui dire cette infortune ?

Gér. [courant après Scapin.'] Qu'est-ce que c'est donc?

Sca. En vain je com-s de tous côtes pour le pouvoir trouver.

Gér. Me voici.

Sca. Il faut qu'il soit caché en quelque endi-oit qu'on ne puisse point deviner.

Gér. [arrêtant Scapin.'] Holà! es-tu aveugle, que tu ne me vois pas?

Sca. Ah ! monsieur, il n'y a pas moyen de vous rencontrer.

Gér. Il y a une heure que je suis devant toi. Qu'est-ce que c'est donc qu'il y a ?

Sca. Monsieur...

Gér. Quoi?

Sca. Monsie-or votre fils...

* Mamammichi est un mot forgé par Molière.

468 Moi.iEKi:.

Gér. lié bien! mou fils...

Sca. Est tombé dans une disgrâce la plus étrange du monde.

Gér. Et quelle?

Sca. Je l'ai trouvé tantôt tout triste de je ne sais quoi que vous lui avez dit, ovi vous m'avez mêlé assez mal à propos ; et cbercbant à divertir cette tristesse, nous nous sommes allés promener sur le port. Là, entre autres plusieurs choses, nous avons arrêté nos yeux sur une galère turque assez bien équipée. Un jeune Turc de bonne mine nous a invités d'y entrer, et nous a présenté la main. Nous y avons passé. Il nous a fait mille civilités, nous a donné la collation, où nous avons mangé des fruits les plus excellents qui se puissent voir, et bu du vin que nous avons trouvé le meilleur du monde.

Gér. Qu'y a-t-il de si affligeant à tovit cela?

Sca. Attendez, monsieur, nous y voici. Pendant que nous mangions, il a fait mettre la galère en mer, et, se voyant éloigné du port, il m'a fait mettre dans un esquif, et m'envoie vous dire que si vous ne lui envoyez par moi, tout à l'heure, cinq cents écus, il va vous emmener votre fils en Alger.

Gér. Comment, diantre ! cinq cents écus !

Sca. Oui, monsieur ; et, de plus, il ne m'a donné pour cela que deux heures.

Ger. Ah ! le pendard de Turc ! m'assassiner de la façon !

Sca. C'est à vous, monsieur, d'aviser promptement aux moyens de sauver des fers un fils que vous aimez avec tant de tendresse.

Gér. Que diable allait-il faire dans cette galère' 1

Sca. Il ne songeait pas à ce qui est. arrivé.

Gér. Va-t'en, Scapin, va-t'en vite dire à ce Turc que je vais envoyer la justice après lui.

Sca. La justice en pleine mer ! Vous moquez-vous des gens?

Gér. Que diable allait-il faire dans cette galère ?

Sca. Une méchante destinée conduit quelquefois les personnes.

Gér. Il faut, Scapin, il faut que tu fasses ici l'action d'an serviteur fidèle.

Sca. Quoi, monsieur?

Gér. Que tu ailles dire à ce Turc qu'il me renvoie mon fils, ei; que tu te mettes à sa place jusqu'à ce que j'aie amassé la somme qu'il demande.

Sca. Hé ! monsieur, songez-vous à ce que vous dites ? et vous figurez-vous que ce Turc ait si peu de sens que d'aller recevoir un misérable comme moi à la place de votre fils ?

Gér. Que diable allait-il faire dans cette galère ?

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