Réplique au second mémoire de Mgr. l'évêque de Trois-Rivières [microforme]
Je dois avant tout déclarer que le Mémoire auquel je réponds ici ne me paraît pas avoir été rédigé par Mgr l’Evêque de Trois-Rivières.
Sa Grandeur, il est vrai, en a pris la responsabilité en le signant; mais il es évident que si.elle l'avait composé, elle l'aurait fait autrement.
Voilà pourquoi. j'obéis plutôt à la vérité qu’à un sentiment de haute convenance en ne m'’adressant qu'à l’auteur du Mémoire.
Autant que possible, je suivrai l’ordre des chapitres, mais je ne pourrai m'’arrêter qu'aux points principaux, laissant de côté plusieurs assertions inexactes, des propos ‘ions dont il faudrait distinguer le sens, des conclusions fausses, etc. Je n'ai pas le temps de tout relever.
Je commencerai par faire connaître certaines choses qui sont comme l’âme du Mémoire, et qui, une fois comprises, donneront la clef de tout le reste.
D'abord la cause et le but de ce second mémoire. C’est l’auteur lui-même qui nous les indique à la page 2.
‘“ Nous regrettons surtout que (M. Verreau) ait traité avec tant de légèreté ‘ certains points fort délicats de notre Mémoire qu’il n’a pas compris, et que nous ‘avions laissés un peu dans l'ombre pour éviter certains froissements, et ne pas “ provoquer les discussions que nous désirions éviter. Mais puisqu'il nous y contraint nous dirons toute notre pensée sur ces points, et nous les mettrons dans ‘ une lumière suffisante pour les bien faire comprendre aux personnes desinté- “ ressées et aux amis sincères, etc.”
Donc si Sa Grandeur parle aujourd’hui, si elle dit toute sa pensée, si elle met tous les points en lumière, c’est, d’après l’auteur, pour me punir d’avoir traité avec tant de légèreté les mêmes points laissés dans l’ombre, à dessein, dans le premier Mémoire.
Mais si ces points étaient assez peu graves pour qu’on les laissât dans l’ombre sans engager la conscience épiscopale, par quel effet rétroactif mon intervention a-t-elle pu les aggraver ?
Si la conscience épiscopale se croit obligée de les dévoiler aujourd’hui, pour quoi les a-t-elle voilés alors ?
C’est rendre un bien mauvais service à un vénérable évêque que de lui ‘aire jouer un pareil rôle.
Cela suffit pour faire comprendre l'esprit qui anime toutes ces pages ei ce qui suit le démontrera encore mieux.
Mais il n’est pas inutile de montrer comment on veut me trouver coupable en dépit de tout raisonnement.
M. Verreau a traité avec légèreté, je distingue ; d'un ton léger, badin et moqueur, je nie ; sans approfondir la question autant que Sa Grandeur l'aurait désiré, je laisse passer. Puisqu’elle voulait que ces points fussent dans l'ombre, M. Verreau rencontrait donc ses vues en n’insistant pas : pourquoi lui en faire un crime ?
S'il n’a pas compris ces points, il doit subir la compassion de Sa Grandeur, mais non ses reproches ni sa punition.
Mais est-ce bien M. Verreau que l'on punit ?
Evidemment c’est le Gouvernement à cause de la réponse de M. Verreau.
En effet qui voulait-on ne pas froisser ? M. Verreau? Mais il n’était pas attendu. Le Conseil? le Gouvernement? Puisque M. Verreau a répondu, on ne
. craindra plus de froisser personne ni de soulever des discussions regrettables.
Il est évident qu’on n’a rien épargné pour cela.
Il y a un second grief, non moins vif, qui donne lieu à de fréquents reproches (pp. 2, 5, 10,15 etc.) : ce serait d’avoir dit que les écoles à bon marché sont une utopie. J'ai affirmé que l'enseignement à bon marché est une utopie, ce qui n’est pas précisément la même chose (1).
(1) Je cite les paroles de ma réponse, p. 4.
“ Sans admettre le chiffre de $900,000 comme le montant de ce que le Gou- ‘“ vernement a payé pour les écoles normales, je ferai remarquer que l'instruction ‘en général coûte cher, et d'autant plus cher que l'institution qui la donne occupe ‘un rang plus élevé. C’est bien dans l’ordre des choses. Qu'on jette un coup d'œil “ sur les dépenses annuelles des principaux collèges, dans le Rapport de 1871, on ‘ verra qu’elles sont comme suit :
Petit Séminaire de Québec .… 822,000
Collège de Montréai........ 18,000 Collège de Nicolet... RAT TE 14,155 Collège de St-Hyacinthe.................……. 20,770 Collège de Ste-Thérèse...........,....,...,.. 11,943 Collège de Ste-Anne .…......... seoresossesse 32,000
“ Il est bon de remarquer que dans ce dernier collège, comme dans les écoles ‘“ normales, les directeurs et professeurs reçoivent un salaire, modique sans doute ‘ mais assez élevé pour établir une différence très grande dans les dépenses entré “ cette maison et les autres.
‘ Pour les Collèges de Nicolet, de St-Hyacinthe et de Ste-Thérèse, j'ai pris la ‘ moyenne des dépenses des années 1857, 1867 et 1871. Elle est, en chiffres “ ronds, pour :
Nicolet $12,958 ; multipliée par 23 ans, égale $298,034 St-Hyacinthe $20,296 & Nos ‘ $466,808 Ste-Thérèse $10,931 L PAUL . 8251,473
Donnant un total de...........$1,016,315
‘ Le chiffre de $8900,000, en le supposant exact, n’aurait donc pas lieu d’éton- “ner. fIlest bien certain qu’une seule école normale coûterait beaucoup moins ‘ cher. De même, si l’on pouvait obtenir que les #1 72,000 dépensées annuellement “ par 11 institutions classiques et catholiques fussent réparties entre la moitié de ‘ ces institutions, tout y serait sur n meilleur pied, et le niveau intellectuel du
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Ce que j'ai dit est assez clair et je le maintiens. Mgr de Trois-Rivières m’aurait Compris et se serait fait un scrupule de changer mes paroles.
Mais le changement peut donner lieu à certains mouvements oratoires et l’on ne s’en prive pas.
Cependant, au risque de blesser davantage, j'affirmerai que l’idée d'établir des écoles qui ne coûtent rien à personne est moins qu’une utopie.
Que l’enseignement coûte cher, tout le monde le comprend et il est inutile de” le démontrer plus longuement. Il sufrait de rappeler l'histoire de la fondation des collèges, couvents, académies, etc., les appels nombreux faits à la générosité du clergé, des laïques riches, et du Gouvernement.
Est-ce que leurs dons serviraient à thésauriser ?
Je pourrais, au besoin, employer un argument ad hominem et demander si le collège très florissant de Trois-Rivières s’est élevé par enchantement ; si, malgré les dons des particuliers et du Gouvernement, il n’a plus besoin de rien pour ses musées et ses bibliothèques. Pourrait-on, sans lui causer aucun dommage, ériger d’autres collèges dans le diocèse ou sur ses confins ? Le collège de Rimouski n’a-t-il coûté que la valeur consumée dans l’ince.1die que tout le monde déplore ?
Pour être défrayée par des particuliers ou par l'Etat, la dépense n’en est pas moins réelle. Si l'on en faisait le calcul, on trouverait que le Canada consacre à l’enseignement des sommes étonnantes qui témoignent de son zèle pour l'instruction.
Qu'il continue cependant à fournir aussi abondamment que ses ressources le permettront, aux universités, aux collèges, aux écoles normales et autres, tout en maintenant leur nombre dans certaines limites--je le dis ouvertement et sans arrièrepensée, parce que nous sommes menacés d’un danger véritable de ce côté-là—; que les dons du Gouvernement servent à préparer des professeurs, à augmenter les collections, les bibliothèques. Les études en deviendront meilleures, et le niveau intellectuel du pays montera d'autant,
C'est un fait qu’il existe un rapport très étroit entre la valeur pédagogique
d’une institution et ses ressources pécuniaires.
L'auteur du Mémoire se préoccupe. beaucoup de mon traitement et de mes appartements.
Est-ce bien digne du haut tribunal auquel il s’adresse ?
Plusieurs prêtres du diocèse de Trois-Rivières sont mieux rétnibués et pue somptueusement logés que moi.
Mon traitement, que je crois gagner honorablement, peut m'être cali demain par le Gouvernement, par le Conseil de l'instruction par le Surintendant; mon évêque peut me nommer au plus humble vicariat Je n'ai pas les privilèges canoniques dont jouit un curéet le dernier prêtre de collège.
“ pays serait plus élevé. L'ENSEIGNEMENT À BON.MARCHÉ EST UNE UTOPIE. Seulement, ‘il péut arriver que des personnes, comme les messieurs des séminaires de Québec ‘et de Montréal, donnent cet enseignement. à peu près gratuitement ; mais il ne leur
‘* coûte pas moins cher pour cela”
&“ Dans les écoles normales, dit-on, p. 10, le principe qui règne dans l'insti- & tution du sommet à la base c'est l'intérét personnel. M. l'abbé Verreau n’a pas “ hésité à le proclamer dans ses remarques sur notre Mémoire en disant que les “ écoles à bon marché sont une utopie.”
Je ne vois aucune liaison logique entre ces deux propositions : ‘ L’enseigne- “ ment à bon marché est une utopie. Donc c'est le principe de l'intérêt personnel ‘ qui règne dans les écoles normales.”
Plus loin, p. 11, on nous accuse de faire ‘ de l’œuvre sublime de L’ENSEiGNE- MENT UN MÉTIER.
Non, ce n’est pas ainsi qu'aurait parlé un évêque, pas même un impie bien élevé.
Je ne crois pas que Mgr Horan, Mgr de Rimouski, aient travaillé comme de vils mercenaires à l'Ecole Laval.
En ce qui regarde mes professeurs, je reviendrai plus loin sur cette injure.
Il règne dans tout le Mémoire une sorte d'‘ionnement naïf au sujet des dépenses des écoles normales. On y soupçonnait des mystères difficiles à pénétrer : c'était l'inconnu à découvrir. Après des calculs pénibles et bien des efforts, on croit avoir trouvé un monde nouveau de dépenses incroyables.
Il n’y avait cependant qu’à suivre, dans les débats parlementaires, la discussion du budget, ou à consulter les comptes publics. Les écoles normales n’ont pas été établies dans l'ombre, ni entretenues avec mystère. Tout s’est passé au grand jour. Les dépenses ne sont pas un résultat imprévu où l’on est fatalement arrivé. Elles avaient été examinées, pesées et l’on peut dire que dans l’ensemble elles sont restées au-dessous des calculs.
De plus, les Principaux ont donné chaque année un rapport sur le fonctionnement de ces écoles, le nombre des élèves admis, diplômés, enseignants etc ; tout y est ordinairement indiqué : c’est là que nous allons chercher la plupart des renseignements qu’on nous demande et qu’on pourrait y puiser aussi facilement que nous.
J'entre maintenant dans l'étude du Mémoire.
Intervention inattendue et intéressée de M. Verreau en cette affaire, tel est le titre du chapitre premier.
Que mon intervention ait été inattendue, c’est possible, mais ce n’est pas ma faute ;
Qu'elle soit intéressée, je distingue :
Qu'elle soit le résultat d’un intérét personnel et cupidé, je le nie.
Qu'elle soit le résultat de l'intérét imposé par ma charge ; que j'aie été, comme un évêque dont le St-Siège voudrait diviser le diocèse, intéressé à faire certaines représentations, j je l’accorde.
… Le Mémoire, “ sans être confidentiél, n'était cependant pas destiné au public, “ afin de prévenir des discussions, etc. etc. Nous nous étions contenté d’en adres- “ ser un exemplaire à chacun des morbtes du Gouvernerient et du comité catho- “ lique du Conseil de l'instruction, etc., etc,”
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Je réponds :
10. Les matières soumises au Conseil de l'instruction publique, aux membres du Gouvernement pour aviser Son Excellence, sont du domaine public.
20. Ma réponse a été encore plus privée‘que le Mémoire, puisque je ne l’ai communiquée qu'aux sels membres du Conseil.
“Il y avait assurément assez de sagesse et de lumière dans ces honorables ‘“ membres pour apprécier à leur juste valeur les allégués du Mémoire et juger “ sûrement, etc., etc.”
Maxime assez étrange pour décider une question ! Heureusement, on peut s’en affranchir quelquefois. Quai! il suffirait qu'une des parties eût exposé ses prétentions aux juges pour (ue ceux-ci fussent en état de se prononcer et qu'ils refusassent d'entendre l’autre partie ! Mais c’est précisément parce qu'ils ont beaucoup de lumière et de sagesse qu'ils ne voudront jamais procéder ainsi.
Je puis rétorquer l'argument et dire: Le nouveau Mémoire est parfaitement inutile; car il y a dans le Gouvernement et le Conseil assurément assez de lumière et de sagesse pour apprécier le premier et la réfutation que j'en ai faite.
‘Cependant M. Verreau... n'a pas hésité à croire qu'un prêtre entièrement ‘étranger à un diocèse pouvait juger plus sûrement des besoins relatifs aux ‘* écoles de ce diocèse que l’Evêque lui-même.
Je nie cette proposition. ,
Je n’avais à étudier que les raisons apportées par l’Evêque : j'ai prouvé qu’elles ne sont pas concluantes, et j'ai rectifié les faits qui n'étaient pas exposés exactement. ,
Voilà tout.
D'ailleurs, voici comment j'a ai répondu aux trois propositions du 1er Mémoire :
“ Pour résumer :
“ 10. La nécessité d’une école normale à Trois-Rivières n’a pas été prouvée ;
‘ 20. L’inefficacité des écoles normales actuelles n’a pas été prouvée ;
“30. L'économie du système proposé n’a pas été prouvée ;
“ Donc,”
M. Verreau ‘* a pensé qu’il pouvait convenablement, sans y être invité, venir de l'avant.”
Oui j'ai pensé que je pouvais convenablement réfuter ce qui méritait d’être réfuté.
J'ai pensé que c’était le devoir de ma charge. Sans me servir d’un argument ad hominem, je dis que je me suis vu obligé de faire comme tous les supérieurs d'institutions attaquées plus ou moins directement devant un tribunal compétent.
M. Verreau a pensé qu’il pouvait ‘ se poser en aviseur des membres du comité catholique composé de l’épiscopat de la province et des laïques les plus compé- “ tents en maiière d'instruction en leur passant ses remarques sur ce Mémoire.”
Sans examiner jusqu'où s'étendent les grâces d'état des évêques dans les matières de l'instruction, en sorte que nul autre ne puisse y intervenir que par une présomption diabolique ; sans indiquer où se trouve la compétence comme semble
le faire l’auteur du Mémoiré, je réponds en distinguant.
J'ai pensé que je pouvais aviser ces personnages distingués en leur passant mes remarques :
10. Pour leur dicter la marche à suivre, les devoirs à remplir en matière d'instruction, je nie simplement;
Frère: “4