ÉMILE BOUILLON
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M. Millet ne répondit pas.
Cependant je m’étais mis à lire attentivement sa brochure et à contrôler ses critiques et ses assertions. Plus j’avançais dans cette étude, plus ma surprise augmentait ; et, quand j’eus tout lu, je ressentis une vraie douleur à voir que dans ce travail, qui m’avait d’abord paru sérieux, la malveillance égalait l’ignorance.
Répliquer me répugnait extraordinairement, et le temps me manquait pour cette désagréable besogne.
Enfin, aujourd’hui, quand un nouveau volume met le public mieux à même d’apprécier mon œuvre, je me résigne, et, en déchiquetant la matière comme l’a fait M. Millet, je livre à tous ceux que la lexicographie intéresse le résultat d’un examen dont les conclusions seront souvent appuyées par le jugement de philologues tels que MM. G. Paris, Tobler, Wilmotte.
Légèreté de M. Millet pour ce qui regarde les définitions.
L’auteur des Études lexicographiques reproche à nombre de mots de manquer de définition, quand ces mots sont définis au Dictionnaire.
Aissele, p. 38 de la brochure, défini au Dictionnaire, t. I, p. 199, est inscrit par M. Millet dans sa liste des mots énigmatifs (sic) dont il croit avoir trouvé la clé.
Ductible, p. 40, est dans le même cas.
Enheudissement (p. 41) est exactement défini au Dictionnaire. M. Millet en donne une explication par à peu près.
Hever (p. 44) est défini par M. Millet comme il l’est déjà au Dictionnaire, sinon dans le texte, du moins aux Errata.
Espic (p. 46) est rangé parmi les mots que « le Dictionnaire définit d’une manière vague et indéterminée », et que M. Millet « traduit à son tour en termes précis ». Aussi donne-t-il
comme définition du Dictionnaire « sorte d’épice » et proposet-il : aspic, grande lavande. Or le Dictionnaire, t. III, p. 528, col. 1, porte : Espic, spic, s. m., sorte d’épice, le spicnard ou nard indique (spica nardi), plante qui porte un épi de la grosseur du doigt». De deux choses l’une : ou M. Millet a poussé la négligence jusqu’à ne pas lire la définition, ou bien il a voulu faire preuve d’érudition à bon marché, puisque spic, espic et aspic 1 désignent la même plante.
Gauge (p. 48) est rangé dans la même catégorie qu 'espic. Il est cependant défini au Dictionnaire d’une façon exacte et complète. Et la définition, justifiée par les exemples, est corroborée par les patois. M. Millet n’a pas lu cet article. Il nous présente bien comme un ex. : noix gauge, noix muscade, nux Jovis , mais il ne nous dit pas d’où il tire cet exemple qui d’ailleurs prouverait simplement qu’on a pu désigner une muscade sous le nom de gauge.
Laschez (p. 48) n’a pas été défini d’une façon précise au Dict. Il aurait pu l’être par : sorte de sardine ou d’anchois. En disant: loche , M. Millet commet un contre-sens véritable, puisque laschez , traduisant aphyœ species, est dans l’exemple même synonyme de callique, harenguade et celerin. Ce dernier est au Dictionnaire avec la définition : sorte de sardine ; harenguade (mot de Marseille) est un hareng blanc salé, un petit hareng saur, une grosse sardine salée, selon la définition de Mistral. Dans tout cela rien qui ait du rapport avec la loche qui, au surplus, est un poisson de rivière, tandis que le laschez est un poisson de mer.
Boutoner (p. 16), que M. Millet traduit par « garnir de boutons », est donné parle Dictionnaire avec ce même sens et justifié par un choix d’exemples des xne, xmc et xivc siècles.
Curvité 2 (p. 54) est traduit au Dictionnaire par courbure , traduction que M. Millet ne fait que répéter.