Une citation du Dr Meilleur
4. Rappel de la demande d'une école normale pour Trois-Rivières ;
5. Nouvelle affirmation d'efficacité, donnée comme conclusion de tout ce qui précède.
Pour l'auteur, une école normale congréganiste, c'est le noviciat où les ordres enseignants éprouvent ceux qui veulent embrasser leur institut.
Pour qu'on ne m'accuse pas de défigurer sa pensée, je cite ses paroles, en retranchant les incises inutiles.
" Maintenant ces 1403 maîtres et maîtresses congréganistes où ont-ils
14 reçu leur excellente éducation pédagogique? On le sait, ils ont été formés à
" l'art d'enseigner et de bien conduire une école dans les excellentes écoles norcc maies de leurs noviciats respectifs (p. 20)
" Les différentes écoles normales des noviciats des Frères et des Sœurs n'ont " rien reçu, etc."
Que les noviciats soient ou ne soient pas des écoles normales, qu'est-ce que cela fait à la question qui est soumise au Conseil de l'instruction ?
Comme l'auteur a l'intention de se suivre dans son argumentation, il faut
conclure que dans son opinion toutes les écoles normales devraient être réduites aux noviciats des religieux et religieuses.
En cela, il serait conséquent avec le principe qu'il a émis plus haut.
Ce serait revenir à l'état où les écoles normales actuelles ont trouvé le pays, état dont tout le monde se plaignait.
Il y a, parait- il, dans les écoles normales congréganistes :
Efficacité, parce que dans l'éducation supérieure le nombre des religieux
professeurs a augmenté pins rapidement que le nombre des laïques professeurs ; Economie, parce que le Gouvernement n'a pas donné un centin pour ces
écoles normales.
Efficacité.
" Nous avons fait relever avec soin dans les rapports de l'instruction publique " le nombre des instituteurs et institutrices religieux et laïques qui se livrent à " l'enseignement dans l'éducation supérieure à l'exclusion des universités et des " collèges classiques pour les 23 années écoulées de 1857 à 1879."
Pour comparer l'augmentation du nombre entre les religieux et les laïques, il paraîtrait plus naturel et plus juste de chercher cette augmentation dans le corps entier de ceux qui enseignent plutôt que dans une partie seulement ;
L'auteur a choisi l'éducation supérieure, et dans l'éducation supérieure, le genre d'institution intermédiaire — collèges industriels, couvents, académies — où les religieux n'ont pas même la concurrence des prêtres séculiers. Il laisse de côté les écoles modèles et les écoles élémentaires où l'on trouve moins de religieux que de laïques.
Tout cela paraît bien arbitraire.
Il faudrait au moins que les termes de la comparaison fussent les mêmes. Or le tableau de 1879, où l'on a puisé ces renseignements, renferme des éléments en faveur des religieux qui ne sont pas dans celui de 1857.
Nouvelle preuve de la manière dont Sa Grandeur a été induite en erreur, dans ce Mémoire, par un travail étranger.
Le chiffre en. lui-même n'est rien; ce qui a une signification, c'est le rapport. Quand même il n'y aurait que 33 instituteurs laïques contre 902 religieux, si les premiers ont triplé, et les seconds doublé seulement leur nombre primitif, il est facile de prévoir, en supposant la loi constante, l'époque où les premiers dépasseront les seconds. Tous les deux ont doublé en 23 ans ; mais les religieux plus rapidement que les laïques (2.13 et 2.80).
Cette augmentation aurait-elle été du côté des écoles congréganistes si, dans la comparaison, on avait fait entrer les maîtres des écoles modèles et des écoles élémentaires ? On peut en douter, au moins d'après les rapports des inspecteurs pendant les dix dernières années.
Ce n'est pas ainsi qu'on arrive à la vérité.
" On le sait, ils ont été formés à l'art d'enseigner et de bien conduire une 64 école, dans les excellentes écoles normales de leurs noviciats respectifs."
Je nie que tous aient été également bien formés :
lo. Parce que tous les ordres enseignants ne réussissent pas également ; c'est un fait reconnu ;
:?o. Parce que dans chaque institut, les maîtres ne donnent pas u tous et parkt tout pleine et entière satisfaction ", et qu'il faut les changer.
Admettant que les ordres religieux forment bien leurs novices,- c'est-à-dire en font de bons religieux, s'en suit-il qu'ils formeront également bien des maîtres laïques ?
Quand ils formeraient bien les laïques, s'ensuit-il que d'autres ne peuvent pas les former aussi bien qu'eux ?
Le Mémoire change ici la question : il la pose entre les ordres religieux et les laïques, ou plutôt entre les ordres religieux d'un côté et le clergé séculier, les laïques, de l'autre.
C'est un terrain où je n'ai pas besoin de le suivre pour le moment.
Mais je suppose qu'on ait réussi à renverser les écoles normales actuelles et que leur dépouille passe à un ordre religieux ; de deux choses, l'une :
Ou le Gouvernement gardera son programme et indiquera la direction à suivre dans les matières scientifiques, laissant à l'Eglise la direction religieuse et morale : ce sera la même chose que les écoles normales actuelles : le directeur sera un religieux au lieu d'être un prêtre.
Ou le religieux fera le programme comme il l'entend. Nous aurons le programme du Frère des écoles chrétiennes, ou du Clerc de St- Viateur, ou du Frère du Sacré-Cœur pour les hommes, et pour les femmes, le programme des Sœurs de la Congrégation, ou des Sœurs de Ste-Anne, ou des Dames Ursulines, ou des Sœurs de l'Assomption.
L'institut favorisé deviendra pour son sexe, dans tout le pays, la règle, le modèle de l'enseignement. Les antres instituts accepteront-ils cette supériorité qui les reléguera au second plan ?
Déjà les collèges classiques commencent à éprouver les effets de la concurrence qu'exercent à leur détriment les instituts religieux qui établissent dans leur voisinage des collèges industriels, ou qui ont des écoles en même temps que des collèges. L'école est la succursale du collège : elle sert à l'alimenter d'élèves : si le collège s'avisait d'entreprendre quelque industrie, l'école pourrait devenir un comptoir ou une agence.
Avant longtemps, on entendra les collèges classiques formuler des plaintes, et insister, d'un côté auprès de NN. SS. les évêques, pour qu'on suive ce qui est au moins l'esprit de l'Eglise dans la fondation de nouvelles maisons religieuses, et de l'autre, auprès du Conseil, pour que la subvention soit distribuée de manière à ne pas favoriser certaines institutions au détriment des autres.
Economie.
De ce que le Gouvernement n'a accordé aucun subside aux noviciats des ordres religieux, peut-on conclure que ceux-ci établiront des écoles normales pour former des instituteurs laïques sans recevoir aucune indemnité ?.
Ce n'est pas ainsi que les communautés ont voulu être chargées des écoles normales en France ; ce n'est pas ainsi que les écoles de réforme ont été établies en Belgique, les prisons de femmes en Canada.
Mais enfin^si une communauté est assez riche, elle peut le faire.
Autrement il faudra payer.
Si une communauté enseignante se charge de l'école normale, trois cas peuvent arriver.
I. Cette communauté n'augmentera ni le nombre de ses professeurs, ni son matériel d'enseignement ; elle ne subira aucune modification, le nombre seul des élèves deviendra plus grand.
On comprend que dans ce cas chaque élève suffira à ses dépenses par le prix de la pension et qu'il y aura des profits pour la communauté.
Ici, deux alternatives se présentent :
(a) Cette communauté ne répondra aux vues du Gouvernement que si elle est déjà, de fait comme de nom, une école normale parfaitement installée, pourvue de tout ce qui est nécessaire à l'enseignement pédagogique.
Tout le monde sait que dans la Province de Québec, il n'y avait aucune école normale, quand le Gouvernement a établi les siennes, et qu'en ce moment, il n'y en a pas d'autres que les siennes.
Mais s'il y en avait d'autres, établies dans de bonnes conditions, demander au Gouvernement de les subventionner avec la condition qu'il n'aura aucun contrôle sur elles, c'est tout simplement l'engager à se faire concurrence à lui-même et à multiplier inutilement ses dépenses, quand on affirme qu'elles ont déjà été si con sidérables.
(b) Si cette communauté n'est pas déjà une école normale, elle est simplement une maison enseignante — collège classique, collège industriel, couvent, etc.
La charger de préparer des maîtres, sans qu'elle fasse aucun changement à son programme, revient à lui confier des jeunes gens, pour leur faire suivre le cours ordinaire des études, à moins qu'on ne soit persuadé qu'il faut les laisser un peu moins instruits que les autres, parce qu'ils ne se destinent pas à une profession libérale.
Dans ces conditions, donner une subvention à titre d'école normale, c'est vouloir se tromper soi-même.
Avant 1857, nous avions des collèges classiques, des collèges industriels et des couvents : cependant les bons maîtres étaient rares, et tout le monde demandait des écoles normales.
Personne ne prétendra qu'il faille payer— peu ou beaucoup — pour retourner à cet état de choses.
Il serait plus économique de détruire simplement les écoles normales.
IL II y a le second cas.
La communauté enseignante pourra recevoir les futurs instituteurs à condition de leur donner un cours spécial de pédagogie, en sus de l'enseignement ordinaire.
C'est ce qu'on appelle un cours normal.
Meilleur vous désirerez l'avoir, plus vous aurez à payer— cela se comprend :— matériel, école d'application, professeurs spéciaux.
Ces cours normaux, quelque nom qu'ils portent en France, en Belgique et en Allemagne, tendent à disparaître. On y voit des inconvénients. (1)
(1) J'avais déjà signalé quelqu'uns de ces inconvénients dans mes notes sur le premier mémoire de Mgr Laflèche :
" Mêlerez-vous les collégiens et les normaliens, les futurs séminaristes avec les gens du monde
On a essayé ces institutions mixtes en différents genres : pour l'agriculture, pour le commerce, pour l'école professionnelle et il a fallu les abandonner.
Ou le collège est sacrifié à la nouvelle école, ou— ce qui arrive le plus souvent— cette dernière est sacrifiée au collège. Ce seul inconvénient suffit pour faire rejeter le mode mixte.
Les soins et le zèle des maîtres, les encouragements intérieurs et extérieurs se portent fatalement plus d'un côté que de l'autre. Vous avez deux classes d'élèves dont l'une se croit supérieure à l'autre.
On comprend que les choses se passeront à peu près de la même manière dans le couvent.
Si c'est là ce qu'on veut faire à Trois-Rivières, pour $4,000, nous pouvons affirmer que l'économie ne sera pas très grande.
La somme de $4,000 est à peu près ce que le Gouvernement paie aux Dames Ursulines pour son école normale de Québec, avec cette différence qu'il retire le prix de la pension des élèves et la rétribution de l'école modèle.
A Trois-Rivières, tout ira au couvent : ce sera encore un revenu d'environ $3,000. Le bon marché n'est pas évident.
En France, c'est ordinairement le prix de la pension qui est payé au couvent, et ce prix varie de 300 à 450 frs. ; la moyenne peut être 375 frs. ou $75.