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Reponse aux cinq lettres du R.M. Verreau

Le R. M. Verreau vient de terminer la production de ses documents contre nous et la critique de la note que j'ai publiée, le 27 novembre, dans le Courrier de Montréal. " J'ai fini", dit-il. J'ai suivi mou honorable contradicteur avec une scrupuleuse attention, une immense compassion et un respectueux silence. Par politesse, je n'ai point voulu lui couper la parole ; j'ai même cru bon de le laisser savourer quelques instants" les joies de son triste triomphe. Puisque M. le Principal a fini, qu'il veuille bien me permettre de lui répondre quelques mots à travers les mailles du filet où, dit-il, je me suis malheureusement pris.

En publiant, dans les colonnes du Courrier de Montréal, ma note du 27 novembre, mon intention était, ainsi que je le déclarais, de disculper notre Famille religieuse d'une grave accusation portée contre elle par la Commission scolaire, et je faisais intérieurement des vœux pour que cette Commission tînt pour réglée la question qui nous occupe et gardât sur ce un sage et prudent silence.

Ma note rectificative,* toute modérée qu'elle était, ar paraît-il, donné étrangement sur les nerfs du R. M. Verreau ; le voici qui entre en lice avec des allures guerrières, menaçant de fustiger fort et ferme le téméraire " M. Frère Réticius." "Lui seul,'\dit-il, pourra se plaindre des conséquences." Attendonspa fin, Monsieur le Principal, et nous verrons.

Dans un accusé de réception que j'adressais, il y a quelques jours, au R. M. Verreau, je lui disais : " Je regrette, Monsieur le Principal, que ce soit la plume d'un prêtre qui ait accepté de me faire cette notification.'* Aujourd'hui, combien je regrette davantage — et le clergé partagera mon sentiment — que ce soit encore la plume d'un prêtre qui entreprenne de discuter devant le public une question qu'il eût-été si facile et si sage de régler à huis-clos ! Etant donné le personnel de la Commission scolaire, c'était naturellement à Monsieur le Principal de l'Académie du Plateau qu'incombait la tâche qu'a choisie ou acceptée le R. M. Verreau. Et si ces faits passent outre-mer, quels applaudissements M. le Principal de l'Ecole Normale ne méritera-t-il pas, à son tour, des maîtres du jour !

Malgré la disproportion de talents, d'habileté et de sivoir-clire qui existe entre le malheureux Frère Réticius, peu habitué aux discussions publiques, et le R. M. Verreau, rompu au maniement de la plume et aux luttes de la vie, fort de la vérité et de la justice, je suivrai néanmoins mon honorable contradicteur ; et, citant des faits sur lesquels, par ignorance ou par calcul, il garde le silence, rectifiant ou complétant quelques citations dénaturées, j'arriverai, j'en ai la confiance, à mettre dans tout son jour la question en litige, et à montrer de quel côté, de la Commission scolaire ou de l'Institut, se trouvent la franchise et la loyauté et qui, finalement, de M. le Principal ou du Fr. Réticius, restera dans les filets.

A l'exemple du R. M. Verreau, je reprendrai les choses d'un peu plus haut. La question du diplôme n'est qu'un incident d'un plan ourdi avec art et exécuté avec une rare habileté. Les détails bien saisis feront juger de l'ensemble, et permettront au lecteur de découvrir sans peine la main qui tient le nœud auquel se rattachent les divers fils du réseau. Rien, cependant, de nouveau dans la tactique ; c'est la réédition, sans doute inconsciente, des industries employées, depuis vingt ans, dans la mère-patrie, contre les congrégations religieuses. Comment, en effet, n'être pas frappé de l'analogie des moyens ?

En France, par exemple, les conseils municipaux oit départementaux construisent, avec les deniers des contribuables, de splendides maisons d'écoles qu'ils meublent avec luxe ; ils y placent des maîtres qualifiés à gros traitements. Pour raison d'intérêt personnel ou d'amitié, ils établissent, dans ces écoles, l'uniformité de< programmes, de livres et de méthodes ; un inspecteur particulier est chargé du contrôle et de la direction des études ; sa juridiction, s'étendant sur la plupart des écoles de la cité, lui permet d'écrémer les classes pour fournir à une école spéciale, décorée généralement du titre d'industrielle, et dont il fait son œuvre de prédilection. Pour recruter plus facilement des élèves, on vote des bourses, on fournit gratuitement les effets classiques. Afin de tromper les simples et détruire toute hésitation chez les parents chrétiens, on met une enseigne : l'aumônier. Entrer en charge, c'est, pour ce monsieur, recevoir une sinécure. En effet, ce poste ne requiert pas des qualités transcendantes : un certain décorum universitaire qui pose, un dévoûment à émerger au budget, une indifférence qui laisse faire et dire, de la constance à attendre

le bénéfice d'une honorable retraite ou la gloire des palmes académiques ; voilà à peu près toutes les vertus qu'exigeaient jadis de leurs aumôniers les Chanceliers de l'Université. Aujourd'hui, grâce à la piété de M. Ferry, le système s'est simplifié : désormais, l'instruction sera civique, laïque, c'est-à-dire athée ; ainsi, plus d'aumôniers : débarras pour l'institution, repos de conscience pour les élèves et économie pour le budget !

Et c'est ainsi que, au nom de la liberté, on oblige les parents catholiques à payer deux fois pour l'éducation de leurs enfants : une fois à l'école municipale qu'ils repoussent et une fois à l'école libre qu'ils préfèrent ; au nom de V égalité, on refuse le chauffage à celle-ci, tandis qu'on vote à celle-là des voyages, des fêtes, des galas ; au nom de la fraternité, on creuse entre les citoyens de la nation des abîmes que les siècles seront impuissants à combler ; c'est ainsi que, sous le couvert de la religion, étonnée de se trouver en telle compagnie, on extirpe du cœur de l'enfant les derniers vestiges de la foi, on corrompt par le scepticisme la source des générations futures et l'on établit l'infernal apostolat des communions sacrilèges (1). Qu'on médite ces tristes paroles de l'une des victimes de cette éducation officielle, Alfred de Musset : " Qui, s'écrie-t-il, osera jamais raconter ce qui se passait alors dans les écoles ? Les hommes doutaient de tout ; les jeunes gens nièrent tout. Les poètes chantaient le désespoir, les jeunes gens sortirent des écoles, avec le front serein, le visage frais et vermeil, et le blasphème à la bouche. Les cœurs se flétrirent comme des fleurs brisées ; au lieu d'avoir l'enthousiasme du mal, nous n'eûmes que l'abnégation du bien ; au lieu du désespoir, l'insensibilité. Des enfants de quinze ans, assis

(I) Si quelqu'un était tenté de voir de L'exagération dans ces détail?, il est prié de consulter le journal Y Univers, années 1870-1880, — La Conjuration antichrétienne, par l'abbé Verniolles, et surtout Les sociétés secrètes, par Claudius Jannet et les divers opuscules de Mgr Dupanloup sur l'éducation.

nonchalamment sons des arbrisseaux en fleur, tenaient pour passe-t'emps des propos qui eussent fait frémir d'horreur les bosquets immobiles de Versailles. La Communion du Christ, l'hostie, ce symbole éternel de l'amour céleste, servait à cacheter des lettres. Les enfants crachaient le pain de Dieu. Heureux ceux qui échappèrent à ces temps ! Heureux ceux qui passèrent sur les abîmes en regardant le ciel ! Il y 01 eut sans doute, et ceux-là nous plaindront."

Grâce à Dieu, le Catholique Canada n'eu est point là ; les prêtres nombreux qui y travaillent à l'éducation de la jeunesse, sont des modèles de régularité, de zèle et de dévouement ; mais que, sentinelle vigilante, il garde ses avenues ; le serpent révolutionnaire se glisse partout et dissimule sous mille formes ses replis tortueux. Ce n'est point sans motif que tout récemment, le premier Pasteur de ce diocèse écrivait à ses prêtres : u Prions, et sous l'œil de Dieu et la direction de nos guides naturels, les évêques, veillons sur la marche des idées dans notre pays, et convainquons-nous que les mouvements d'idées, qui ont produit des résultats subversifs dans d'autres endroits, arriveront aux mêmes fâcheuses conséquences ici, si nous ne les enrayons dès le début de leur apparition au milieu de nous. "

Le lecteur attentif verra sans peine où est le danger ; quant à moi, je neveux en signaler présentement qu'une seule cause, celle qui va à ma thèse : l'uniformité des programmes.

Le 28 août, M. U. E. Archambault m'écrivait la lettre suivante :

Bureau du Surintendant local,

Montréal, 28 août 1880.

Mon très-cher Frère,

Je suis chargé par le Bureau des Commissaires d'Ecoles Catholiques de Montréal de vous trans-

mettre la résolution ci -jointe, adoptée à la séance du 10 mars 1880, et de vous assurer en même temps que vous pourrez enseigner toutes les matières du cours d'études, dont j'inclus ici une copie, avec vos livres et vos méthodes.

Le but de la résolution est d'obliger les directeurs de chaque école à veiller à ce que toute les matières indiquées au programme soient enseignées uniformément et et dans la mesure que le veut le Bureau.

Agréez, mon très-cher Frère, mes salutations respectueuses, et veuillez me croire,

Votre très-humble serviteur,

U. E. Archambault,

Surintendant.

Au très-cher Frère Réticius,

Provincial.

Extrait des registres tenus par les Commissaires d'Ecoles Catholiques Romains de la cité de Montréal.

Séance du 10 Mars 1880.

Présent : Messire V. Rousselot, Ptre. S. S., Président. Monsieur le Chanoine P. S. Dufresne.

P. S. Murphy, écr.

Jacques Grenier, écr.

E. C. Monk, écr.

Résolu, — Que le cours d'études tel qu'adopté par le Bureau, soit mis en force dans toutes les écoles sous son contrôle, et qu'avis de cette résolution soit communiqué à toutes les écoles, et de plus, que le Surintendant local voie à l'observation de ce règlement.

(Signé) V. Rousselot, Ptre. S. S.,

Président.

M. C. Desnoyers, Sec.-Trés.

(Vrai extrait.) U. E. Archambault,

Assist. Sec.-Trés.

Ainsi, M. M. les Commissaires de Montréal ont un Surintendant local, qui est en même temps Principal de l'Académie du Plateau. Afin de faire de toutes les écc-

les de la Cité sous le contrôle du Bureau, un foyer de recrutement pour l'Académie du Plateau, M. Archambault a fait adopter au Bureau le programme de son école et m'ordonne |dej' établir dans nos deux écoles de Ste Brigide et du Sacré-Cœur ; et, pour me faire digérer la pilule, il me dit avec une naïveté charmante que " nous pourrons enseigner toutes les matières du cours avec nos livres et nos méthodes."

Cette insinuation est sans doute une distraction de JM. le Surintendant local ; lui, vieux praticien, comment a-t-il pu écrire ceci sans rire ? C'était me dire équivalemment : " Je ne veuxTrien changer à votre constitution physique, je vous permets de triturer avec vos dents, et •de digérer avec |votre estomac ; mais j'exige que vous preniez mes aliments."

Et veut-on connaître jusqu'où va la générosité de MM. les Commissaires dans *la liberté qu'ils nous accordent de suivre nos méthodes ? Qu'on médite ce document :

" Monsieur le Directeur de l'Académie de garçons du Sacré-Cœur demande douze grandes planchettes et trente petites pour l'enseignement du dessin linéaire.

" Résolu, — Que cette demande ne peut être accordée et que les RR. Frères sont priés d'adopter la méthode de dessin industriel de Smith, en usage dans les autres écoles sous son contrôle, et qui ne réclame pas un outillage aussi dispendieux."

Au Plateau, Académie de M. le Surintendant local, coulent la rosée du ciel et la graisse de la terre ; à notre Académie du Sacré-Cœur ne peuvent pas même se traîner quarante-deux pauvres planchettes !

Ces faits m'intriguaient vivement. J'y retrouvais les allures de nos maîtres de France ; cette manie de réglementation, de programmes, d'envahissement à petit pied sur les communautés religieuses ; quelques notes laissées Aci par mon vénéré prédécesseur, le cher frère Armin-

Victor, me confirmèrent dans cette pensée. Cependant,, pour avoir le coeur net sur cette affaire, j'écrivis, à la date du 2 septembre, la lettre suivante à Monsieur Rousselot, président des Commissaires d'Ecoles :

A Monsieur Rousselot, Président des Commissaires d'Ecoles catholiques de la cité de Montréal.

Monsieur le Président,

J'ai reçu, tout récemment, de* M. le Surintendant local la lettre ci-jointe :

Suit la lettre de M. Arehambault.

A mon avis, Monsieur le Président, ce document est de la plus haute gravité, et, en attendant quelques explications de votre part à ce sujet, j'ai donné ordre aux chers Frères Directeurs de Ste-Brigide et du Sacré-Cœur de le considérer comme non avenu ; car je ne saurais croire que Monsieur le Curé de Notre-Dame et M. le Chanoine Dufresne aient signé sans protestation une pièce de cette nature. On me dit, il est vrai, que, l'un et l'autre, vous avez entendu ne point comprendre nos deux écoles au nombre de celles auxquelles vous prétendez imposer le programme Arehambault ; dans ce cas, M. le Président, vos intentions seraient singulièrement interprétées par M. le Surintendant local.

J'espère recevoir de votre obligeance quelques détails sur le document précité, et vous prie d'agréer les sentiments de profond respect avec lesquels

Je suis, Monsieur le Président,

Votre très-humble serviteur,

Fr. Réticius,

Visiteur- Prov i n cia 1.

Monsieur Rousselot eut l'extrême obligeance de m' apporter lui-même sa réponse, et m'apprit que lui et M. Dufresne avaient demandé et obtenu, à la réunion du 10 mars, l'exemption du programme pour Ste-Brigide et le Sacré-Cœur ; que, tandis qu'ils étaient à la retraite, ces

autres messieurs avaient revisé la résolution du 10 mars et l'avaient étendue à nos deux écoles ; eilfm que, grâce à leurs protestations indignées, ils avaient pu faire insérer la clause illusoire que, tout en enseignant le programme, " nous pourrions suivre nos livres et nos méthodes."

Je profite de cette occasion pour offrir à Monsieur le Curé de Notre-Dame et à Monsieur le Chanoine Dufresne l'expression de ma bien vive et bien sincère gratitude.

Cet incident me permet de tirer trois conclusions: la première, c'est que M. Archambault sait admirablement profiter de la situation pour étendre son influence sur les écoles de la cité ; la seconde, que, étant tout à la fois Principal de l'Académie du Plateau et Secrétaire du Bureau de MM. les Commissaires, ceux-ci doivent être parfois assez embarrassés pour traiter en toute liberté en sa présence les questions qui concernent son académie ; la troisième, enfin, que, si les communautés religieuses et même les institutions laïques étaient obligées d'accepter un programme partout où il plairait à M. M. les Commissaires de l'imposer, l'éducation deviendrait bientôt une véritable Babel.

Nous sommes à la fin du mois d'août et nous touchons à l'ouverture de l'Exposition, fixée au 14 septembre. Une commission spéciale classe les travaux scolaires que vingt et une de nos communautés ont envoyés à la rue Cotté, dès la fin de Juillet. Le 14 septembre, tous nos produits sont exposés au Palais de Cristral, dans l'emplacement que nous a assigné la Commission scolaire. L'Exposition s'ouvre ; la foule circule serrée, avide de voir, de comparer, de juger ; c'est au milieu d'un tohu-bohu indescriptible que le jury commence ses travaux. Le malin, comme dit St. Jean, inspire quelque officieux, et.

bientôt M. le Surintendant dit à un de nos frères gardiens : " Il paraît quelles Frères se plaignent du peu d'espace que leur a assigné la Commission." Ce n'était là qu'un grain de sable; mais, dans les rouages humains, il faut si peu pour détraquer la machine ! Je m'empressai donc de l'enlever, en affirmant à M. le Surintendant que, loin de nous plaindre de l'espace qu'on nous avait affecté, nous en étions, au contraire, fort satisfaits et très-reconnaissants. Je rappelle ce détail infime, car je sais que, pour insignifiant qu'il soit, il a été cité comme chef d'accusation contre nous par un grave Monsieur qui, sans doute, n'y croyait nullemment.

On est au 17 septembre. A la demande de deux de ses élèves, un de nos professeurs de Québec fait, ce même jour, une entrée au département des Beaux-Arts pour trois feuilles de calligraphie, dont ils sont les auteurs. C'est cette entrée, faite sans prévenir la Commission scolaire, qui sert à ces MM. de pivot d'accusation contre nous. Je l'avoue, il était convenable que, en cette occasion, le cher Frère Professeur prévînt MM. les Commissaires; la complaisance du maître Ta emporté sur la prudence de l'exposant.

Le 17 même, le jury des Beaux- Arts prime les trois spécimens ; trois pancartes délivrées aux noms des élèves MM. Arthur Arcand et Ernest St Pierre sont fixées aux feuilles et y demeurent de ce jour au 24, c'est-à-dire jusqu'à la clôture de l'Exposition.

Le comité qui avait primé les trois feuilles d'écriture

étend, de son propre mouvement et sans nous prévenir,

son examen à toute notre collectivité, et le 24, en arrivant

à l'Exposition, nos deux Frères gardiens trouvent fixée au

rayon de nos travaux scolaires une pancarte qui porte :

Les Frères des Ecoles Chrétiennes.

For their scholastic exhibit

biplôme section extra.

La citation n'est peut-être pas textuelle ; tout à l'heure on en saura la raison. Les trois pancartes, fixées dans le tambour de l'escalier depuis sept jours, n'avaient point attiré l'attention, celle-ci n'est pas sitôt aperçue qu'elle donne l'éveil à tout un camp. Environ cinq minutes après l'arrivée de nos deux Frères, vinrent les employés de M. le Surintendant et quelques élèves de l'Ecole Normale Jacques-Cartier ; à la vue de la pancarte, grande fut leur surprise. Bientôt se joignirent à eux quelques membres du. jury de l'Exposition scolaire ; les groupes se formèrent et on chuchota avec animation. M. Archambault se détache de son groupe, et, s' approchant du professeur qui avait fait l'entrée du 17, lui demande : " Qui a fixé cette pancarte-ci ?" " Je l'ignore, M. le Principal." "Il faut que vous aj^ez fait une entrée expresse au Département des Beaux- Arts ; autrement, vous ne sauriez avoir une distinction de ce genre." " Monsieur le Principal, je n'ai fait aucune entrée clans ce but au Département de M. Stevenson, et je ne sache pas que personne en ait fait une." Environ un quart d'heure après ce bref dialogue, M. le Surintendant de l'Instruction Publique se présente sur la scène, où l'animation, attisée par cle nouveaux personnages qui arrivent, prend une remarquable extension.

Après quelques minutes de tête-à-tête dans son office avec M. Archambault, M. Ouimet vient examiner la pancarte, objet d'un tel émoi. Mêmes questions de sa part à notre professeur ; mêmes réponses de celui-ci à M. le Surintendaut : " Il n'y a eu d'entrée faite que poulies trois feuilles de calligraphie de MM. Arcand et St. Pierre, que vous voyez là," répète le professeur " Ce n'est pas cela, réplique M. le Surintendant ; pour obtenir ce diplôme, il faut que vous ayez fait une entrée spéciale au Comité des Beaux-Arts; et, sur ce, il se retira. Les petits rassemblements continuèrent encore

quelques instants ; puis, petit à petit le calme se rétablit. C'était midi passé ; nos deux Frères descendirent au restaurant pour dîner, et. à leur retour, la pancarte avait disparu. Comment ? Dieu sait.

Le 25, c'est-à-dire le lendemain, j'informais M. le Surintendant du témoignage flatteur que le comité des Beaux-Arts venait, à notre insu, de rendre à l'excellence de nos méthodes, et de l'enlèvement de la pancarte dans les circonstances sus-énoncées. M. le Surintendant me répondit le 1er octobre par une lettre où, tout en me témoignant son regret pour l'enlèvement de la pancarte, il persiste dans sa pensée de la veille, à savoir que nous avions fait une entrée spéciale pour la collectivité de nos travaux. Comme on le voit, ni l'affirmation de notre professeur ni la mienne n'ont pu dissuader M, le Surintendant de cette idée.

Tandis que ces faits se passaient, pour ainsi dire sur le terrain de l'Exposition, ailleurs s'en produisaient d'autres qui, quoique de peu de valeur en apparence, méritent d'être rapprochés de ceux que je viens de raconter.

Un ami de notre Institut, frappé du ton qui présidait à la rédaction d'un certain journal de la ville, prépara un article plein de vigueur où, tout en rendant hommage aux écoles de MM. les Commissaires de Montréal, il blâmait cet esprit exclusif qui dirigeait la plume du correspondant, et faisait des vœux pour la conservation des méthodes suivies dans les congrégations religieuses. Cet ami avait préalablement demandé l'hospitalité clans les colonnes du journal ; sur une réponse affirmative du bureau, l'article est envoyé pour paraître, je crois, le 21 ; il n'est publié que le lendemain, et en quel costume ! On y avait taillé ad libitum, et on l'avait réduit au moins de moitié.

Ce qui n'empêcha point la rédaction d'envoyer à l'au-

teur de cet article les cinquante numéros que celui-ci avait demandés.

Nous donnons in extenso l'article en question, en soulignant les parties retranchées par le journal.

Monsieur le Rédacteur,

" Dans son numéro du 18 septembre, votre excellent " journal disait, dans un article dû à la plume de quelque " correspondant, que les Commissaires Catholiques de Montu tréal pouvaient être fiers de leur exposition scolaire. Nous " ne contestons pas à ces messieurs leurs droits à la fierté, " en face de leurs œuvres; mais nous désirons vivement ;' que ces droits ne fassent pas complètement oublier les " droits d' autrui. Serait-ce l'effet d'un parti pris ? serait-ce " plutôt par crainte de la comparaison et de l'infériorité " relative ? l'auteur de l'article auquel nous faisons allu- " sion, ne dit rien des travaux des écoles sur lesquelles " messieurs les Commissaires n'ont pas la haute main. Dé- " sireux de sonder ce mystère, nous venons de faire une " visite à l'Exposition, afin de nous convaincre, par nousu mêmes, que les éloges décernés aux écoles laïques étaient " mérités de tout point, et surtout afin de constater " qu'elles n'avaient aucuns concurrents sérieux, puisqu'on " n'en parlait pas. L'infériorité des écoles protestantes u établie et reconnue, nous avons inspecté les travaux des " élèves des chers Frères des Ecoles Chrétiennes. Dieu ! " quelle méthode, quels dessins, quelles cartes, quelles " études de tous genres et quels succès ! Ce premier coup- " d'œil seul nous a révélé la cause de la persécution dont " ces maîtres incomparables sont l'objet en France : on " désespère de les surpasser, de les égaler même ; alors il " faut s'en défaire. Certains écrivains canadiens, en ne " parlant que de certaines écoles, de certains élèves, de " certains travaux, sembleraient vouloir emboîter le pas " des Ferry et des Brisson, et le même motif paraîtrait les 61 faire agir, parler, se taire surtout. Le proverbe aurait- " il donc ici son application : Ci Dis-moi qui tu fréquentes* u et je te dirai qui tu es? " Mais, écartons ces pensées et " augurons mieux de l'avenir. Oui, augurons bien de Ta- " venir, tant que les congrégations religieuses d'hommes

" et de femmes dévouées à l'enseignement dans notre Ca- " nada, pourront continuer librement une œuvre qu'elles " ont rendue si prospère jusqu'à ce jour, comme le prouve " si éloquemment l'exposition scolaire que nous contem- " pions de nos yeux. Et pour revenir aux travaux expo- " ses, section des écoles des chers Frères, examinez et ju- " gez les immenses et incomparables résultats de leur en- " seignement, de leur méthode, de leurs livres."

Le Surintendant a octroyé aux Frères des Ecoles Chrétiennes, dans la partie du palais de cristal destinée à l'Exposition scolaire, un espace relativement considérable, il n'est pas trop grand. Sur les murs, on voit des exercices de lavis, des motifs d'ornementation, qui accusent une grande hardiesse de la main et beaucoup de sûreté clans le coup d'œil. Nous avons admiré des épuises de projections, des études de percpectives accompagnées de toutes les lignes d'opérations, " ce qui manque, disons-le en passant, au fameux dessin de locomotive exposé autre part.'"

Nous avons beaucoup remarqué des spécimens de calligraphie, qui ont reçu les premiers prix au concours.

La méthode de dessin des Chers Frères a mérité des médailles d'or aux différentes expositions universelles. Elle se divise en deux parties : dessin linéaire et dessin d'ornement. Le cours dure 5 ans, pour le dessin linéaire, 4 ans pour le dessin d'ornement. Nous pourrons faire connaître plus tard le détail des travaux de ces années d'étude du dessin.

Nous nous contenterons de dire aujourd'hui, d'après renseignements, que certaine autre méthode demande 8 ans, et qu'elle ne fait paraître qu'à la cinquième année l'application des ombres, que l'on voit, au programme des Frères, dès la seconde année.

Enumérons à la hâte les autres travaux scolaires que nous avons distingués dans l'Exposition des Frères : cahiers de devoirs journaliers admirables, calligraphie,

depuis les bâtons des débutants, jusqu'aux lettres de change de l'aspirant teneur de livres. La méthode est excellente : arithmétique très-appropriée au commerce, tenue des livres, affaires de banque, compositions littéraires, cartographie, géométrie, algèbre, trigonométrie, physique, chimie, mensuration.

" Nous avons trouvé là devrais résumés des leçons, qui " ne sont pas du copiage pur et simple, comme nous avons " pu en constater ailleurs, eu inspectant et confrontant " des cahiers semblables en tout point."

Les matières de l'enseignement pour lesquelles les Frères ont, sur les autres instituteurs, un mérite incontestable, une supériorité bien marquée sont : les mathématiques, la langue anglaise, la tenue des livres, la calligraphie et le dessin. Ils luttent aisément avec les écoles laïques pour l'enseignement du français.

Que l'on ne soit pas surpris de ne pas voir les chers Frères couronnés au détail ; dans leur magnifique exposition, ils ont voulu faire une collectivité, pour montrer la gradation de leurs méthodes et l'unité de leur enseignement. Enseignement un, enseignement essentiellement chrétien, enseignement perpétuellement sûr, puisqu'il sera toujours aux mains d'une congrégation qui a si noblement fait ses preuves sur le terrain du dévouement, de la science et de la vertu.

" N'allons donc pas chercher ailleurs des maîtres plus " capables pour nos enfants, et gardons-nous de demander " le changement de méthode et de livres qui produisent " de si brillants résultats."

En contemplant tout ce que nous venons d'indiquer bien sommairement, un ingénieur civil protestant a dit, à côté de nous, ces paroles : " Imbu des principes qu'on m'avait inculqués dans ma jeunesse, j'ai souvent- parlé contre l'enseignement donné par les Frères ; mais aujourd'hui, en voyant ces travaux scolaires, je prends la réso-

lntion de toujours prendre leur défense. Quant à ces dessins, je déclare qu'ils sont les plus beaux de l'Exposition scolaire."

Finissons avec ce témoignage, solennel compétent et non suspect.

Le dimanche suivant, M. Martineau se permit, paraîtil, cle faire en chaire des allusions transparentes au détail que je viens de raconter ; de plus, il osa dire du bien de notre enseignement et de nos méthodes.

Je sais de bonne source que l'émoi du 24 fut renouvelé, agrandi ; un Monsieur, qui n'avait point été insensible à notre apologie, semblait me dire bien paternellement, il y a quelques jours, que la parole du prédicateur de Notre-Dame avait eu un profond retentissement. Désireux de connaître les paroles qui, dans le discours de M. Martineau, excitaient une telle émotion, je le priai de me les communiquer.

En me les envoyant, il me dit :

Mon cher Frère,

Voici le passage du fameux sermon mal cité par un curieux :

" Dans l'exposition qui vient de finir, le jury de Vopi- " nion publique a solennellement déclaré que les plus " beaux travaux scolaires étaient incontestablement ceux " des Frères des Ecoles Chrétiennes et des Sœurs de la " Congrégation. Après un pareil succès, si nous avions " ici les Ferry et les Brisson de France, il faudrait im- " médiatement forcer ces maîtres et ces maîtresses à u changer leurs méthodes et leurs livres, coupables d'aussi *' remarquables résultats, en attendant que l'on pût chan- " ger les maîtres eux-mêmes. Mais heureusement, nous u n'en sommes pas rendus à ce point au Canada. Et du *'• reste, supposé que l'on en vînt à cette persécution de a changement forcé de livres et de méthodes, on n'empê- " cherait pas pour cela les congrégations religieuses de " marcher en tête du succès. La raison bien simple de " ce succès la voici : Dieu, dit l'Esprit-Saint, est le maître

'* des sciences ; donc tout maître qui se tiendra plus près " de Dieu, recevra immédiatement plus de rayons de ce " foyer divin ; or, toutes choses égales d'ailleurs, il est " clair que les congrégations religieuses sont plus près " de Dieu que les maîtres laïques ; donc leur succès fera " toujours le désespoir de leurs persécuteurs." Il n'y a rien eu de plus sur ce point, dans tout le sermon. On n'a pas dit un mot de critique à l'adresse de l'enseignement laïque ; seulement on a affirmé et béni le succès de renseignement des congrégations religieuses. Il nous semble que ce sujet n'est pas indigne de la chaire chrétienne, surtout dans le temps où il nous est donné de vivre.

Recevez, mon cher Frère, mes bien sincères salutations.

Martineau,

Pire. S. S.

On se demande ce que l'amour- propre le plus chatouilleux a pu trouver de blessant dans les paroles de M. Martineau ; et à ceux qui s'en sont montrés atteints, n'est-ce pas le cas de répéter avec l'histoire :

" Les lauriers de Miltiade empêchent Thémistocle de dormir ? "

Les 20, 21 et 22 septembre se tient, sous la présidence de l'Honorable Monsieur Ouimet, le Congrès pédagogique catholique, qui devait couronner les fêtes scolaires. En tête du programme des discours annoncés figurait la pomme de discorde : De V uniformité de livres dans V enseignement. M. Cloutier, professeur à l'Ecole Normale de Québec, était chargé de peler et de faire digérer la pomme; opération, il faut l'avouer, délicate et difficile. En maître habile, M. Cloutier se tient quelque peu en dehors de son sujet et évite ainsi tout choc et tout heurt. Toutefois, je

ne saurais taire Fétonnement que j'ai éprouvé en entendant M. Cloutier nous proposer, comme moyen d'uniformiser l'enseignement, les Conférences à Mesdames les Institutrices, à l'instar de ce qui se pratiqua en Europe ; puis l'imitation des grands maîtres : Coménius, Y immortel Pestalozzi, J. J. Kousseau et enfin le dévot Jules Ferry. Que de tels moyens et de tels patrons soient proposés dans une conférence de libres-penseurs, je le conçois ; mais, dans un Congrès pédagogique catholique, je l'avoue, cela me paraît un anachronisme !

Apparemment, M. Cloutier n'a point visité l'Europe et ne juge les moyens et les patrons qu'il propose, que par les feuilles qui lui parviennent d'outre-mer ; sa parole a certainement dépassé de beaucoup sa pensée, car on ne saurait admettre que l'honorable professeur nage sciemment en de telles eaux pédagogiques. Le lecteur me permettra bien une digression au sujet des deux propositions^de M. Cloutier ; elles renferment quelque chose de si grave, de si séduisant, de si dangereux ! Tandis que l'honorable professeur nous donnait cette partie de sa conférence, M. le Président était sans doute préoccupé par quelque pensée étrangère ; autrement, il n'aurait point manqué de rectifier de telles propositions.

Trois Etats, en Europe, patronnent le système des conférences à Mmes les Institutrices : la Belgique, l'Allemagne et la France. Remarque importante ! dans ces trois Etats, aucuivEvêqne n'a inspiré, secondé l'œuvre des conférences aux Institutrices ; plusieurs les ont publiquement condamnées; tous les ont déplorées comme une œuvre aussi dangereuse pour la société que pour l'Eglise.

C'est d'abord la Belgique, berceau de la Ligue de l'enseignement, œuvre diabolique où la maçonnerie singe l'œuvre divine 'de la propagation de la foi ; la Belgique, qui vient de rompre officiellement avec Rome, dans des

conditions peu honorables pour le ministère public ; la Belgique, qui vient de chasser Dieu de l'école par une loi si justement appelée la loi du malheur. Ces conférences y sont faites par les Inspecteurs de l'Etat, qui y enseignent la doctrine et la morale de l'Etat ; aussi rapides sont les progrès des auditrices ! L'une d'elles, Mlle Royer, résumait, l'autre jour, en ces trois mots toute la morale pédagogique de ces réunions: " Plus de morale ! ':

C'est l'Allemagne, depuis dix ans en guerre contre l'Eglise, qu'elle a chassée de partout, excepté du cœur de ses glorieux pontifes, de son admirable clergé et de ses intrépides enfants. Ici encore, ce sont les Inspecteurs officiels qui président les conférences, qui donnent le ton aux discours des orateurs. La politique, la haine de Vèu* nemie héréditaire, la morale d'Etat ; voilà le thème obligé de ces réunions. Si je ne craignais d'être trop long et plus encore de blesser l'oreille de mon lecteur, je citerais des faits; au moins, je lui conseille de lire l'ouvrage de Tissot, qui a pour titre : " Voyages aux pays annexés ", principalement le chapitre X de la 3e partie : Y Ecole.

En France, le pays de la lumière révolutionnaire^ l'œuvre des conférences aux Institutrices est plus développée, plus prospère, plus féconde qu'en Belgique et en Allemagne. Si l'on veut connaître l'esprit qui a présidé à l'établissement de cette œuvre, que l'on ne récite pas le Veni Sancte Spiritus, mais que l'on chante la Maraeillaise. Chacun se rappelle les luttes de Mgr. Dupanloup contre le mimistre Duruy, fondateur des conférences féminines. Les institutrices qui y prennent part peuvent se diviser en trois classes : les institutrices libres-causeuses ; les institutrices libres-penseuses et les institutrices libresviveuses. Voici quelques articles élaborés dans ces aé ropages républicains par les nouveaux archontes en jupon.

" 11 faut débarrasser les enfants des vieux préjugés qui énervent les caractères et troublent les intelligences."

" Les idées religieuses détournent les enfants des intérêts terrestres et les rendent inhabiles à la vie pratique. " (Univers, 4 août 1871).

" J'ai pris l'antiquité pour -modèle, dit l'une d'entre elles, et j'ai la religion du plaisir."

Madame Simon, présidente d'une commission pédagogique, s'écriait dans la séance du 5 janvier 1871 :

" La liberté est bonne en principe, détestable en pratique : si nous n'excluons pas absolument nos concurrents, il ne nous sera pas possible de lutter. " Nous serons " vaincus," et ce sera comme si rien n'avait été fait. Commençons par former des générations selon nos idées : à celles-ci nous pourrons accorder la liberté. Jusques-là, réduirons nos adversaires au silence et à l'immobilité." La présidente appuyait vigoureusement cette manière de voir : u Si nous admettons les représentants des écoles libres élus dans les conseils d'examen, disait-elle, nous aurons des congréganiftes, et c'est ce que nous ne voulons pas. '• Tout serait perdu." "

Cette zélée présidente voulait aussi des écoles mixtes, où seraient mêlés les garçons et les filles, mais elle demandait que l'Etat seul eût le privilège d'ouvrir des écoles mixtes. " Ce n'est que plus tard, disait-elle, que nous autoriserons des écoles libres. D'ailleurs, nous ne l'avons pas dissimulé, nous voulons surveiller les écoles libres, les contrôler, les réprimer. 11 faut qu'elles cèdent, "qu'elles succombent, qu'elles disparaissent !" Accorder la liberté à nos adversaires, uce serait nous tuer, " ce serait insensé !"

Quelques observations furent faites. On proposait de garder au moins certaines réserves à l'égard des écoles indépendantes. Mais Mme Simon, la terrible et avisée présidente, répondait prudemment .

(t Vous ne savez pas contre quelles forces vous auriez à lutter ! C'est une bataille que nous aurions à livrer, et

nous serions vaincue. Ne permettons pas aux écoles congréganistes de combattre ; obligeons-les à " obéir et à se " taire ! " "

Les conférences sont plus généralement androgynes, et on oblige nos pauvres religieuses à y assister, à y prendre la parole ! L'une d'elles m'écrivait la semaine dernière : '* Nous venons d'avoir notre conférence pédagogique à X... ; on a fait aux religieuses l'honneur de la parole. M. l'Inspecteur nous a donné ses avis, ses ordres ; défense d'avoir une fleur, une bougie devant l'image de la T. S. Vierge : ctst de X idolâtrie. A. B..., on aproscrit les Cantiques en classe et recommandé la Marseillaise comme un chant sacré ! 0 temps ! ô mœurs !"

Actuellement la Belgique, l'Allemagne et la France réalisent dans le domaine de l'enseignement le programme de la révolution, programme qu'un écrivain résumait récemment en trois mots: V Etat sans Dieu, V Etat- Dieu et T Etat contre Dieu.

Est-ce là le moyen que préconisait au Congrès l'honorable M. Cloutier ?

Un mot des grands maîtres, et surtout de Yimmortel Pestalozzi. Coménius, chacun le sait, était un ministre protestant, qui a dû êcre étonné de se voir proposé comme modèle à des instituteurs catholiques; son plan d'éducation est celui de Luther, plagiaire lui-même de la célèbre Compagnie de Jésus, qu'il détestait si cordialement.

L'emploi des images, comme moyen d'instruction, n'est point une invention de Coménius ; il y a 18 siècles que l'Eglise s'en sert pour instruire et élever ses enfants ! Voici Pestalozzi, Yimmortel Pestalozzi ! A quel titre Pestalozzi mérite-t-il d'être cité comme modèle aux instituteurs du Canada ? Est-ce pour son esprit de confraternité ? Mais il a dû prendre plusieurs fois la fuite devant Thémis, qui lui faisait les gros yeuxjxwr avoir dénoncé

injustement ses collègues. Est-ce comme agriculteur? Il sema le sainfoin, cultiva la garance, et ne recueillit que la banqueroute. Est-ce comme type d'organisation et d'économie domestique ? Sa maison était une boutique de bric-à-brac. Est-ce comme négociant ? La fortune lui multiplia les déménagements et le laissa mourir dans la misère. Est-ce comme écrivain ? Ses trois volumes, Les soirées d'un solitaire, Léonard et Gertrude, Comment Oertrude élève ses enfants, ne sont qu'une compilation indigeste de ses utopies pédagogiques. Est-ce comme éducateur ? Nul ne fut moins éducateur que Pestalozzi ; son compatriote, le P. Grégoire, lui disait : " J'aurais trente enfants à élever, que je ne vous en confierais pas un seul." Est-oe comme formateur de maîtres ? Personne, tant soit peu versé dans l'histoire de la pédagogie, n'ignore que la discorde entre ses maîtres l'obligea de quitter sa propre maison d'Yverdon et d'aller mourir loin de son oeuvre. Est-ce comme pédagogue ? Sa méthode, dit Charbonneau, fondée uniquement sur le nombre^ la forme et le nom, a deux lacunes regrettables : V absence de toute direction morale et celle de tout moyen a" émulation. Quelle création, quelle œuvre de génie a donc produite Y immortel ? Mais, me répondent de toutes parts les pédagogues du jour, n'est-ce pas à Pestalozzi que l'on doit la méthode intuitive? Je réponds hardiment: Non! "Le premier et grand maître d'intuition, dit judicieusement M. De Clèves, c'est N. S. Jésus-Christ." En effet, ouvrez l'Evangile, et vous y trouverez à chaque page l'application de la méthode intuitive, les leçons de choses, autre invention dont on fait hommage à Mme Pap. Carpentier. Pestalozzi a su dépouiller les enseignements du divin Maître de toute sève et de toute vie, c'est-à-dire du surnaturel ; tel est le côté saillant de sa méthode et la raison qui le rend l'idole des pédagogues actuels. Que les rationalistes et les libres-pan seurs belges, allemands et

français honorent un tel patron, je le conçois; mais qu'on nous le propose pour modèle à nous, instituteurs chrétiens du Canada, nous détournons la tête et nous passons d'un pas rapide pour ne point troubler le sommeil de r Immortel!

Je passe sur le Vicaire-Savoyard et sur M. Ferry; l'un est connu et jugé depuis longtemps, l'autre se prépare une place d'honneur au Panthéon des grands hommes. Toutefois, M. Cloutier fera bien de cribler sa semence, car celle qu'il a répandue au Congrès ne renferme pas mal de zizanie. Il me pardonnera, je l'espère, cette rectification à sa conférence, du reste admirablement écrite et pleine de choses fort intéressantes.

Je reviens au Congrès. Il ne m'appartient pas de faire l'historique de cette intéressante assemblée, je me boruerai donc à mon sujet : V uniformité de livres dans V enseignement.

Au mois de juillet, une loi dont l'enfantement est, encore enveloppé dans les ombres du mystère, est apparue comme un spectre. Cette loi, votée par la Législature de Québec, a pour titre : " Acte pour amender de nouveau les lois de l'Instruction publique en cette province, concernant le dépôt de livres." Chef-d'œuvre d'habileté et de finesse, cet acte est un vrai scorpion dont la queue dissimulée artificieusernent sous la tête, recèle un venin mortel. En eifet, qui supposerait que, sous un titre si bénin, se glissent des articles comme ceux-ci :

8. Après la mise en vigueur du présent acte, le Conseil de l'Instruction Publique, c'est-à-dire le comité catholique ou le comité protestant' du dit conseil, selon le cas, devra, d'ici au premier jour de mai 1881, reviser la liste des ouvrages classiques, livres, cartes, globes, modèles ou objets quelconques qu'il a approuvés jusqu'à ce jour.

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