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LES RUINES DE POMPEI

A Rome, l'on ne trouve guère que les de'bris des monuments publics ; et ces monuments ne retracent que l'histoire politique des siècles écoule's : mais à Pompe'i, c'est la vie privée des anciens qui s'offre à vous telle qu'elle était. Le volcan qui a couvert cette ville de cendres l'a préservée des outrages du temps ^. Jamais des édifices exposés à l'air ne se seraient ainsi maintenus ; et ce souvenir enfoui^ s'est retrouvé tout entier. Les peintures, les bronzes, étaient encore dans leur beauté première ; et tout ce qui peut servir aux usages domestiques est conservé d'une manière effrayante. Les amphores^ sont encore préparées pour le festin du joiu" suivant ; la farine qui allait être pétrie^, est encore là: les restes d'une femme sont encore ornés des parures qu'elle portait dans le jour de fête que le volcan a troublé ; et ses bras desséchés ne remplissent plus le bracelet de pierreries qui les entoure encore. On ne peut voir nulle part luie image aussi frappante de l'interruption subite de la vie. Le sillon des roues est visiblement marqué sur les pavés dans les rues ; et les pierres qui bordent les puits portent la trace des cordes qui les ont creusées peu à peu. On voit encore sur les murs d'un corps de garde les caractères mal formés, les figures grossièrement esquissées que les soldats traçaient pour passer le temps, tandis que ce temps avançait pour les engloutir.

Quand on se place au milieu du carrefour* des rues, d'oii l'on voit de tous les côtés la ville qui subsiste encore presque en entier, U semble qu'on attende quelqu'im, que le maître soit prêt à venir ; et l'apparence même de vie qu'offre ce séjour, fait sentir plus tristement son étemel

• L'éruption du Vésuve qui engloutit les villes de Pompéi et d'Herculanum eut lieu dans la 79" année de l'ère chrétienne.

silence. C'est avec des morceaux de lave pétrifiée que sont bâties la plupart de ces maisons, qui ont été ensevelies par d'autres laves. Ainsi, ruines sur ruines, et tombeaux sur tombeaux! Cette histoire du monde, où les époques se comptent de débris en débris, cette vie humaine, dont la trace se suit à la lueur^ des volcans qui l'ont consumée, remplissent le cœur d'une profonde mélancolie. Qu'il y a longtemps que l'homme existe! qu'il y a longtemps qu'il vit, qu'il souffre et qu'il périt! Où peut-on retrouver ses sentiments et ses pensées? L'air qu'on respire dans ces ruines en est-il encore empreint ? ou sont-elles pour jamais déposées dans le ciel où règne l'immortalité? Quelques feuilles brûlées des manuscrits qui ont été trouvés à Herculanum et à Pompéi, et que l'on essaie de dérouler à Portici, sont tout ce qui nous reste pour interpréter les malheureuses victimes que le volcan, la foudre de la terre, a dévorées. Mais en passant près de ces cendres que l'art parvient à ranimer, on tremble de respirer, de peur qu'un souffle n'enlève cette poussière, où de nobles idées sont peut-être encore empreintes.

Madame de Staël. Corinne, ou Vltalie.

Staël-Holstein {Anne-Louise-Germaine-Neclcer, baronne de). Née à Paris en 1766, morte en 1818. Madame de Staël, fille de Necker, ministre des finances sous Louis X VL est une des plus illustres renommées de notre époque; le 19' siècle l'a placée à côté de Chateaubriand, et la considère comme le premier apôtre des nouvelles doctrines littéraires et philosophiques. Nous lui devons Corinne, célèbre roman plein de charme et d'intérêt, et son bel ouvrage sur V Allemagne. Ce dernier, le plus important de tous, a puissamment contribué à faire naîti*e en France une ère nouvelle pour les arts, la Httérature et la philosophie.

Parmi ses autres productions, on remarque ses Considérations sur les principaux événements de la révolution française et im livre intitulé : De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales.

Son style, qui réunit l'élégance et la force, est en rapport avec l'énergie des pensées et avec l'enthousiasme qiù les caractérise très-souvent.

SI

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