‹ Réponse à la brochure de Monsieur l'abbé H.-R. Casgrain [microforme]Chapitre 2 sur 2 · MR VI · texte numérisé non relu

MR VI

française, En tout cela, M. l'abbé Raymond Casgrain a recueilli autre chose que des lauriers, Pa

Je n'ai rien à retrancher de ce que j'ai écrit sur le travestissement de l'inscription destinée au monument de saint Bonaventure. Lorsqu’ :n personnage appartient à l'histoire universelle de l’Église et de l'humanité, il suffit d'écrire son nom avec un éloge laconique pour être compris. (1) Tel n'était pas le cas pour Champlain, dont l’œuvre n’est pas universellement connue.

I] fallait dire que Champlain fonda non seulement une ville, mais encore une nation, une civilisation, française et catholique ; il fallait dire qu'il fut grand par le caractère, l'habileté, les vertus ; il fallait dire encore qu'il laissa à la postérité des écrits d'une valeur inestimable, pleins de Dieu, de la France ét de la nouvelle patrie qu'il venait créer sur nos bords. Après cela on pouvait exalter son génie et sa gloire.

Monsieur l'abbé Casgrain dit que des souscriptions au monument Champlain sont venues d'Angleterre et des Etats- Unis. Je n'en connais aucune. A part les souscriptions canadiennes, je ne connais pas d'autres souscriptions au monument Champlain que celles du général de Charette, de M. Louis Audiat et d'un certain groupe d'amis de la vieille France, Si monsieur Raymond Casgrain trouve convenable de qualifier officiellement d'étrangers ces Français qui se sont unis à nous, comme membres d'une même famille, pour rendre hommage au Père de la Nouvelle-France, je ne partage pas son avis.

Glissons sur les paroles malheureuses du pamphlétaire à l’adresse de personnes que la raison et le cœur devaient lui commander de respecter. Aussi bien il est des voix plus autorisées que la mienne qui ont dû lui faire entendre des reproches avant ce jour. Citer seulement ces paroles serait encore trop cruel.

Soyons indulgents envers M. l'abbé Casgrain ; rééditons, avec une variante, un mot qui lui a été appliqué en France, et disons qu'il a un cœur à plusieurs étages. Il y a

(1) Il ne faut pas oublier que dans un monument destiné à honorer un personnage quelconque, la statuaire et l’épigraphie doivent se compléter l’une l’autre, On peut être sûr que le monument à saint Bonaventure n’est pas un monument neutre, :

chez lui du bon et même de l’attendrissant. Ne le voit-on pas, après les incidents que l’on sait, se montrer tout miel avec son ‘‘ bon atri ‘’ M. Chapais? Ne le voit:on pas soupirer après le bonheur de redevenir le commensal de M. l'abbé Lindsay, et exhaler sa plainte de ce que (prétend-il) je ne le salue plus ?

Consolez-vous, Monsieur, pour ce qui me concerne ; vos yeux malades sont seuls en défaut : je vous ai toujours salué. Pas avec l’exagération que vous mettez à vous prosterner devant l'honorable Monsieur Chapais, que vous proclamez naïvement ‘‘ homme du monde,’’ mais de la manière respectueuse qu'exigent les bienséances.

Pour vous complaire, j'imiterai un instant votre style des jours où vous n'êtes pas fâché, et je dirai que l’obséquiosité ressemble à la véritable politesse comme la chauve-souris aux aîles membraneuses, qui traverse les arcanes aëriens de la nuit, ressemble à l’hirondelle printanière au vol onduleux et léger.

Si j'avais un conseil à donner à M. l'abbé Raymond Casgrain, ce serait de ne plus s'occuper de Champlain. Ce personnage lui est évidemment fatal.

Comptons un peu les accidents qu'il lui a occasionnés :

1° L'accident de la fausse découverte du tombean,—dans lequel M. Casgrain à fait montre de AA cet esprit d’imprudence et d'erreur,

D'autres emballements funeste avant-coureur.”'

2° JL'accident & e l'escalier du château. On sait que Champlain est né d’une famille de pêcheurs. L’abbé Casgrain, qui a le culte du retentissant, a écrit, et a réédité dans son pamphlet, la phrase fameuse dont on a tant ri, où il représente le marin saintongeois descendant ‘‘les degrés du château de ses pères pour s’enfoncer dans les solitudes américaines. ”’ Cela rappelle cette délicieuse boutade d’un homme d'esprit :— ‘‘ Si vous faites à l'abbé Casgrain la faveur d’une petite promenade dans quelque vieux wagon attelé de quelque vieux cheval blanc, il vous en remerciera par cette phrase : ‘‘ Comme aux ‘temps jadis, une blanche haquenée conduisait le carrosse ‘‘ antique orné des armoiries de la famille, etc., etc., etc. ’’

3° L'accident de l'inscription latine (avec son ex/erni pour exferi),—supercherie puérile qui a fait long feu et dont il cherche à s’excuser en faisant des efforts qui l’enfoncent

davantage.

4° L'accident de l'inscription française, intrusion maladroite qui lui a fait commettre deux ou trois erreurs historiques agrémentées d’un petit nuage grammatical, et qui lui vaut aujourd'hui la leçon bien méritée que lui inflige monsieur le docteur Dionne.

5° L'accident de l’ouvrage récent intitulé : ‘ Champlain, sa vie et son caractère,” ouvrage qui débute par une citation manipulée !.…

6° Enfin, l'accident du pamphlet qui vient d’éclore, où l'auteur de la Ve de la Vénérable Mère Marie de l’Incarnation et de l’Æistoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, le pensionnaire toujours délicatement traité d’une communauté de religieuses, parle des ‘‘ nonnes ’’ sur le ton de la plaisanterie, et du clergé comme s’il n’en était pas.

Encore un mot.

Un jour qu’un lecteur de la demeure royale de Versailles lisait devant Louis XIV cette parole de l’/mifafion : ‘‘ Ily a deux hommes en moi,’ le roi s’écria : ‘‘ Oh ! que je conrais bien ces deux hommes-là ! ”” (

Dans M. l'abbé Raymond Casgrain, il n’y a pas deux hommes, il y a un homme et un enfant.

Faisons abstraction de l’homme dans toutes ces ég'aipées dont nous venons de parler, et sachons, pour aujourd’hui au moins, pardonner à l'enfant, —au vieil enfant.

M. Casgrain, du reste, est assez puni comme cela. Il sait, à n’en pas douter, que sa brochure n’a atteint que lui seul. Il a voulu lancer une bombe et n'a réussi qu'à faire partir un pétard, une méchante fusée qui lui a éclaté dans. la figure en lui faisant une balafre.

‘ Calabré ’’ par M. Chapais, ‘‘ balafré ’ par sa propre maladresse, M. Casgrain offre un cas d'atavisme tout particulier des plus intéressants.

Page 1