‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 43 sur 320 · L AMOUR MATERNEL · texte numérisé non relu

L AMOUR MATERNEL

Tout Paris se souvient de cette nuit désastreuse qui fut si funeste à l'amour maternel. Un ambassadeur d' Allemagne faisait célébrer le mariage d'irn illustre conquérant^ ; mille flambeaux éclairaient un palais magique élevé avec autant de célérité que à'im]}récoyance^. Tous les arts avaient uni leurs merveilles pour enchanter ce beau lieu ; les colonnes étaient couvertes de festons, de guirlandes, de chiffres enlacés", et autres ornements symboliques, auxquels un vernis combustible avait imprimé les plus fraîches couleurs. Qui eût cru que les larmes étaient si près de la joie ? Un torrent de feu naquit^ d'une simple étincelle, et enveloppa en xm instant cette belle enceinte où tant de familles réunies se livraient à^ l'innocent plaisir de la danse. Des cris sinistres, lès gémissements prolongés de la douleur succédèrent toïit à coup au son des instruments qui avaient donné le signal de la fête ; les voûtes de l'édifice tremblaient, et déjà plusieurs victimes étaient écrasées'. Le peu d'eau que l'on jetait à la hâte ne faisait que nourrir ce vaste embrasement ; tout s' engloutissait^ dans ce gouffre dévorateui;. On s'embarrassait dans la fuitç ; mais ce qu'il y avait de plus touchant au miheu de ces scènes d'horreur et de désespoir, c'est le courage subhme d'une multitude de^ femmes, pâles, échevek-es, s" élançant au milieu des flammes et disputant leurs filles^ à l'horrible

^ Napoléon. La célébration du mariage de Napoléon et de Marie- Louise eut lieu à Saint-Cloud le 1^"^ avril 1810. C'est le 1*' juillet suivant que l'ambassadeur d'Autriche à la cour de France, le prince de Schwajrzenl)erg, donna à Paris une fête à l'empereur et à l'impcratriee, à l'occasion de cette solennité. Cette fête fut troublée par un horrible incendie qui consuma la salle. Plusieurs personnes y périrent, et de ce nombre fureut la princesse Pauline d'Aremberg, belle-sœur de l'ambassadeur, et la princesse de Leyeu. Mères dévouées, elles trouvèrent la mort en voulant sauver leurs enfants !

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