‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 31 sur 320 · LA CAVERNE DES SERPENTS AU PÉROV · texte numérisé non relu

LA CAVERNE DES SERPENTS AU PÉROV

missant' de revoir la lumière, se reprochant la crainte qui le tient enchaîné, et faisant sur lui-même d'inutiles efforts pour surmonter cette faiblesse.

Le jour qui vint l'éclairer justifia sa frayeur. Il vit réellement tout le danger qu'il avait pressenti ; il le vit plus horrible encore. Il fallait mourir ou s'échapper. Il ramasse péniblement le peu de forces qui lui restent ; il se soulève avec lenteur, se courbe^°, et, les mains appuyées^^ sur ses genoux tremblants, il sort de la caverne, aussi défait^"^, aussi pâle^'^ qu'vm spectre qui sortirait de son tombeau. Le même orage qui l'avait jeté dans le péril l'en préserva ; car les serpents en avaient eu autant de frayeur que lui-même ; et c'est l'instinct de tous les animaux, dès que le péril les occupe, de cesser d'être malfaisants.

Un jour serein consolait la nature des ravages de la nuit. La terre, échappée comme d'un naufrage, en offrait partout les débris. Des forêts, qui, la veille, s'élançaient jusqu'aux nues, étaient courbées vers la terre ; d'autres semblaient se fermer" encore d'horreur. Des collines qu'Alonzo avait vues s'arrondir sous leur verdoyante parure, entr' ouvertes en précipices, lui montraient leurs flancs déchirés. De vieux arbres déracinés^^, précipités du haut des monts, le pin, le palmier, le yayac^^, le cèdre, étendus, épars dans la plaine, la comTaieiit de leurs troncs brisés^^ et de leurs branches fracassées^^. Des dents de rochers, détachées, marquaient la place des torrents ; leur lit profond était bordé d'un nombre effrayant d'animaux doux, cruels, timides, féroces, qui avaient été submergés et revomis par les eaux.

Cependant ces eaux écoulées^^ laissaient les bois et les campagnes se ranimer aux feux du jour naissant. Le ciel semblait avoir fait la paix avec la terre, et lui sourire en signe de faveur et d'amour. Tout ce qui respirait encore recommençait à jouir de la vie : les oiseaux, les bêtes sauvages avaient oubhé leur effroi, car le prompt oubli des maux est un don que la nature leur a fait, et qu'elle a refusé aux hommes.

Marmontel. Les Incas. {Voyez la page hZ.)

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