‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 44 sur 320 · EFFET PITTORESQUE DES RUINES DE PALMYRE · texte numérisé non relu

EFFET PITTORESQUE DES RUINES DE PALMYRE

incendie. Toutes les craintes personnelles s'évanouissaient devant les intérêts sacrés de la maternité malheureuse. En quelques minutes, ce théâtre d'allégresse fut converti en un monceau de cendres. Une princesse adorée y perdit la vie ; et le lendemain, quand on fouilla les décombres^, on trouva le cadavre d'une autre mère, qui tenait le corps de son enfant étroitement embrassé^^ ; non loin d'elle, on apercevait les fragments d'un collier, des bracelets, des pierreries, quelques diamants épargnés par le feu, et autres ornements, tristes restes de la vanité humaine, dont la vue affligeait les regards, en rappelant à l'âme contristée la futilité de nos biens et la fragilité de notre nature.

Alibert.

Alibert {Jean-Louis),

Né en 1775, et mort en 1837. Principaux ouvrages: Éloges historiques j Physiologie des passions ; La dispute des fleurs j etc.

effet pittoresque des ruines de PALMYRE,

d'Egypte, etc.

Les ruines, considérées sous les rapports pittoresques, sont d'une ordonnance plus magique dans un tableau que le monument frais et entier. Dans les temples que les siècles n'ont point percés, les murs masquent une partie du paysage, et empêchent qu'on ne distingue les colonnades et les cintres de l'édifice ; mais, quand ces temples viennent à crouler, il ne reste que des masses isolées, entre lesquelles l'œil découvre au haut et au loin les astres, les nues, les forêts, les fleuves, les montagnes : alors, par un jeu naturel de l'optique, les horizons reculent, et les galeries, suspendues en l'air, se découpent sur les fonds^ du ciel et de la terre. Ces beaux effets n'ont pas été inconnus des anciens ; ils élevaient des cirques sans masses pleines pour laisser un libre accès à toutes les illusions de la perspective.

Les ruines ont ensuite des accords particuliers avec leurs déserts, selon le style de leur architecture, les lieux où elles se trouvent placées, et les règnes de la nature, au méridien qu'elles occupent.

Dans les pays chauds, peu favorables aux herbes et aux

mousses, elles sont privées de ces graminées^ qui décorent nos châteaux et nos vieilles tours ; mais aussi de plus grands végétaux se marient^ aux plus grandes formes de leur architecture. A Palmyre, le dattier fend les têtes d'hommes et de lions qui soutiennent les chapiteaux du temple du Soleil. Le palmier remplace de sa colonne la colonne tombée ; et le pêcher, que les anciens consacraient à Harpocrate^, s'élève dans la retraite du silence. On y voit une espèce d'arbre dont le feuillage écheveW, et les fruits en cristaux, forment, avec les deTjris pendants, de beaux accords de tristesse. Une caravane, arrêtée dans ces déserts, y multiplie les effets pittoresques. Le costume oriental aEie bien sa noblesse à la noblesse de ces ruines ; et les chameaux et les dromadaires semblent en accroître les dimensions, lorsque, couchés entre de grands fragments de maçonnerie, ces énormes animaux ne laissent voir que leurs ièie?, fauves^ et leurs dos bossus.

Les ruines changent de caractère en Egypte; souvent elles étalent^, dans un petit espace, toutes les sortes d'architecture et toutes sortes de souvenirs. Le sphinx^ et les colonnes du vieux style égyptien s'élèvent auprès de l'élégante colonne corinthienne. Un morceau d'ordre toscan s'unit à une tour arabesque. D'innombrables débris sont roulés dans le NU, enterrés dans le sol, cachés sous l'herbe : des champs de fèves, des rizières^, des plaines de trèfles, s'étendent à l'entour. Quelquefois des nuages, jetés en ondes sur les flancs des ruines, les partagent en deux moitiés : le chacaP, monté sur un piédestal vide, allonge son museau de loup derrière le buste d'un Pan^ à tête de bélier^'. la gazelle, l'autruche, Vibis^°^, la. gerèoise^^^, sautent

» Harpocrate, dieu du silence.

*■ En sculpture, sphinx se dit d'une figure qui a le visage et la partie supérieure du corps d'une femme, et le reste du corps d'un lion.

' Pan, dieu des campagnes, des troupeaux, et particulièrement des bergers.

•• L'iifcv est un oiseau d'Egypte.

' Gerboise. Genre de mammifères rongeurs qui ont ics pattes de devant fort counes, et dont la queue est garnie de longs poils à son extrémité.

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