Réponse au "Matin" du 2 février [microforme]
Le 2 février courant, le journal Le Matin annonçait à son de trompe qu'il venait de dénicher un nouveau scandale et présentait à ses lecteurs, dans près de trois colonnes de littérature électorale, le produit des infatiguables recherches de ses rédactegrs.
De vrais découvreurs quoi !
Ce scandale n’était rien autre chose, d'après le véridique journal, que la vente de la manière la plus mystérieuse, faite au Département de l'Agriculture, par M. J. C. Langelier, sous un nom d'emprunt, de 50,000 exemplaires d'une brochure intitulée “ Guide pratique de l’ensilage à l’usage des praticiens.” Tel était le scandal qui faisait gémir Le Matin. Il y avait de quoi.
Cette vente était tellement entourée de mystère, c'était une affaire tellement scandal'use, tellement extraordinaire, que pour l'expliquer il lui fallut tout embrouiller. C est son affaire comme c’est mon droit, en rétablissant les faits, de faire çonnaîire au public toutes les circonstances qui ont précédé, accompagné, motivé et suivi l’obtention de ce contrat.
Laissons parler Le Matin. jure
#avoir fait.ses réflexions, Jeaû
‘ Dans les premiers jou arles, secrétaire de la pro.
‘ Chrysostôme Langelier al ( vince, et eut avec lui u ‘au cours de laquelle il ft d ‘tion faite avec un cache-nom, to!
SVESS
me, au moyen d’une transac Bme de $10,000.
seorète——il le croit du moins—
PAP TER “ Voici mairteasat doirhqué Charies Laugélier:—1é frère de Ohrysostôme— “ opéra pour faire tomber le magot dans la famitle: ‘et. |
& I] y a dans notre bonné vilie ur imp”. meut dn'nom de Jos, Dussault. Cet « imprimeur fut choisi pour jouer le tour et le contrat pour l'impression de 50,- « 000 exemplaires d’un travail de Chrysostôme lui fut ostensiblement donné. « En réalité le contrat était entre Charles et Chry-ostôme, les deux frères, l'un « favorisant l’autre, aux dépens de la province |! ! [”
1] y a dans ce qui F"$cède autant de mensonges que de mots. Voici les faits tels qu'ils se sont passés :
Le 27 décembre 1890, l'hon. Jean Blanchet, alors député du comté de Beance à l'Assemblée Législative et chef de l'opposition, se leva dans la chambre, et après avoir prononcé un discours important sur la question de l’ensilage, concluait ses remarques en proposant la motion suivante, qui fut secondée par l’hon. M. Mercier, et adoptée unanimement par la chambre :
“ L'honorable M. Blanchet propose et il est résolu, nemine contradicente : —‘ Que
* 4 V’agriculture étant la base la plus sûre de la prospérité d’un peuple, son perfec-
“tionnemment et ses progrès sont d’une importance vitale pour la population de “ cette province, largement composée de cultivateurs ;
4 Que la formation de sociétés d'agriculture, la création du conseil d’agricul- “ture, la fondation des cercles agricules, de la société d’induttrie laitière, du haras + national, l'introduction des beurreries et des fromageries, ont Contribué puissam- ‘“ ment à l'avancement des intérêts agricoles, et que pour assu#@r leur complet “ aéveloppement, il est urgent d'adopter les moyens les plus efficates pour enguger “les cultivatours à adopter immédiatement un système d’ensilage déjà si favorable- “ ment connu en Europe et au Canada; que l'introduction rapide et pratique de “l'ensilage permettre aux Cultivateurs de lutter avec plus d'avantage contre la “ sévérité de notre climat, de se livrer avec plus de profit À l'élevage des bestiaux “ et à l’industrie laitière, —les deux branches les plus rémunératives de la culture, “tant pour la consommation locale que pour l’exportation à l'étranger, «t d'obtenir ‘par 1À des revenus considérables qui leur permettront d'améliorer leurs terres et fe fours méthodes de cultures, et contribueront à diminuer l’émigration ;
“ Que cette question, qui intéresse à juste titre la classe agricole, soit référée “au comité permanent de l’agriculture, formé de cultivateurs pratiques, possédant # les connaissances nécessaires pour faire une étude fructueuse d'un tel sujet : ”’
& Qu’instructions soient données au comité permanent de l’agriculture de faire “ rapport à cette Chambre, avec toute la célébrité possible, des conclusions auxquel- 4 les l’auront conduit ces études. ” (27 novembre 1890.)
‘“ Sur motion de l’honorable M. Blanchet, secondé par l'honorable M. Mercier, & Ja résolution suivante est adopté, nemine contradicente, savoir :
‘“ Considérant qu’il est urgent de donner un effet pratique aux discussions “ qui ont eu lieu dans cette Chambre sur les méthodes à adopter pour répandre en “ cette province la pratique de l’ensilage :
‘“ En RORMANENT, il est résok. que Son Eminence le Cardinal Taschereau, “ les membres de l'épiscopat et le clergé en général, dans la province, soient priés res- “ pectueusement de donner leur précieux concours à cette entreprise et d'encourager ‘ par tous les efforts possibles la construction de silos dans leurs paroisses.”’ (Journal “ de la Chambre, 27 décembre 1890.)
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J'étais présent à la chambre quand ces discours furent pronunués et la motion adoptée.
Le discours de l'honorable M, Blanchet fat publié dans les journaux, notamment Le Canadien ct La Minerve.
Je compris, alors, qu'un traité sur l’ensilage avait sa piac:, et js m'adres sai à M, J, C. Langelier pour lui faire préparer uu ouvrage sur cette matière, : Sa répcnse fut qu'il avait «omm:ucé deux ou trois aus auparavant un traité qu'il ‘destinait à la publicité, mais que l'ouvrage avait besoin d'être revisé. Je l'engageai à le terminer et lui promis, si je réussissais à le vendre, de lui payer la somme de $2000.00. M. Largelier termina son ouvrage et je l’imprimai à un tirage de 1000 exemplaires. Cette première édition me coûta plus de $500.
Dans la deuxième édition se trouvent les discours que les honorables MM, Blanchet et Mercier prouoncèrent dans l’assemblée législative le 27 déccmbre 1890.
La première édition une fois imprimée, je m'adressai personnellement à l'hon M. Mercier et lui fis la proposition de lui vendre un certain nombre de cette brochure ; et aprè: lui en avoir remis quelques exemplaires, il me promit de prendre l'affaire en considération. Les choses en restèrent là pour quelque temps,
Ayant appris, par les jouraaux, le prochain départ du Premier Ministre pour l'Europe, je fi: de nouvelles démarches auprè+ de lui pour connaître ce qu'il avait décidé relativement à la proposition que je lui avais faite. Il me dit qu’il avait pris connaissance de la brochure et qu'elle était très bien faite, mais qu’il n’avaic pas le temps de s'occuper de l'affaire avant/sou départ pour l'Europe ; que je devais m'adresser à l'hon. M. Charles Laugelier, qui était chargé de la direction du département de l’agriculture, durant son absence en Europe, à qui il avait parlé de la chuse favorablement, Je vis l'hon. M. Chs. Langelier, et après plusieurs démarches, je regus la lettre suivante, qui explique toute la transaction :
‘“ Quégxo, le 12 mars 1891.
‘ MonsIEuR Jos. DUSSAULT, Imprimeur-Editeur, ‘ Québec.
‘“ Monsieur,
‘ Le gouvernement de la Province de Québec, par l’intermédiaire de l'honorable Commissaire de l'Agriculture et de la Colonisation, a décidé d’acheter de vous cinquante mille exemplaires, en français, du ‘Guide pratique de l'ensilage à
FR
l'usage des praticiens ”” par J. Ü. Langelier, à raison de vingt centins l'exemplaire. En onséquence, vous voudrez bien faire ce tirage et livrer au plus tôt au département de l’agriculture et de la colonisation ces cinquante mille exemplaires (50,000) du dit ouvrage, dont le prix vous sera payé, partie maintenant et la balance le premier juillet prochain.
‘# J'ai l'honneur d’être, Monsieur, ‘ Votre obéissant serviteur,
(Signé) ‘ CHS. LANGELIER. ”
Le Matin ajoute, avec la bonne foi qui le distiogus, la note suivante :
‘ À cette lettre du secrétaire de la province est attachée la suivante, qui ‘“ montre tout le mystère dont on voulait envelopper la première :