‹ Réplique au second mémoire de Mgr. l'évêque de Trois-Rivières [microforme]Chapitre 17 sur 22 · RECTIFICATIONS · texte numérisé non relu

RECTIFICATIONS

Avant de donner ma conclusion, je dois répondre à deux reproches, que je ji serais fâché de mériter. Le premier est d'avoir prété un raisonnement ridicule à Li Mgr Laflèche ; le second, d’avoir porté contre lui une accusation fausse et injurieuse,

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Déjà, au chapitre IL, p. 7, je me suis occupé du 1er reproche pour montrer la confusion qui règne dans les idées de l’auteur. Je veux ici mettre chacun en état de juger jusqu’à quel point j'ai mal agi à l'égard de Sa Grandeur.

C’est pour cela que je citerai textuellement les paroles de ce dernier Mémoire et ensuite celles du précédent, avec une analyse en regard pour qu’on puisse suivre plus facilement l’enchaînement des idées.

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Utilité des Ecoles Normales, etc., p. 3 dv 3e Mémoire.

Analyse.

Nous avons affirmé que les écoles normales sont uliles en pe e, c'est-à-dire, d'une manière générale et abstraite, pour refuler l'accusalion que nous voulions la suppression des écoles normales de Québec et de Montréal.

Nous ne voulons pas la suppression des écoles normales de Montréal et de Québec.

Nous pensons qu'il faudrait augmenter le nombre des écoles normales en général.

Nous croyons à l'ulilité des écoles normales en principe d'après l'exemple du B. de Lassalle,

d'après l'expérience de nos communaulés enseignanles,

d'après le bon sens.

VoiLa ce que Mr Verreau aurail dû comprendre en voyant notre affirmalion ;

car c’est sur des fails indéniables que nous pr one la nécessilé d'une école normale à ois-Rivières.

Texle.

Nous avons commencé par affirmer dans ce Mémoire l'utilité des écoles normales en principe, afin de repousser une accusation fausse qui a été portée contre nous l'automne dernier, et dont M. l’abbé Verrceau a dû avoir quelque connaissance, On a réraudu le bruit à Montréal et à Québec que nous voulions la suppression des écoles normales, et même que nous étions à la tête d'un parti formé dans ce but. Nous avons dû protester contre cette rumeur érronée, et peut-être répandue à dessein pour donner le change à l'opinion publique sur ce qne nous pensons avec un grand nombre d'homme éclairés, sur le système défectueux suivi dans ces écoles depuis leur fondation. Non, nous ne voulons point la suppression des écoles normales, et nous ne Connaissons point de parti formé pour travailler à les faire diparaître. Voilà ce que nous avons déclaré dans la réunion du Comité catholique où cette question a été posée. Bien loin de là, nous pensons qu'il faudrait en augmenter le nombre pour répondre efficacement aux besoins réels et nombreux qui se font sentir en tant d’endroits, d’avoir des maitres et maitresses bien qualifiés pour tenir de bonnes écoles.

Pour être en faveur des écoles normales en principe, il suffit de savoir que l'origine en remonte au Vénérable J. B. de Lassalle, l’'Illustre Fondateur de l’ordre des Frères des écoles chrétiennes. C’est par ce principe de l'art d’enseigner, ou de l’enseignement pédagogique, sagement appliqué à tous les membres de son institut, que ce grand Instituteur a réussi à former des maitres si habiles, et qui ont marché partout depuis à la tête de l’enseignement primaire et secondaire. D'ailleurs quand bien même nous n'’aurions pas d’aussi grandes autorités, et une expérience aussi longue et aussi complète que celles de nos communautés religieuses enseignantes de Frères et de Sœurs, en faveur de l'enseignement normal, le simple bon sens ne suffit-il pas à démontrer à l'évidence qu'un instituteur qui aura été formé uvec soin à l’art d'enseigner et de bien tenir une école, réussira mieux que celui qui n'aura point recu cet avantage, bien que d’ailleurs il ait les mêmes talents? Voilà ce que M. l'Abbé aurait dû comprendre en nous voyant affirmer le principe des écoles normales en tête de ce Mémoire, au lieu de nous prêter le raisonnement ridicule qu’il fait à ce propos, et dont nous lui laissons tout le mérite; car c’est sur des faits indéniables que nous appuyons la nécessité d’une école normale aux Trois-Rivières, et contre lesquels les distinctions futiles et les assertions et dénégations gratuites qu'il fait, ne pourront rien et demeureront sans effet, puisqu'il n’en demeurera pas moins vrai que les écoles normales de Québec et de Montréal ne sont d'aucune utilité pour le diocèse des Trois-Rivières, et qu’elles ne lui donnent pas dix maîtres et maîtresses pour ses 460 écoles, après 25 années d'existence,

Ces deux propositions: Les écoles normales sont utiles en principe, et Il faut détruire les écoles normales établies à Québec et à Montréal, ne scnt pas contradictoires : l'affirmation de la première n’entraine pas necessairement la négation de la seconde.

Dans les autres propositions, il y a la même confusion de l'abstrait et du concret, laquelle favorise admirablement le sophisme. Mais la conclusion l’em. porte sur le tout.

Voilà ce que Mr l'abbé Verreau aurait dû comprendre en nous voyant aflir- “ mer le principe des écoles normales en tête de ce Mémoire..…..…...Car c'est sur des faits indéniables que nous appuyons la nécessité d’une école normale aux Trois- Rivières.”

Quoi ? en vous voyant affirmer le principe des écoles normales en téte de ce Mémoire, j'aurais dû comprendre :

Que vous affirmez le principe des écoles normales ?

C'est évident : je crois avoir compris :

Que vous ne voulez pas la destruction des écoles normales actuelles de Québec et de Montréal ?

Que vous pensez qu'il faut multiplier les écoles ne-males ?

Que l'exemple du B. de Lassalle, de nos communautés enseignantes, etc. prouve l’utiliie des écoles normales ?

Non, cela ne découle pas de l’affirmetion: les écoles normales sont utiles en principe.

Mais, quand mème le lecteur verrait défiler cette processi5n sous ses yeux en vous voyant affirmer ce principe, suit-il qu'une école normale est nécessaire à Trois-Rivières ?

Suit-il que vous avez prouvé cette nécessité ? Y a-til une conséquence du moins au plus, de l’utile au nécessaire ?

Surtout, est-il bien évident que l'affirmation de l’utilité en principe, etc., aurait dû me faire comprendre toutes ces choses, parce qu'on appuie la nécessité de la nouvelle école sur des faits indéniables ?

Mais si vous vous appuyez sur des faits, et des faits indéniables, qu'importe que j'aie compris ou non vos affirmations de principes.

Où sont les faits indéniables qui prouvent la nécessité d'une école normale à Trois-Rivières ?

Sont-ils énumérés dans l’autre Mémoire ?

Voici le texte du passage auquel vous faites allusion :

Texte.

Nécessilé d'une Ecole Normale aux Trois-Rivières. Ma Réponse.

10. L’utilité des écoles normales 8 :ié admise en I. On veut prouver cette nécessité: lo. par pois par Je Concile de Québec, décret XNIIT, par le fait que l'utilité des écoles normales a été e Gouvernement qui les a décrétées, et qui a fait de si admise en principe par le premier Concile grands sacrifices pécunaires pour les fonder et les sou- de Québec, par le ouverte, par le tenir, el par le désir dernièrement exprimé par le Con- Conseil de l'instruction publique. seil de l'instruction pubiique de voir ces écoles main- Je nie simplement la conclusion. tenues. à En effet, elle suppose ce raisonnement :

L'utilité des écoles normales a été admise en principe;

Donc une école normale est nécessaire à Trois-Rivières.

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20. Le besoin d'une école normale dans le diocèse IL. Cette nécessité est prouvée en second des Trois-Rivières est attesté par les rapports ofliciels lieu par les rapports officiels des Inspecteurs. de MM. les Inspecteurs du district. Je nie qu’une pareille conclusion puisse se

M. l’Inspecteur Laplante dit clans son rapport de tirer de leurs rapports.

1877-78 : ‘‘ La plupart de ces institutrices ne manquent “ pas seulement d'instruction, nwais bien souvent, elles “ n'ont pas même l'éducation su'isante, comme l'attes- “tent leur mauvaise tenue 4 la malpropreté de leur “ classe,”

M. l'Inspecteur Lefebvre dans son rapport de 1877-78 dit aussi: ‘“ Comme js le disois dans mon précédent ‘“ rapport, presque toutes les écoles élémentaires de “ mon district d'inspectios sont dirigées par de jeunes ‘“institutrices qui n'ont pas, pour la plupart, les con-

‘“ naissances pédagogiques nécessaires.”

Enfin M, l’Inspecteur Thétrault dit à son tour de 1878-74 : « L'obstacle irrémédiable aux progrès dans ‘“ ces dernières écoles, (36 écoles primaires) c'est l’in-

‘“ capacité la plus absolue des personnes qui les dirigent.

“ Cest un spectacle bien attristant pour quiconque

‘“ s'intéresse à l'avenir de notre nationalité, de voir un

‘“ si grand nombre d'enfants pleins d'intelligence con-

“ fiés aux mains débiles de ces jeunes filles sans éduca-

“tion, sans instruction, sans talents, sans la moindre

“ connaissance pédagogique, et incapables mème de

“critiquer une page d'écriture de leurs élèves. Tout

“ le monde s'étonne à bon droit de voir le nombre de

“ ces parasites augmenter chaque jour sans que l'on D'où je puis conclure légitimement: | ‘“ songe à porter remède à ce mal, la plus grande pluie Donc la nécessité d'une école normale à ‘“ de notre système d'instruction.” Trois-Riviéres n'est pas prouvée,

J'aurais pu ajouter :

La seule conclusion qu'on puisse tirer du rapport des inspecteurs est que les écoles de Trois-Rivières sont dans un état déplorable, parce qu'on a engagé des maîtresses incapables.

Il n'est pas nécessaire que pour cela on fasse les frais d’une nouvelle école normale à Trois-Rivières.

Je n'ai donc point prété de raisonnement ridicule à Mgr Laflèche : je n'ai faii que ramener à sa forme rigoureuse celui qu’il a employé.

Il est inutile, je crois, de m'arrèter plus longtemps à cet incident.

Mais je profiterai des citations empruntées aux inspecteurs pour demander comment ces institutrices ont pu recevoir leurs brevets, et pour prier le Conseil de rapprocher ces citations de ce que je dis p. 28 au sujet des Commissions d'examen.

Le tableau tracé par M. Thétrault fait voir qu'il y a queique part un grand vice dans le système des examens.

En présence de pareils faits, l'auteur a-til bien raison de faire valoir le nombre considérable d’instituteurs et d’institutrices qui arrivent à l’enseignement sans passer par les écoles normales, et dont une partie à été formée, ditil p. 10, les institutions à bon marché ?

J'arrive au second 12proche.

M. Verreau ‘‘ prétend aue la crainte de ne pas plaire à l’autorité diocésaine “est en partie la cause qui empêche les instituteurs des écoles normales de péné- ‘ trer dans le diocèse de Trois-Rivières.”

J'ai déjà signalé la tendance de l’auteur à défigurer mes paroles, à me faire dire ce que je n’ai pas dit.

Je me vois encore forcé de répéter ici ce qu’on vient de lire, p. 34.

Mgr Laflèche avançait dans son Mémoire que : ‘ Sur 460 écoles—dans Trois- Rivières—, il n'y en a pas dix qui soient dirigées par des maîtres venant des écoles normales, ce qui montre à l'évidence l’inefficacité des écoles normales.”

Cette affirmation était un syllogisme ou mieux un sophisme que je devais réfuter, Je l’ai fait par la réponse qu'on a lue, et qui revient à ceci :

Ce que vous donnez comme la cause unique (du fait que peu d'élèves se sont fixés dans Trois-Rivières) n'est pas nécessairement la cause unique. D'autres causes ont pu retenir nos élèves. Par exemple, la modicité du salaire, la crainte de ne pas plaire à l'autorité diocésaine.

Si j'avais déclaré que ce sont là les deux causes qui ont empêché nos élèves d'aller enseigner dans le diocèse de Trois-Rivières, je serais tombé dans l'erreur du second Mémoire ; j'aurais donné comme cause certaing ce qui n’était dans mon idée qu'une cause possible.

L'auteur prétend que mes paroles, 10. renferment une accusation ; 20. que cette accusation est fausse ; 30. quelle est injurieuse.

Je suppose que j'aie dit : Les instituteurs élèves des écoles normales ne ‘ veulent pas, je le sais, aller à Trois-Rivières de crainte de déplaire à l'autorité ‘“ diocésaine.”

Cette affirmation très précise ne serait pourtant pas une accusation contre Mgr de Trois-Rivières, et elle ne pourrait certainement pas justifier le ton de ce passage :

‘ C'est une accusation fausse et injurieuse. Nous la repoussons....…. Nous “ n’avons jamais rien dit ni fait qui pût intimider les instituteurs des écoles normales venant dans notre diocèse.”

Entre l’intimidation produite par les actes ou les simples paroles de l’évêque, et la crainte de ne pas plaire à l'évêque, il y a une distance considérable.

Mon accusation—si c'en est une—ne suppose aucunement que Sa Grandeur ait cherché à intimider nos élèves par des paroles ou par quelque acte de violence.

Le Conseil sait bien que des personnes pas du tout disposées à se laisser intimider, même par des voies de fait, sont toutefois assez délicates ou assez prudentes pour ne pas aller s’ingérer dans un endroit où elles craignent de n'être pas bien vues.

Avec quelle confiance peuvent-elles se présenter à ceux qui les regardent comme des intrus ? qui proclament que “ c’est un principe qu'il faut confier au- ‘“ tant que possible la direction des écoles à ces âmes généreuses que Dieu ‘ appelle d'une manière toute spéciale à cet humble mais sublime ministère de “ l'éducation de l'enfance et de la jeunesse ”, c’est-à-dire à des religieux et à des “ religieuses ?

Est-il vrai que les écoles normales de Québec et de Montréal sont bien vues de Sa Grandeur ? est-il vrai qu’elle a cherché à en attirer les élèves dans son diocèse et qu’elle les a encouragés à l’égal des autres maitres, parce qu’elle a confiance dans la manière dont ils ont été formés ?

Mais le sentiment qui domine dans ce Mémoire, mais la première accusation dont les écoles normales ont été l’objet auprès du corps épiscopal, mais le second Mémoire, mais la publicité qu’on a laissé donner à ce dernier réquisitoire dont Mgr lui-même a pris la responsabilité, peuvent-ils laisser le moindre doute sur la manière dont les écoles normales sont considérées par Sa Grandeur ?

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Quels élèves peuvent former des maitres qui sont inspirés par l'intérét personnel, qui font de l'œuvre sublime de l'éducation un métier ?

Comment encourager ces instituteurs et engager les parents à leur confier leurs enfants ?

Non ; on n’a pas droit de s’indigner ainsi : le fait est là, et on ne le peut nier.

Donc l’accusation—si c'en était une—ne serait pas fausse.

Elle ne peut être injurieuse, que si le fait constaté est de sa nature bldmable.

Le ton d’irritation du passage cité plus haut nous porte à croire qu'on le considère ainsi.

Jd’en suis bien fâché ; mais cela ne dépend pas de moi.

Quels qu’aient pu être mon intention et le sens de mes paroles, je retirerai immédiatement celles-ci, je présenterai—et très sincèrement—mes excuses du moment que Sa Grandeur voudra bien déclarer qu’elle verra avec plaisir les élèves des écoles normales pénétrer dans le diocèse de Trois-Rivières ; du moment qu’elle engagera les autorités scolaires à choisir, autant que possible, les maîtres parmi nos élèves.

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