‹ Réponse à la Question romaine de m. E. AboutChapitre 23 sur 24 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

On ne peut refuser à M. About une certaine log-ique dans les conclusions qu'il tire à la fin do son livre et personne mieux que lui n'a vu les conséquences qui découlent de laquestionEomaine.

Cette question est complexe. Elle renferme une foule d'autres questions qui se tiennent comme des théorèmes de géométrie. Supposé tel principe , il faut tirer telle conclusion. Supposé que le Pape gouverne mal ses sujets , qu'il les tyrannise , que son peuple soit malheureux, il faut adresser au Pape des mémorandums et des remontrances. Mais supposé encore que le Pape ne tienne nul compte des protocoles et qu'il ne change pas de système , que fera-t-on? M. About veut qu'on lui ôte la moitié de ses Etats. Fort bien. Mais les sujets qu'on lui laissera , connaissant la recette , pousseront bientôt les mêmes plaintes que les Romagnols et les Ancônitains. M. About, avec sa logique inflexible, déclare qu'on ôtera encore au Pape le reste de se»

Etats, qu'on lui laissera Eome Seulement, Rome avec ses temples , ses palais et ses princes.

Cela étant , si les évêqnes et les catholiques de France, d'Espagne, de Portugal, de Naples et d'Autriche trouvent que le Pape resserré par ses ennemis , dans ce coin de terre , n'a pas assez d'indépendance et de liberté pour gouverner l'Eglise et montrent leur mécontentement par des signes sensibles , que feront les rois ? M. About a tout prévu. Ce qu'ils feront ? ils reliront l'histoire , ils verront que les gouvernements forts sont ceux qui ont tenu la religion sous leur main ; que le sénat de Rome ne laissait pas aux prêtres carthaginois le privilège de prêcher en Italie; que la reine d'Angleterre et VempereUr rfe Russie y sont les chefs de la religion Anglaise et Russe , et que la métropole souveraine des Eglises de France devrait être légitimeraient Paris.

Voilà qui est clair ! C'est là jeter le masque fet montrer de la franchise. C'est donc là qu'on arrive quand on fait la guerre au Pape. Toucher à son patrimoine temporel , c'est ruiner du même coup , on l'a dit souvent, sa puissance spirituelle. Votre témoignage est précieux , M. About, et vous parlez d'or. Vous voyez maintenant les choses de haut. Enlever au Pape les Légations et les Marches, c'est lui enlever le reste de ses Etats. Mais le priver tout-à-fait du temporel , c'est vouloir anéantir sa puissance spirituelle, c'est préparer des schismes, c'est exciter des persécutions , c'est entrer dans la voie de Dèce et de Dioclétien.

Car, enfin, ne croyez pas qu'il soit facile de faire

de Paris la métropole souveraine de toutes les Eglises dé France. Il vous faudra mettre un billot sur le parvis de Notre-Dame , et quand les têtes des évoques et des prêtres seront tombées, vous pourrez à travers des flots de sang, aller inaugurer un nouveau culte. Vous pourrez alors appeler des rives du Don ou de la Néwa des Popes , car la France ne peut en produire, vous lé savez bien. Peut-être alors le schisme s'accomplirait.

Cependant , je ne Taffirme pas : car la France est profondément catholique. Cet esprit de liberté mesurée qui nous anime tous, cette profonde horreur du servilisme , ce sens délicat qui décou-^ vre par intuition ce qui convient , ne peuvent s'accorder qu'avec la foi catholique. Du jouf oii l'Eglise sera persécutée en France, si elle Test jamais , la nation tout entière se lèvera pour défendre ses évêques et ses prêtres, ou du moins elle vous fera la guerre à sa manière. Elle rira de vos cérémonies , de votre Eglise , elle vous sifflera , soyezen bien sûr, comme elle siffla dans le temps La Réveillère-Lepeaux , Dom Gerle et Catherine Théot , comme elle sifflera quiconque voudra introduire un nouveau culte.

Pour moi , je tirerai aussi mes conclusions à la fin de ce livre. Je ne dirai pas qu'à Rome tout est parfait, qu'il n'y a pas d'abus à corriger. Au contraire. C'est le propre des choses humaines d'aller toujours en déclinant et ceux qui gouvernent doivent être attentifs à corriger le mal qui se glisse partouti II n'est pas au monde un gouvernement

qui n ait» ji^e» d^EJËUits j qui n'eugoacbe quelques ^bjo^ et Rome subit cette loi comuMiad. Ainai , jc^ jm conclu?^ ip^ aivec des persoimes mai iufwioées qu-à'BoHie tout est pour le mieux , qu'il n'y. a pieu à réformer, que les hopimes y août eeteaiptft .des défauts qui déparent ailleurs la sature kumaiue.

D'uu autre côté, j'avouerai que Rome méooimiie par quelques hommes bien intentionnés l'est hhm davantage encore par les .ennemis de l'Eglise. Avant de parler de Rome, il faut la connaître- C'est |K)urquoi, je vous conseillerai, Monsieur* Abouti de mieux étudier votre sujet avant de le traiter, j^ c'est là ime première conclusion que je tire. ^> ^

Tout dans son livre prouve que M. Aboirtjs mal vu , qu'il n'a pas vu. Comment pouvait-il voir.îJ II a mis trois mois à connaître Rome. Qu'il y paa8e."tatw ans , si toutefois le cardinal Antonelli l'y aatoinài; que là il ne s occupe que de Rome. Qu'il voierloqi; qu'il étudie tout, qu'il se rende compte de- tout; 8 sera admis ensuite à venir nous parler de»

Jusqu'alors il ne mérite aucune créance; Sensations et ses jugements ne seront pas des^Artîdks de foi et dans l'esprit des gens sensés il passera pour un de ces bommes qui > •'

Parlent de tout et n*ont rien vu.

Je voudrais, en second lieu, que M. Aboutse pénétrât bien de la gravité de la calomnie et du mal irréparable qu'elle produit. Un sermon de Bourdaloue sur la médisance ou la calomnie , n'importe

lequel, vous ferait beaucoup de bien et vous rendrait sans doute plus mesuré dans vos paroles.

Si une pareille lecture ne vous touchait pas et que ^ vous vous sentiez encore tourmenté par une démangeaison de médisance et de calomnie , à défaut des sages leçons de Bourdaloue et de Massillon , je vous proposerais les exemples instructifs de vos devanciers dans la voie de la charité : Beaumarchais, Paul-Louis Courrier , Armand-Carrel et autres* Ils attaquèrent des gens qui pouvaient leur répoadre et ils couraient des risques. Cette pensée était salutaire et pouvait brider leur plume. Mais vous , quels risques courez-vous ? vous attaquez des morts, de» vieillards , des moines et des prêtres.

Enfin , si vous n'êtes pas arrêté par des consièé^ratieos de ce genre et que vous soyez toujours déeîdé à insulter des hommes qui ne peuvent vous répondre , modérez au moins votre langage, baissez totte ton , profitez du conseil que. Voltaire donnait à' un homme qui avait , comme* vous , des idées extraordinaires et apprenez que quand on dit des choÊCS hardies, il faut les dire modestement.

Albaao, 31 octobre 1859.

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