‹ Reponse a un memoire intituleChapitre 2 sur 3 · I) PP · texte numérisé non relu

I) PP

{•/) P. ii du Mémoire,

cherait encore d'exhumer très indiscrètement de la poussière de nos archives, des papiers de famille (1). Hélas ! le long voyage n'y est pour rien : la correspondance de 1659 et de 1660 entre Paris et Rome, en fait foi.

Le général Nickel ayant manifesté, en août 1659, son désir de donner le P. de Brisacier comme successeur au P. Le Jeune, les missionnaires du Canada le supplièrent de n'en rien faire et de maintenir ce dernier à son poste. De son côté, le P. Le Jeune exposa, dans une lettre fortement motivée (5 septembre 1659), les inconvénients d'un changement à l'heure actuelle, et surtout de son remplacement par le P. de Brisacier. Cette lettre et la supplication des missionnaires firent impression sur le général qui, cette année, ne donna pas suite k son projet.

L'année suivante, il le reprit, le mit à exécution et en écrivit aussitôt au P. Jérôme Lalemant, alors Supérieur de la mission du Canada. Celui-ci en fut vivement affecté, mais, en religieux obéissant, il répondit au R. P. Nickel, le 18 août 1660 : « Accepi quas placuitPaternitati vestra? ad me dare litteras, quibus negat posse se acquiescere petitioni nostrœ de P. Paulo Le Jeune, in procuratione hujus missionis confirmando ; acquiescendum itaque nobis voluntati Paternitatis vestrae. Sed si aliquid ipsi occurrat in diem, quo ab hâc sententiâ dimoveri possit, gratum admodùm nobis faciet (2). »

Résumons. D'après la lettre de M. Toussaint Guenet, le P. Le Jeune est à Paris, en mars 1660 ; et, d'après la

(1) P. 51 du Mémoire.

(2) Mss. S. J.

lettre de M. Cramoisy, il y est encore, jusqu'à 'preuve du contraire, à la date du 22 mai.

M. Gosselin apporte une troisième preuve, tirée cellelà d'une autre lettre (1) de la Mère de l'Incarnation. Avant de la citer, il est bon de la faire précéder de quelques lignes du Mémoire.

11 y est dit, p. 41 : « La nouvelle Compagnie marchande expédia en 1660 trois vaisseaux qui arrivèrent successivement à Québec le 12 juin, le 4 août, le 7 septembre, et quittèrent le Canada pour retourner en France le 7 juillet, le 18 octobre, le 5 novembre, d Ces données sont en tout conformes à celles du Journal des Jésuites de Québec (2).

Voici maintenant ce que la vénérable mère écrit à son fils dans cette autre lettre, datée de Québec le 17 septembre 1660 (nous disons bien : 17 septembre 1660) : «Je vous ai déjà écrit une lettre bien ample par le premier vaisseau, parti au mois de juillet, une autre plus courte par le R. P. Le Jeune, et une troisième par un autre navire (3). »

Il n'est parti qu'un vaisseau avant le 17 septembre, à savoir le 7 juillet ; et c'est par ce vaisseau que la vénérable Mère a écrit une lettre bien ample à son fils. Par quel vaisseau sont parties Vautre lettre plus courte et la troisième ?... Je laisse à l'abbé le soin de répondre. Il élude cette difficulté dans son Mémoire, où il se contente de

(2) PP. 284, 280, 287, 288 de ce Journal.

(3) La quatre-vingt-dixième lettre spirituelle dans les Lettres de Marie de Tlncarnation.

conclure avec satisfaction : « Il faut donc admettre que le P. Le Jeune était à Québec en 1660, et qu'il repassa en France de bonne heure, certainement avant le 17 septembre (1). » Ceci ne résout pas la difficulté. Quand M. Gosselin aura expliqué clairement la lettre assez énigmatique de la révérende Mère, je risquerai, à mon tour, une explication qui ne semblera peut-être pas à tous invraisemblable et ne sera certainement pas en faveur de sa thèse.

En outre, il voudra bien nous montrer comment le P. Le Jeune, qui se trouvait à Paris le 22 mai — le contraire n'est pas prouvé — a pu débarquer à Québec le 12 juin, jour d'arrivée du premier vaisseau de France, cette année 1660.

En définitive, le seul document sérieux que devait invoquer M. Gosselin, c'est la lettre du 2 novembre de la Mère Marie de l'Incarnation. Il est regrettable pour lui que la passion de Yinêdit — nous ne voudrions pas lui

(1) P. 37. — Si le P. Le Jeune est parti certainement avant le 17 septembre, il est parti le 7 juillet, puisqu'il n'y a eu que ce départ avant le 17 septembre. Pourquoi M. Gosselin écrit-il donc (p. 41) : « Qu'on ne saurait dire sur lequel de ces navires prit passage le P. Le Jeune? » — En outre, il dit (p. 37) : « Quelques Canadiens passent en France dans Vautomne de 1660..., et le P. Le Jeune y va, lui aussi ». Et p. 38 : « Les Lettres de la Vén. Marie de l'incarnation font foi qu'il était à Québec en 1660, et qu'il repassa en France dans le cours de l'été. » — P. 43, note, il dit : « Il est probable que le P. Le Jeune partit pour le Canada avant le 22 mai »; or, le fait devient certain, p. 46, où il affirme que le P. Le Jeune était à Québec le 13 juin : « C'est probablement sur la recommandation du P. Le Jeune, alors à Québec, que Mgr de Laval écrivit le 13 juin 1660 à la Propagande... » Le P. Le Jeune était donc arrivé le i% juin, sur le premier vaisseau, et dès lors il était certainement parti de France avant le 22 mai, en supposant, d'après l'abbé, qu'il ait quitté la France en 1660, ce que nous ne croyons pas. — En outre, le P. Le Jeune s'était bien hâté, il faut l'avouer, de faire écrire Mgr : il arrive le 12 et Mgr écrit le 13 ; et la lettre de ce dernier ne devait partir que le 7 juillet...

supposer d'autres sentiments — Tait forcé de recourir à des pièces, nullement probantes, défavorables même à sa cause.

Avant de m 'expliquer sur la lettre du 2 novembre, qu'on me permette d'exposer les motifs sur lesquels mon opinion se fonde, car je ne crois pas au long voyage du P. Le Jeune au Canada, en 1660.

D'abord, le Journal des Jésuites de Québec qui relate, cette même année, avec un soin minutieux, l'arrivée des Pères en cette ville et leur départ, ne souffle mot du retour de France du P. Le Jeune, ni de son départ du Canada. Cependant ce Père n'était pas le premier personnage venu ; ses confrères l'estimaient grandement et l'aimaient, et il avait laissé d'immenses regrets dans la Nouvelle-France. M. Gosselin me répondra sans doute qu'il est évident pour lui que, ce voyage se faisant dans des conditions extraordinaires de discrétion, il eût été imprudent de le coucher par écrit sur le Journal de la maison. Alors, pourquoi Marie de l'Incarnation, cette vénérable Mère, n'a-t-elle pas eu la même discrétion dans sa lettre du 2 novembre ?

En second lieu, le P, Lalemant entretient, cette annéelà, avec le Général de la Compagnie, une correspondance où il parle longuement de tout, de Mgr de Laval, de l'abbé de Queylus, du gouverneur de la colonie, des affaires religieuses et politiques du pays, des missionnaires et de leurs ministères. Rien, pas un seul mot sur le voyage du P. Le Jeune. Le 18 août, comme nous l'avons vu plus haut, il exprime au Général ses regrets sur le rem-

placement du procureur de la mission. L'occasion était, ce semble, naturelle, exceptionnelle, pour glisser quelques lignes sur le fameux voyage. Et cependant, silence absolu. Quelles conditions extraordinaires de discrétion!

Cette même année encore, avant et après le départ du premier navire pour la France (7 juillet), les PP. Paul Ragueneau, Claude Pijart, François Lemercier, tous les consulteurs de la mission écrivent à Rome. Pas une allusion au mystérieux voy 'âge . Rien non plus dans la correspondance entre Paris et Rome. Quelles conditions extraordinaires de discrétion !

Nulle part, ni dans le Journal des Jésuites, ni dans la correspondance des missionnaires, ni dans les lettres de Rome, le moindre mot sur le voyage du P. Le Jeune. Voilà les motifs, et on ne peut nier leur valeur, qui nous portent à ne pas y croire. Faut-il ajouter que la lettre de M. Toussaint Guenet et celle de M. Cramoisy ne font que fortifier notre croyance (1). Si, cependant, il nous est jamais démontré par une pièce authentique que ce silence général a été voulu et commandé, que seule Marie de PIncarnation a été autorisée à le violer, nous nous rangerons volontiers à l'avis de M. Gosselin. Quel intérêt pouvons-nous avoir, dans le cas présent, à soutenir un sentiment contraire au sien ?

Mais alors, comment expliquer la lettre du 2 novembre! Car, dans cette lettre, la vénérable Mère dit que le R. P. Le jeune va en France pour demander du secours au roy contre nos ennemis.

(1) M. Gosselin prétend, p. 39, que ces lettres confirment le fait du voyage du P. Le Jeu?ie, en 1660 ; mais il a Yévidence si facile !....

Faut-il donner un démenti à Marie de l'Incarnation ? Oh! je m'en garderai bien. Aussi, ai-je dit seulement dans l'histoire de la Nouvelle-France qu'il y avait une erreur au sujet du P. Le Jeune. Sur ce, l'abbé part en guerre et s'écrie : « Voilà un démenti donné bien leste ment à la vénérable Mère de l'Incarnation (1) ! » Et plus loin : « N'est-il pas téméraire de venir lui (à cette Mère) dire : Vous faites erreur ; vous êtes dans l'illusion ; vous croyez avoir vu le P. Le Jeune ; il n'est pas venu, il ne peut pas être venu à cette époque au Canada (2). t> Ceux qui comprennent les nuances trouveront certainement que l'abbé met dans tout cela plus du sien que du mien ; peut-être aussi penseront-ils qu'il dépasse les bornes d'une discussion loyale. Mais passons.

Comment donc expliquer, sans recourir au démenti, la lettre du 2 novembre? Mon Dieu ! l'abbé me fournit luimême les éléments de ma justification et le moyen de me tirer d'embarras. J'y avais pensé ; cependant, en la matière, son appui m'est singulièrement précieux.

Il écrit, p. 37 : a N'y aurait-il pas ici une erreur de copiste? Ou bien, la Mère de l'Incarnation n'aurait-elle pas, parmégarde, écrit le nom du P. Le Jeune au lieu d'un autre? »

Pourquoi l'abbé s'arrête-t-il en si beau chemin, et ne se fait-il pas cette autre question? N'y aurait-il pas, dans l'imprimé, une erreur typographique, une substitution de nom propre, ou même un verbe pour un autre (3) ?

(2) ïbid.

(3j Par exemple, est en France, pour va en France. Ce n'est pas la première fois que le P. Le .Jeune sollicitait du secours : et la lettre de M. Toussaint Guenet ne l'avorise-t-elle pas cette interprétation?

De pareilles erreurs sont-elles si rares ? Lui-même veut bien m'en signaler très charitablement plusieurs, et, entre autres, une que je connaissais, il est vrai, mais qui a failli faire croire à un vénérable Sulpicien que le pape reconnaissait la juridiction au Canada de Parchevéçue de Rouen (1).

Quant à l'abbé, en homme avisé qu'il est, il ne s'y est pas laissé prendre. // s'est donné la peine d* écrire au conservateur des archives du Ministère des Affaires étrangères, à Paris, et le conservateur a bien voulu éclaircir ce terrible mystère. Voici ce dont il s'agit. Aux Pièces justificalives du T. Il, p. 502, de Y Histoire des Jésuites au Canada, j'ai poussé la distraction jusqu'à laisser imprimer du pape au lieu du pays. Cette distraction, qui n'est pas la seule, malheureusement, est-elle pardonnable dans une histoire de trois gros volumes, où abondent les notes et les pièces justificatives? Heureux les correcteurs impeccables (2) !

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