INTRODUCTION
Remarques philologiques sur l'origine de la langue française.
Des débris du celtique, la première langue des Gaules*, qui, en dépit des Romains, vivait encore dans les campagnes ; du latin, qui s'était naturalisé avec eux dans les villes ; du tudesque, que la victoire porta de tous côtés à la suite des barbares, se forma la langue romane. Cette langue elle-même se divisa en deux branches, le roman provençal et le roman wallon ou welche.
On les appela aussi, l'un langue d'oc, l'autre langue à'oil, d'après le mot qui servait dans les deux pays à exprimer la particule affirmative OMîf- La langue d'oc n'eut d'existence littéraire que du neuvième au treizième siècle; elle la dut aiLx troubadoursX. Après cette époque, elle dégénéra, et finit par aller se perdre dans le patois provençal. La langue A'oil, cultivée surtout par les trouvères ou troubadours du Nord 9, et répandue dans toute l'ancienne Gaule par la double influence de la
• Le» historiens tirent les Gaulois de la Germanie, peuplée elle-même par les Celtes, grande et ancienne nation dont il est impossible de préciser avec une rigoureuse exactitude le territoire et les limites.
" Les Germains filtrèrent, pour ainsi dire, dans les Gaules, comme de petits ruisseaux qui s'extravasent d'un grand amas d'eau par filets ; vient ensuite le flot qui inonde tout. On les voit conquérants, par conséquent en corps de nation, de le quatrième siècle avant notre ère commune, à peu près vers le temps où Rome sortait à peine de la classe des bourgades. [Voyez la page 266.]
" I.eur langue conservée, dit-on, dans la Basse-Bretagne et dan» le pays de Galles, était la celtique, qui passe pour la mère de celles qui se sont parlées et se parlent encore en Europe." — AxauETiL, Histoire de France
+ On a dit aussi la langue de si (Vitalien), et la langue de ja {l'allemand). Ces langues d'oc, à'uil, de si, Aeja, à ce que nous dit Sismondi en parlant des trouvères, ont été désignées d'après la particule aflirmative.
" Oc, en provençal, signifie oui, et est le latin hoc ; cette affirmation équivaut donc à: c'est cela. Quant à notre oui, il est écrit o"U dans les anciens textes. Il faut tenir compte de cet l, surtout si on en approche la négation nenni, toujours écrite aussi nennil. Nennil est le latin non itlud. ce n'est pas cela ; et o'îl ou notre oui est hoc illud, c'est cela même. On trouve dans l'ancien français l'équivalent dn provençal oc, sous cette forme : 0, qui est conservée dans o-il. Ne par 0 ne par non (ni par oui ni par non) est une locution qui n'est pas rare dans nos vieilles poésies." — LiTTRÉ (de l'Institut).
X Troubadours, anciens pottes provençaux.
^ Particulièrement de la Picardie.