‹ Réplique au second mémoire de Mgr. l'évêque de Trois-Rivières [microforme]Chapitre 13 sur 22 · Comme conséquence du programme, je nie · texte numérisé non relu

Comme conséquence du programme, je nie

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Etrange sollicitude !

Cas de conscience plus singulier encore !

Toutefois, je prends acte de l’aveu indirect Fqup renferme ce passage : il jus-

tifie ce que je dis plus haut, p. 37.

On paraît s'inquiéter beaucoup de ceux qui, dans un collège quelconque, ont pris la résolution de se destiner aux carrières libérales. Il y a dans la réunion de ces deux conditions une espèce de consécration. On ne permettra pas à d’autres, surtout à l’élève de l’école normale, qui peut se croire assez de connaissances et de talents pour cela, on ne lui permettra pas d’avoir des aspirations du côté des professions libérales : ce sera pour lui le fruit défendu. S'il y touche, non-seulement il se rend coupable, mais il s'expose à toutes les conséquences d’une injustice commise.

C'est bien différent, pour l'élève de l’école normale qui veut simplement se faire ou rester instituteur. On peut lui faire de la concurrence : il n’y a aucune injustice.

Il a répondu à l'appel du Gouvernement et il est entré dans ses écoles : il a cru répondre aussi à l’appel de l’Eglise parlant par les Pères du Concile de Québec : lui aussi a fait des dépenses considérables ; il a travaillé souvent beaucoup plus que l’autre : il s'est préparé à cette carrière par des études spéciales et il a dû se soumettre à certaines conditions onéreuses.

Tout cela n’est rien.

Pour lui faire de la concurrence, on peut ouvrir toutes les portes, abaisser toutes les barrières, lui courir sus en quelque façon.

Si je n’ai pas recueilli ces paroles sur vos lèvres, je les ai lues dans vos actes, à travers les ligres du Mémoire qui voudrait faire rejaillir sur trois ou quatre cents personnes—je devrais dire deux ou trois mille—les reproches, car il n’y a pas autre chose, adressés à trois ou quatre pauvres instituteurs : je les lis dans les efforts qu’on fait pour donner de la publicité à cet écrit et pour lui procurer, par ‘es journaux, une autorité qu’il semble n’avoir pu obtenir par lui-même.

Si ces éièves ont des droits, les nôtres en ont aussi. Il semble qu'on ne devrait invoquer pour les uns et pour les autres qu'un seul poids, qu’une même mesure, qu’un principe unique.

On garderait au moins une apparence d’impartialité, encore que le poids soit faux et le principe inadmissible, comme nous allons le voir.

‘“ Les élèves étudiant dans les institutions classiques ont droit à ce qu’on ne leur fasse pas une CONCURRENCE NUISIBLE dans les carrières libfrales, c’est-à-dire, 10. pendant qu’ils se préparent aux carrières libérales ; 20. quand ils y sont parvenus ; ” je distingue :

En tâchant, 10. de se préparer soi-même mieux que ces élèves ; 20. de mériter davantage la confiance publique par la science et une conduite honorable ; je nie.

En les empêchant injustement, 10. de se préparer ; 20. d'exercer leur profession ; j'accorde.

De nouveau : ‘ Ils ont droit à ce qu’on n’emploie pas l'argent du trésor public pour se préparer mieux qu'eux.”

Je le nie,

L'élève du collège classique, en tant qu’élève, l’homme de profession, comme tel, n’ont aucun droit sur le trésor public.

Qui pourrait énumérer les conséquences absurdes où conduit ce principe ? L’injustice du travail et du succès !

& ,..Injustice envers le Gouvernement qui donne cet argent pour avoir des instituteurs et institutrices bien formés... et non pour autre chose.” Il peut y avoir injustice de la part de ceux qui donnent l’enseignement et de part de ceux qui le reçoivent.

Dans le premier cas, je distingue : Si cet enseignement détourne notablement institution de son but, j’accorde ; Si cetenseignement ne fait qu’en compléter l’objet et ‘e rendre plus utile, je nie: Or, non seulement cet enseignement complète le but que le Gouvernement s’est proposé ; mais il est exigé par les règlements approuvés. Dans le second cas, je distingue encore : Si ceux qui le reçoivent ne remplissent pas les obligations contractées, j'accorde ; Autrement, je nie.

Je viens de parler d'obligations contractées par nos élèves : l'écrivain semble ignorer qu’il en existe.

La sage prévoyance dé ceux qui ont établi les écoles normales s'était étendue à ce cas possible d’injustice signalé ici.

Il était possible qu’un jeune homme voulût profiles des grands avantages qu'offrent les écoles normales, sans avoir l'intention d'enseigner. Il y aurait eu une perte pour le Gouvernement, et peut-être une concurrence dangereuse, non pour es élèves de certaines institutions, mais pour les institutions elles-mêmes. Afin de ne rien laisser au hasard, au caprice, afin d’épargner certaines tentations et plus tard des inquiétudes de conscience, on détermina toutes les conditions de l'admission, entre autres celle-ci :

Promesse par l’aspirant de payer une pénalité de $40 et de rembrurser ce que le Gouvernement aurait donné pour la pension, 10. s’il est renvoyé de l’école, ou 20. s’il ne se présente pas aux examens, ou 30. s’il n'obtient pas son diplôme pa” incapacité, ou 40. s’il est privé de son diplôme, ou 50. s’il n’enseigne pas pendant trois ans.

Je sais que cet engagement est assez ignoré : nous ne l'avons pas publié sur les toits ; mais il devrait être connu de ceux qui veulent attaquer les écoles normales, de ceux principalement qui viennent réclamer les droits de la justice outragée.

Je déclare, en ce qui me concerne, que le lis grand nombre de nos élèves de Hibucibartier. qui ont embrassé des carrières utiles à l'Eglise et à l'Etat, ont enseigné. Les autres ont rempli les conditions de l'engagement quand ils ont été mis en demeure de le faire.

On comprend combien il est utile, à plusieurs points de vue, d’avoir une certaine latitude, la liberté de ne pas imposer absolument une carrière quelconque à un jeune homme. Il peut être sage quelquefois de le laisser s'éloigner d’une carrière pour laquelle on craint qu’il n’ait pas toutes les qualités nécessa..es, s’il en embrasse une autre qui va mieux à son caractère et à ses talents.

Il y a une autre raison.

Plusieurs jeunes maîtres, quelques-uns de mes professeurs m’ont dit : “ Voici qu’on s’atlaque aux écoles laïques et même aux écoles normales. On dit en certains endroits, ei même en chaire, qu'il faut les abolir. Nous pouvons nous trouver sans situation d’un moment à l’autre ; si nous attendons trop longtemps, les meil-

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leure : places nous seront inaccessibles, Pendant que nous sommes jeunes et pleins de ns études, laissez-nous nous présenter aux examens des professions libérales, ou assUTuz-NOUS Que nous n'avons rien à craindre pour notre avenir.”

Ne pouvant donner la garantie, j'ai donné la permission démandée, et je crois avoir bien fait,

Que le Gouvernement accorde une certaine protection à ses élèves, et cet état de choses disparaîtra.

. “ Aïnsi pour viser trop haut, on manque le but, et l’on détourne véritablement ‘ l'école normale de sa fin en y introduisant les matières des cours classiques.”

Je nie d’après les distinctions ci-dessus.

‘“ .. et l'on vient se plaindre qu’il y a trop de collèges classiques, et que t l'on enseigne le latin à un trop grand nombre de jeunes gens.”

Pour que ce passage ait un sens, il faut que ceux qui détournent les écoles normales de leur but soient les mêmes qui se plaignent du trop grand rombre des collèges. Est-ce le Gouvernement ? le Conseil de l'instruction ? les Principaux des écoles ? Je n’en sais rien.

J'ai fait, il est vrai, certaine rétlexion dans mes Remarques; mais à un tout autre point de vue : il y a trop de collèges, ils se nuiseni, ils ne peuvent être assez prospères ; par suite l’enseignement en souffre. Je n’ai rien dit de plus, comme on peut s’en assurer ({).

D'ailleurs j'aurais pu faire ces remarques et ces plaintes, sans cesser d’être obligé de suivre un programme qui n’est pas laissé à ma discrétion.

Je crois les collèges trop nombreux, en certains endroits. Ils se nuisent, et s'ils ne végètent pas tous, ils n’ont pas le degré de prospérité qui leur est néces saire pour préparer des professeurs habiles, pour les conserver quand ils en ont et pour faire faire de fories études. Là-dessus, il n’y a peut-être pas de meilleur témoignage que celui des jeunes gens, lorsqu'ils se trouvent en contact les uns avec les autres et qu’ils peuvent comparer réciproquement l’ensemble de leurs connaissances,

“ Les écoles normales ainsi détournées de ieur véritable destination (a) en-

(1) “ J’ai dit plus haut que l’enseignement coûte cher. Partout où l’on a voulu le donner, il a fallu accumuler les ressources pécuniaires. Les particuliers ou l'Etat, quelquefois les deux à la fois, ont dù y contribuer. La véritable valeur des biens donnés autrefois.par l'Etat aux seules communautés enseignantes sera bientôt de plusieurs millions. Personne assurément ne trouvera qu’elles ont trop de richesse. Que cette richesse soit partagée entre dix, vingt communautés, elles végèteront toutes, l’enseignement en souffrira grandement et le niveau intellectuel du pays baissera.

En Canada surtout, on a la malheureuse passion de vouloir tout multiplier : dès qu’une chose est reconnue bonne, on veut l'avoir à sa porte, depuis la simple école élémentaire dans une côte jusqu'aux collèges dans les centres importants, jusqu’à l’Université dans les villes.

Ce n’est pas ainsi qu’on agissait au moyen-4e, à l'époque où l’on comprenait si bien l’importance de l’enseignement. On savait que les bons professeurs sont rares et combien il faut de temps et de dépenses pour les former. La véritable économie consiste à concentrer ces établissements autant que possible, parce que la moitié au moins des dépenses sera la même pour 300 élèves que pour 100.

Dernièrement, Léon XIII engageait, dit-on, stidines évêques à réunir leurs ressources pour établir en commun un grand séminaire qui fût digne de son nom et rendit à la Religion de véri. tables services,”

“ traînent des dépenses plus considérables et (b) ne donnent que très-peu de sujets “ à l’enseignement.”

Je nie la proposition (a) 10. parce que les écoles normalés n’ont pas été ainsi détournées, atc. ; 20. parce que la chose que l’on considère comme une déviation du but primitif n’a pas entraîné de plus grandes dépenses.

Je nie simplement la proposition (b).

“ Les matières effleurées par les élèves qui n’ont que trois ou quatre ans à “ consacrer à l'acquisition de ce bagage scientifique ne leur sont d'aucune utilité.”

Quel bagage? quelles matières sont effleurées ? Assertion gratuite, négation gratuite.

D'ailleurs si des élèves ont pu se faire recevoir bacheliers, c’est qu'ils étaient aussi capables que d’autres, et je ne sache pas qu’ils soient devenus inférieurs à ceux-ci depuis leurs examens.

“Voilà ce qui peut nous aider à expliquer la marche inverse des dépenses “ qui vont toujours augmentant et des résultats qui vont toujours en diminuant.”

Partant de prémisses fausses, la conclusion se trouve fausse.

Non, ce n’est ni la déviation prétendue du programme, ni les études préten dues superficielles qui pourraient expliquer le fait s’il était vrai.

J'ai dit pourquoi les dépenses ont augmenté.

Les écoles normales congréganiste; ou religieuses.

‘ M. l'abbé Verreau constate deux faits bien importants et que nous tenons à

‘‘ mettre un peu en lumière.

‘ Voici le premier de ces faits c’est que les instituteurs. n’enseignent pas en ‘“ général au delà de trois ans. C’est un fait très grave et compromettant pour le

‘ succès de ces maîtres et maîtresses”... ss Horn dal eo 6 de où se ‘ Le second fait c’est que pour s'engager à un pareil dévouement il faut une ‘ vocation spéciale...”

Au risque d’ennuyer, je citerai encore mes paroles afin qu’on puisse juger s elles ont bien le sens que l’auteur leur donne ici.

Mgr de Trois-Rivières avait dit, au sujet de sa future école normale :

“ Elle sera aussi plus efficace parce que les jeunes filles qui en suivront les ‘ cours n'auront guère d’autres carrières devant elles que Ja tenue des écoles, pour ‘ la direction desquelles elles auront reçu l'instruction pédagogique convenable.”

Je me contentai de demander :

‘“ Pourquoi ces jeunes filles n’auront-elles pas d’antres carrières devant elles ? |

“ Sera-ce parce qu’elles feront vœu d’enseigner ? Mais alors il leur faudra une ‘ vocation spéciale dont un petit nombre seul sont capables:

‘: Sera-ce parce qu’elles recevront une instruction tout à fait élémentaire ?

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“ Non, je crois que ces jeunes personnes en général n’enseigneront pas au-delà “ de la limite de temps imposée. Elle est aujourd’hui fixée à trois ans : elle peut ce être mise à Xserve n ..... LERELRLARLLLELEZLEELELLLEILTIALEEEEPEEELEENLTr) LLLLLLELLLLLLET)

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# Quant à l’école normale J'acques-Cartier, si quelques-uns des élèves n’ont ‘enseigné qu’un an, plusieurs ont enseigné bien au-delà du temps fixé.”

Voilà comment j'ai constaté ces deux faits.

Mais passons.

Premier fait.

Evidemment, on croit avoir fait une découverte. Mais ce fait—que je n’ai point constaté, parce que je n'avais pas besoin de le faire —résulte de la condition même de l’école, de l'obligation que le Gouvernement dès l’origine des écoles normales, a imposée aux aspirants, après s’être fait renseigner par des hommes compétents. Ceux-ci avaient étudié la question. La raison que vous apportez ne leur avait pas échappé : elle a un côté sérieux; mais elle a des inconvénients graves. Je crois que d’ici à plusieurs années cette limite de temps devra être maintenue. Cependant c’est une question qui peut être étudiée et débattue.

“ Celui donc qui ne s’y livre que par nécessité et avec l'intention bien arrêtée “d'en sortir le plus tôt qu’il pourra ne réussira que médiocrement. C’est évident.”

Quand cela serait vrai, à quoi conduit cette majeure ? Pour qu’on infère quelque chose contre notre système, il faudrait complèter le syllogisme et dire :

‘ Celui qui n’est obligé d'enseigner que pendant trois ans, le fait par nécessité et avec l'intention bien arrêtée d’en sortir le plus tôt qu’il pourra.”

“ Donc, etc.

Présenter ce syllogisme, c’est le réfuter.

Il est de fait que plusieurs élèves ont enseigné pendant dix, vingt ans et plus.

Voici ce que dit M. le Principal de l’école normale McGill (Rap. 1880, p. 171):

Quant à la longueur du temps que nos élèves ont passé dans l’enñseigne- ‘“ ment, on a constaté que les 86 maîtres porteurs de diplômes de l’école normale “ McGill, et présertement employés par le Bureau des Commissaires protestants “ de Montréal, ont enseigné en moyenne 51 ans, sans compter ie temps que quel- ‘“ quesuns d’entre eux ont été employés dans d’autres districts.

“ En examinant la liste des instituteurs portée à l’annuaire de l’école nor. “ male, on voit que du nombre comparativement restreint, de ceux qui ont reçu “ leurs diplômes dans les premières années de l’école, 22 au moins sont connus “ pour être encore en activité de service, soit depuis plus de 15 ans.”

Pour ce qui concerne l’école Jacques-Cartier, l’auteur peut consulter le Rapport du Surintendant, 1878-79, p. 250. Il y verra que 378 élèves ont un brevet. Si tous, sans aucune exception ni accident, avaient enseigné pendant les trois années obligatoires, le nombre total des années serait 1125. Tous n’ont pas enseigné pendant trois ans, quelques-uns ne l’ont pas fait du tout. Cependant en additionnant le nombre d'années d'enseignement des autres, —y comprenant, il est vrai, quelques élèves qui avaient déjà le diplôme—on arrive à 1426 années. Il faut donc que plusieurs aient dépassé de beaucoup le terme obligatoire.

‘ On sait à quelle capacité supérieure arrive un professeur de talent après 25 ‘et 30 ans d'enseignement des sciences qu’il affectionne et qu’il arrive à posséder “ à fond.”

A ce compte là, nos collèges possèdent très peu d'hommes de capacité supérievre. Les professeurs de 30 et même de 25 ans sont toujours rares.

Certes, si l’on ne peut arriver à posséder une science à fond qu'après 25 ou 30

ans d'enseignement, quand on a du goût pour la science et du talent, l'auteur a bien raison de regarder trois ans comme un temps trop court pour s’instruire.

Mais il semble que le professeur est pour enseigner et non pour s’instruire.

Que savait-il donc quand il a commencé à donner ses cours ?

Et les malheureux élèves qui se sont succédés sur les bancs pendant quinze ans, dix ans, cinq ans, qu'ont-ils fait avec un professeur qui ne savait pas, ou qui ne savait que d'une manière imparfaite la science qu’il était chargé d'enseigner ?

Hélas ! ce sont des expériences in animd vili, faites aux dépens de la bourse e surtout de l’avenir intellectuel des jeunes gens.

Tel est, souvent du moins, le résultat fâcheux de la position où se trouvent les institutions à bon marché. Elles n’ont pas les moyens de faire préparer des professeurs, ou de les retenir par un salaire suffisant quand ils sont capables.

Je pourrais citer ici le témoignage de quelques supérieurs de collèges : ils voient avec chagrin que leurs meilleurs professeurs s'éloignent dès qu'ils trouvent une position avantageuse, et il leur faut recommencer avec un professeur nouveau, qui est obligé, à son tour, d'acquérir de l'expérience et des connaissances à ses dépens et aux dépens de ses élèves.

C'est précisément pour suppléer à ce long travail—tâtonnement serait le mot— dans l'enseignement, que les écoles normales ont été établies.

Et s'il en fallait de nouvelles dans notre province, ce devrait être pour l’enseignement supérieur, pour préparer les professeurs de collèges, et l’on verrait bientôt un changement utile à tous.

L'élève maître, pendant son séjour à l’école normale, outre les matières qu’il devra enseigner à son tour, étudie la théorie de la Pédagogie. Il doit faire la classe sous les yeux de ses maîtres, qui lui expliquent ses fautes, lui donnent des conseils : c’est là l’enseignement pratique de la Pédagogie.

Une simple année de cette préparation, faite avec le concours d'hommes dévoués—qui peuvent avoir 25 et 30 ans d’expérience—vaut bien deux et trois années de tâtonnements.

D'ailleurs, si l'inconvénient signalé par le Mémoire est réel, il est encore moindre dans les écoles primaires que dans les collèges, où le maître souvent change tous les ans, passant sans transition et sans préparation du banc de l'élève à la chaire du professeur.

Si l'inconvénient signalé est réel, il se produit avec les maîtres et surtout avec les maîtresses qui ne surtent pas des écoles numales. On sait qu’un très grand nombre de jeunes personnes ne quittent le foyer domestique pour l’enseignement qu'avec l'intention bien arrêtée de quitter l’enseigne’nent aussitôt qu’elles pourront faire un bon mariage.

Si le Conseil veut apporter un remède à cet état de choses, il commencera uilement en imposant à tous ceux qui prennent un brevet, l'obligation d'enseigner un semps dé‘ rminé. C’est ce qui se pratique en France, et en Belgique, je crois.

Second fait.

\ ‘“ Le second fait est que pour s'engager à un pareil dévouement il faut une ‘ vocation spéciale.”

Si je comprends bien cette phrase, elle signifie que pour dévouer toute sa vie à l’enseignement il faut une vocation spéciale. ,

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Il est évident que pour se dévouer il faut avoir du dévouement, lequel fait partie de la grâce de la vocation.

Il paraît que c’est là un fait et que je l'ai constaté.

J'en demande bien pardon à l’auteur, mais j'ai toujours cru que c'était un principe, une loi morale. Dans tous les cas, j'ai constaté le fait d’une manière assez singulière.

Il m2 semble que tout le monde sait depuis longtemps que pour se consacrer à un état de vie quelconque par vœu, c’est-à-dire par un engagement spécial fait à Dieu lui-même, il faut avoir la certitude morale qu'on est appelé spécialement et divinement à cet état. |

Oui v’est là le véritable principe qui doit présider à tout système d’enseigne- “ ment et d'instruction publique, c’est qu'il faut confier autant que possible la “ direction des écoles à ces âmes généreuses que Dieu appelle d’une manière “ toute spéciale au ministère......de l'éducation de la jeunesse.”

Je distingue.

C'est un principe qu'il faut, c’est-à-dire qu’il y a obligation grave de confier, autant qu'on le peut, la direction des écoles aux communautés religieuses, je nie ;

Il y a obligation grave de n’en confier la direction qu'aux dmes généreuses— religieuses ou laïques--que Dieu appelle d’une manière toute spéciale au ministère de l'éducation de la jeunesse, je nie encore ;

Il y a obligation grave de n’en confier la direction qu’à de bons maîtres ou à de bonnes maîtresses, j'accorde.

‘ Voilà ce que l'Eglise catholique a toujours compris et travaillé à réaliser par ses ordres religieux enseignants.

Sous les distinctions faites plus haut, j'accorde.

Si la première alternative était vraie, les écoles laïques se trouveraient défendues en principe, et la conscience d’un grand nombre de personnes—ecclésiastiques et laïiques—constituées en dignité, se trouverait gravement engagée, pour n'avoir pas appliqué le principe.

Mgr Laflèche ne pourrait pas demander une ‘école normaie : il devrait se contenter des noviciats qu'il a dans son diocèse et songer à ne former que des religieuses et non de modestes institutrices,

La seconde alternative conduit à des conséquences non moins absurdes.

Il y aurait obligation pour ceux qui engagent les maîtres—pour l’autorité laïque et politique comme pour l'autorité ecclésiastique--de s'assurer que les maîtres qu’ils engagent sont appelés de Dieu d’une manière toute spéciale.

Dans les écoles normales actuelles, l’auteur ne trouve-t-il pas—en fait—les conditions qu’il vient d'indiquer, quelque exagérées qu’elles soient ?

L'école normale des filles est confiée à des religieuses et les écoles d’instituteurs sont confiées à des personnes qui peuvent se croire appelées ‘‘ à cet humble mais sublime ministère de l'éducation de l’enfance et de la jeunesse.”

Le religieux aurait-il sous ce rapport des grâces tellement particulières qu’il l'emporterait même sur le prêtre qui se dévoue à l’enseignement privé ou public ?

On serait tenté de le croii par le passage suivant :

“Pour s'engager à un pareil dévouement, il faut une vocation spéciale... “ C'est aussi ce qui nous explique à priori la supériorité économique et scienti- “ fique des écoles conduites par des personnes engagées par des vœux à consacrer

& tout ce que Dieu leur a donné de force et de alents à la grande cause de # l'éducation.”

Que le vœu d'enseigner explique à priori ou à posterior: la supéi mique et scientifique de ces écoles, je nie simplement,

Qu'il y ait nécessairement dans ces écoles une supériorité économique et scienti fique sur celles où l’on ne fait pas de vœux, je le nie également. .

La supériorité économique est loin d’être démontrée. D'ailleurs, je l’ai déjà fait observer, ‘{ il faut bien se fixer sur le sens du mot économique : si les dépenses annuelles dans certains collèges s'élèvent à 833,000, dans d'autres elles ne dépassent guère $3,000. Tout peut être beaucoup plus économique daus les premiers que dans les seconds,”

La science de l'économie est personnelle : certaines maisons religieuses, en dépit des vœux qui, d’ailleurs, ont un autre objet, ont été administrées d’une manière qui n'est pas du tout économique, tandis que d’autres où il n’y 4 pas de vœux ont été administrées d’une manière admirable. ,

Ce n’est pas une question de principe qu'on peut décider à priori: c'est un fait qu’on peut constater.

Quant à la supériorité scientifique, voudrait-on laisser croire qu’elle est plus grande là où il y a des vœux que dans nos collèges ? plus grande, par exemple, chez les Frères que dans les Séminaires de Québec, de Montréal ?

En supposant que l’auteur aurait constaté cette supériorité des Frères sur le Collège de Trois-Rivières, pourrait-il raisonnablement voir là autre chose qu’un fait local et accidentel ?

Non ; restons dans les bornes de la vérité.

Les religieux enseignants ont bien mérité de l'Eglise et de la société.

Citoyen, je vois en eux des hommes utiles à l’'éducat'on de la jeunesse.

l'atholique, je vois en eux des hommes qui se pro at une vie plus parfaite que les autres hommes et qui renoncent aux jouissanc ‘me permises, afin de faire plus de bieu.

Prêtre, je dois voir dans le religieux un auxiliaire précieux qui occupe une place spéciale dans la hiérarchie ecclésiastique. Dans les circonstances actuelles, notre respect et notre-amour pour eux doivent s’augmenter de toute la force des persécutions qu’on leur fait subir ailleurs.

Mais ce respect et cet amour doivent-ils aller jusqu’à vouloir les employer exclusivement à tout autre? jusqu'à empêcher d’autres dévouements de se manifester ?

S'il en était ainsi, je le dis franchement, sans arrière pensée, je crois que ce serait un malheur pour la-religion.

Exclure de l’enseignement le religieux parce qu'il est Ps Si c'est faire preuve d’une haîne qui remonte jusqu’à la religion ; mais en exclure le laïque par le seul fait qu'il est laïque, c'est déployer uu zèle que la religion ne demande pas. Aujourd’hui plus que jamais, elle appelle autour d’elle, elle bénit, elle encourage tous ceux qui veulent et qui peuvent la servir. Si le laïque ne doit pas offrir le sacrifice de l’autel, il lui est permis de préparer de ses mains l’hostie et le vin que le prêtre, en vertu de sa sublime autorité, transformera en sacrement de vie. Si vous repoussez systématiquement le fidèle, il prendra l’habitude de vous laisser seul et quand vous aurez besoin de lui, il pourra vous manquer. Aujourd’hui, personne n’a le droit de se plaindre qu’on gêne sa conscience,

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ou ses droits dans l'instruction de sa famille. Le père peut choisir pour son enfant un bon maître, laïque ou religieux. S'il 1’est pas satisfait du résultat, il n’a de prétexte ni pour accuser personne, ni pour se soulever contre l'autorité, qui ne lui impose pas un maître plutôt qu'un autre.

Dans le cas contraire, le père pourra s'en prendre à l'autorité, confondre le maître avec le religieux et celui-ci avec la religion.

Il y aura réaction.

La réaction est dans la nature de l'esprit humain. La souveraine prudence de ceux qui gouvernent est de tout disposer pour qu’elle soit aussi faible que possible, car elle suit dans l’ordre moral une loi analogue à celle qu’elle suit dans l'ordre physique. Voilà pourquoi elle éclate avec tant de violence quelqueiois. L'Eglise sous donne un exemple de sa divine sagesse, en n’imposant aueun ordre de sa hiérarchie pour l’enseignement.

Veillons à avoir de bons maîtres, religieux et laïques, encourageons-les au bien, aidons-les de nos conseils. Que le religieux ne GE pas le laïque et que celui. ci ne soit pas jaloux du religieux.

Ceux qui feront le mieux, s'imposeront par-là même: si tous deux font également bien, les enfants, les parents, le pays, la religion, tout y gagnera.

On doit voir qu’en Europe on fait des efforts inouïs pour retenir les laïques qui s’éloignent de l'Eglise.

La France ! Ah ! que Dieu ait pour elle la miséricorde incomparable qu'il eut pou le Japon payen et persécuteur ! Si dans ces écoles d’où l’on chasse le Christ, une âme d'élite, un laïque dévoué pouvait murmurer le nom de Dieu, et inspirer l'amour de la vertu, tout ne serait pas désespéré. Autrement, il faudra que la religion retourne aux premiers siècles pour trouver le moyen de pénétrer dans les écoles de Paris, comme el!: est entrée dans celles de Rome.

On aura sans doute prévu le danger depuis longtemps, et tâché de préparer quelques bons instituteurs laïques.

Pour nous, sachons conserver autour de nous autant de laïques éclairés et zélés qu'il sera possible. Dans les modestes écoles, pas plus que dans les chaires universitaires, dans les œuvres de charité, ni dans les travaux de la science, ne cherchez pas à l’éloigner comme un rival, comme un intrus qui veut mettre la main à l’encensoir ; au contraire, appelez-le auprès de vous, comme un membre de l'Eglise, comme un aide précieux sur lequel vous pourrez vous reposer pour bien des choses.

Vous n’empècherez jamais l’enseignement supérieur des laïques, vous serez forcé d'y avoir recours pour vos classes d’affaires, pour des sciences pratiques Vous aurez alors la perspective de les voir considérés comme supérieurs aux religieux, et le contraste sera d'autant plus frappant que la nécessité qui les aura fait appeler paraîtra plus grande.

On a dit que, dans un pays jeune comme le Canada, il y a de la place pour tous les genres d'activité : il y en a certainement pour toutes les formes de la charité, toutes les manifestations du bien.

On sait ce que l'éducation était devenue en Europe, au moment où éclata la Révolution française : les congrégations religieuses, qui la donnaient presque exclusivement, ne purent arrêter le cataclysme.

Depuis que nous avons à Montréal de bonnes écoles laïques, les catholiques ne vont plus aux écoles protestantes. Néanmoins les écoles des religieux sont

aussi fréquentées que jamais : peut-on dire qu'elles étaient autrefois inférieures à ce qu'elles sont aujourd’hui ?

« L'on est surpris de rencontrer... .de la défiance et une certaine répulsion ‘“ pour l’enseignement congréganiste, ou des Frères et des Sœurs.”

Ceci me semble inexact et contraire aux faits,

L'auteur vient lui-même de montrer que les religieux employés c'ans l’enseignement sont très nombreux et qu’ils se sont multipliés depuis 1857. C'est une prenve qu'ils n’inspirent pas beaucoup de répulsion. L'école normale des institutrices à Québec a été confiée aux Dames Ursulines : tout le monde serait content de voir celle de Montréal confiée aux Dames de la Congrégation.

Les couvents s'élèvent partout, comme par enchantement.

Quant aux Frères, leur caractère congréganiste n'inspire aucune défiance. Mais quelques-uns peuvent en inspirer à un autre titre. ‘Ce sont ceux qui arrivent ici comme en pays barbare, qui ne craignent pas d’insulter l'autorité et de scan daliser les populations par des écrits grossiers et libelleux.

Comment veut-on qu'on ait confiance dans des hommes dont l’éducation semble incomplète ? Comment doivent-ils traiter leurs égaux et form:r leurs inférieurs ceux qui se montrent si oublieux des devoirs les plus élémeataires ? Quand un institut souffre de pareilles choses dans son sein, pourrait-il être surpris s'il rencontre quelque défiance ?

Economie ct efficacité des Ecoles normales congrégaristes.

Tel est le titre du chapitre qui couronne tout le Mémoire.

Ce chapitre, quoiqu'assez court, comprend plusieurs choses, dans l’ordre suivant :

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