‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 86 sur 320 · LE FAT · texte numérisé non relu

LE FAT

J'entends Théodecte de l'antichambre ; il grossit sa voix à mesure qu'il s'approche : le voilà entré ; il rit, il crie, il éclate ; on bouche ses oreilles ; c'est un tonnerre : il n'est pas moins redoutable par les choses qu'il dit que par le ton dont il parle ; il ne s'apaise et il ne revient de ce grand fracas que pour bredouiller^ des vanités et des sottises ; il a si peu d'égard au temps, aux personnes, aux bienséances", que chacun a sonfait^ sans qu'il ait eu intention de le lui donner'* ; il n'est pas encore assis, qu'il a, à son insu°, désobligé toute l'assemblée. A-t-on servi'', il se met le premier à table, et dans la première place ; les femmes sont à sa droite et à sa gauche : il mange, il boit, il conte, il plaisante, il interrompt tout à la fois ; il n'a nul discernement des personnes, ni du maître, ni des conviés ; il abuse de la folle déférence qu'on a pour Im. Est-ce lui, est-ce Eutidème qui donne le repas ? Il rappelle à soi toute l'autorité de la table ; et il y a un moindre inconvénient à la lui laisser entière qu'à la lui disputer : le vin et les viandes n'ajoutent rien à son caractère. Si l'on joue, il gagne au jeu ; il veut railler celui qui perd, et il l'oifense : les rieurs sont pour lui; il n'y a sorte de fatuités qiCon ne lui passe'. Je cède enfin, et je disparais, incapable de souffrir plus longtemps Théodecte et ceux qui le souffrent.

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