LA NATURE BRUTE^ ET LA NATURE CULTIVEE
La nature est le troue extérieur" de la magnificence divine. L'homme qui la contemple, qui l'e'tudie, s'élève par degrés au trône intérieur de la toute-puissance. Fait pour adorer le Créateur, il commande à toutes les créatures ; vassal du ciel, roi de la terre, il l'ennoblit, la peuple et l'enricliit ; il établit entre les êtres vivants l'ordre, la subordination, l'harmonie; il embeUit la nature même; il la cultive, rétend et la poHt, en élague le chardon et la ronce^, j multiplie le raisin et la rose. Voyez ces plages désertes, ces tristes contrées oii l'homme n'a jamais résidé, couvertes ou plutôt hérissées^ de bois épais et noirs, dans toutes les parties élevées ; des arbres sans écorce et sans cime, courbés, rompus, tombant de vétusté' ; d'autres, en plus grand nombre, gisant au pied des premiers, poui' pourrir sur dea monceaux déjà pourris, étouffent, ensevelissent les germes prêts à éclore. La nature, qui partout ailleurs brille par sa jeunesse, paraît ici dans la décrépitude ; la terre, surchargée par le poids, surmontée par les de'bris de ses productions, n'offre, au lieu d'une verdure florissante, qu'un espace encombré, traversé de vieux arbres chargés de plantes parasites, de lichens^^, d'agarics'^, frvuts impurs de la corruption. Dans toutes les parties basses, des eaux mortes, croupissantes, faute d'être^ conduites € t dirigées ; des terrains fangeux^, qui, n'étant ni sohdes ni liquides, sont inahordahles^^ , et demeurent également inutiles aux habitants de la terre et des eaux ; des marée ages^^ qui, couverts de plantes aquatiques et fétides, ne nourrissent que des insectes venimettx, et servent de repaire aux animaux immondes^.
Entre ces marais infects qui occupent les lieux bas, et les forêts décrépites qui comTent les terres élevées, s'étendent des espèces de landes^^, des savanes^**^, qui n'ont rien
• Lichen, prononcez likën, espèce de dartre, et famille de plantes parasites et rampantes, qui sont comme couvertes de lèpre ; du mot grec Xeixtjv (léichen), qui se prend dans ces deux seus.
^ Agaric, du latin agaricum, plante parasite dont on fait l'amadou.
' Eu Amérique on donne le nom de savanes à de vastes solitudes