‹ Réponse à un mémoire intitulé Observations à propos du P. Le Jeune et de M. de QueylusChapitre 5 sur 5 · CO “ — Y · texte numérisé non relu

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suis, en effet, de l'avis de ses confrères, qu'il s'est trop mélé des choses politiques, de l'administration civile et des intérêts matériels des colons (1). Ce que l'abbé n’a pas ajouté — il ne faut pas tout demander à sa loyauté — c'est que la conduite du P. Ragueneau étant blâmée et condamnée par les autres missionnaires, on ne pouvait faire peser sur la Compagnie de Jésus au Canada la faute reprochée à un seul. Le P. Ragueneau, comme nous l'avons fait remarquer au même endroit, n'en reste pas moins un religieux exemplaire, un zélé missionnaire. Pour sa consolation — l'abbé sera bien aise de cet autre aveu — je lui avouerai que les nombreuses lettres de félicitations, reçues de mes frères en religion, ne m'ont jamais conseillé de demander à qui de droit l'absolution de l'attentat sacrilège, que son culte touchant pour les anciens Jésuites du Canada me signale avec une si tendre charité. Jusqu'ici, je n’en connais pas un seul parmi eux qui ait la pensée de faire ce travail utile et intéressant, qu'on pourrait intituler : « Les Jésuites de la Nouvelle-France au xvir siècle vengés des indiscrétions d’un Jésuite fin de siècle (2). » M. Gosselin, qui propose ce beau sujet d'histoire, sans doute dans l'intérêt unique de la vérité, pourrait se charger lui-même de le traiter. Les Jésuites, à mon humble avis, sont bien impropres à ce travail. Il y faut tant de souplesse d'esprit, de variété de talent! Et puis, ont-ils de l'histoire la même conception que l'abbé? Ne seraient-ils pas, hélas! comme celui qui écrit ces lignes, fin de siècle? Et, Jésuites Jin de

(4) Les Jésuites et la Nouvelle-France, T. IL, p. 183. (2) P. 51 du Mémoire,

siècle, ve sont-ils pas capables de croire que le devoir de l'historien n’est pas de toujours taire quand méme les défauts du héros dont il écrit la vie, d'en louer à outrance, sans mesure, ad satietatem, les qualités morales et intellectuelles, la sainteté, les œuvres, toutes les ‘paroles, toutes les démarches ? Ne poussent-ils pas peut-être le mauvais goût jusqu'à se figurer que la Vie de Mgr de Laval, par M. Auguste Gosselin, n'est pas le modèle du genre, qu'on peut être historien sans être panégyriste ? Nous sommes sur une pente glissante : arrêtonsnous.

Un dernier mot. Dans l'Histoire du Canada au xvn° siècle, nous avons reproduit beaucoup de pièces inédites, soit dans le courant de l'ouvrage, soit aux Pièces justificatives. M. Gosselin les apprécie dans quelques lignes, où déborde une sainte indignation : « On (l'auteur de Les Jésuites et la Nouvelle-France) exhume aujourd'hui de la poussière des archives, où la sagesse des supérieurs les laissait dormir depuis des siècles, des papiers de famille qui peuvent intéresser la curiosité et même servir à l'histoire. Mais croit-on que ces documents inédits ont une valeur historique incontestable? Les témoignages de ces pères les uns contre les autres (!) adressés confidentellement à leur Supérieur général, sont-ils parfaitement exempts de toute haine, de jalousie et d'envie? Ont-ils ces caractères de désintéressement et d’impartialité qu'on exige d’un bon témoignage historique (1)? »

Immédiatement après, l'abbé éerit : & Les anciens

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missionnaires du Canada, en général, étaient des hommes de Dieu (1). »

Ces hommes de Dieu à cette époque, ceux-là mêmes qui renseignaient le Général, s'appellent Le Jeune, Vimont, Pijart, Le Mercier, de Quen, Ragueneau, Lalemant, Poncet, Druillètes. Et ces hommes de Dieu sont haineux, jaloux, envieux, intéressés, partiaux et le reste (2).

M. Gosselin, qui n'est pas fin de siècle, n'arrache-t-il pas d'une main un peu brutale l'auréole dont la tradition entourait jusqu'à présent la fiqure de ces anciens missionnaires, dont il se constitue, on ne voit pas trop comment, le généreux et aimable défenseur ?

Bien affectueusement dévoué,

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