L AVOCAT PATELIN
M. Guil. Il vous en faudra — Vous voulez sans doute l'habit complet ?
Pat. Oui, très-complet : justaucorps, culotte et veste, doublés de même, et le tout bien long et bien large.
M. Guil. Pour tout cela il vous en faudra. ..oui. ..six aimes Voulez-vous que je les coupe eu attendant ?
Pat. En attendant... Non, monsieur, non : l'argent à la main, s'il vous plaît, l'argent à la main ; c'est ma méthode.
M. Guil. Elle est fort bonne. \A part.'] Voici un homme trèsexact.
Pat. Vous souvient-il, monsieur Guillaume, d'im jour que nous soupâmes ensemble à l'Ecu de France.
M. Guil. Le jom- qu'on fit la fête du village?
Pat. Justement. Nous raisonnâmes, à la fin du repas, sur les aiFaires du temps ; que je vous ouïs dire de belles choses !
M. Guil. Vous vous en souvenez ?
Pat. Si je m'en sou\"iens ! Vous prédîtes dès lors tout ce que nous avons vu depuis dans Kostradaiiius''.
M. Guil. Je vois les choses de loin.
Pat. Combien, monsieur Guillaume, me ferez-vous payer l'aune de ce drap ?
M. Guil. [regardant la marque.] ^'oyons...Un autre eu pa)'erait, ma foi, six écus; mais, allons... je vous le baillerai a cinq ecus.
Pat. [à part.] Le juif! [A M. Guillaume.] Cela est trop honnête. Six fois cinq écus, ce sera justement...
M. Guil. Trente écus. *
Pat. Oui, trente écus : le compte est bon... Parbleu ! pom* renouveler connaissance, il faut que nous mangions demain à dîner une oie dont un plaideur m'a fait présent.