‹ Reponse aux cinq lettres du R.M. VerreauChapitre 4 sur 5 · FRERES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

FRERES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES

Ecriture 20

Dessin 20

Arithmétique 20

Langue française 18

Langue anglaise ,...., .18

Tenue des livres 18

Géographie 14

Cartographie 14

Sciences naturelles. c . .12

Ces notes ont été collationnées le 23 septembre à une réunion générale des membres du jury de la Commission scolaire.

A l'école de la logique et de la prudence, Monsieur le Principal apprendrait qu'on ne doit pas trouver dans la bouche d'un homme le oui et le non. Monsieur le Principal nous dit aujourd'hui, 8 décembre, que " Ce n'était

point au Département de l'Instruction publique qu'il appartenait d'examiner nos travaux, et qu' " il ne Va povit fait" Trois jours plus tard, le six, à cette question que je lui avais posée. " Pourquoi votre jury a-t-il examiné nos travaux exposés, s'ils n'étaient pas de votre ressort ? " il me répond : " Evidemment, parceque nous ne lui avions pas donné d'ordre contraire, et cela peur les raisons cent fois énumérées déjà " Où est la première de ces raisons ?

Dans ma note du 27 novembre, je dis ceci : " Messieurs les membres de la Commission scolaire nous accusent d'avoir visé à l'obtention de deux diplômes. Et M. le Principal, me répond; " Je le nie simplement; " puis il ajoute : " Je ne suppose pas que personne puisse se tromper sur la signification du mot double emploi qui se trouve dans notre résolution." Je m'y suis précisément trompé, et, je le suppose, bien d'autres avec moi ; le R. M. Verreau aurait-il l'obligeance de nous donner clairement le sens qu'a le mot double emploi dans la pensée de la Commission scolaire.

A mon avis, il me semble que, vu le contexte de la note officielle, le mot double emploi s'entend naturellement de deux Diplômes ou de deux mentions honorables : l'une aux Beaux Arts, l'autre à l'Instruction publique. Et ce double emploi qui révolte la conscience de la Commission scolaire, fille du Comité permanent, nous le retrouvons dans la conduite de ce même comité ; car, s'il faut en croire Messieurs les Commissaires, c'est l'entrée du 17, faite seulement pour les feuilles d'écriture, qui nous aurait mérité le Diplôme section extra. •

" La Commission, composée de l'honorable M. Ouimet, d'un prêtre et de M. M. Archambault et Hicks a déclaré qu'elle n'a acquis cette connaissance que le 24 et non le 17 septembre. "Quand une personne honorable affirme une chose, il faut des raisons bien graves pour récuser cette affirmation et déclarer qu'elle n'est pas vraie."

Avant de répondre à cette observation du R. M. Verreau, je me permettrai de lui demander : " Mon confrère et moi, sommes-nous, oui ou non, des personnes honorables?" Par charité, M. le Principal répond affirmativement. Alors, si oui, notre témoignage, dans les questions que nous discutons, a autant de poids que celui de la Commission ; la vérité est une ; on n'en peut prendre quatre sixièmes pour la Commission, nous laissant les deux autres sixièmes. Récuser notre témoignage par ces petits mots : fwJele nie simplement," et nous obliger à accepter, les yeux fermés, les assertions de la Commission, n'est-ce pas une étrange inconséquence et une ridicule prétention ?

Appliquons encore ici à l'observation du R. M. Verreau le langage de V Ecole, et distinguons. En thèse générale, le choix de son Excellence ne pouvait tomber sur de plus hautes honorabilités ; mais, dans l'espèce, ma foi en l'infaillibité dogmatique et morale de la Commission scolaire est quelque peu ébranlée, A l'appui de cette assertion, je ne citerai pas ce qui nous est personnel, ni " ces collèges qui avaient aussi des travaux bien dignes d'attirer l'attention" et auxquels n'a été accordée qu'une maigre mention honorable; mais je me permettrai de pénétrer discrètement, respectueusement, dans cette honorable maison qui nous a offert une bienveillante hospitalité. J'y trouve une petite brochure qui a pour titre " Liste officielle des Récompenses," et où je lis ceci :

" Académie Commerciale Catholique de Montréal, Diplôme de 1ère classe à M. F. X. P. Demers, directeur.

" Académie Sainte-Marie, Diplôme de 1ère classe à M. A. D. Lacroix, principal.

" Ecole Normale Laval, Diplôme de 1ère classe a M. l'abbé Lagacé, principal.

" Ecole Normale Jacques-Cartier, Diplôme de 1ère classe à M. J. 0. Cassegrain, professeur.

" McGill Normal School, lst class Diplôma to Mr. Hicks, principal.

" Protestant Board of School Commissioners, lst class Diploma to S. P. Robins, local superintendent.

" High School of Montréal (Boys), lst class Diploma to Mr. Howe, principal/'

Je cherche, dans le catalogue, les travaux qui ont mérité à ces messieurs un si haut témoignage de la Commission scolaire, et, à mon grand étonnement, je ne trouve aucun produit personnel (*); d'où j'en infère, jusqu'à preuve du contraire, que la Commission scolaire a laissé fléchir d'un certain côté la balance de la justice, qu'elle promettait de tenir si ferme.

Cette remarque faite et cette conclusion tirée, j'en reviens à la critique de mon honorable contradicteur. Nous touchons à la deuxième habileté de ces Messieurs pour le succès de leur cause : la transposition des dates.

La Commission déclare que c'est le 24, et non le 17,. qu'elle a eu connaissance des pancartes. Cette transposition de date est une manœuvre de rare habileté; comme cet agencement va bien à la Commission scolaire ! En effet, si c'est seulement le 21 qu'elle s'est aperçue de Tentrée des trois feuilles de calligraphie, on comprend qu'elle ait examiné tous nos travaux ; mais si c'est le 17, elle s'est pri&e dans ses propres filets, car en jugeant, du 17 au 23, nos divers produits, elle prouve, par là même, qu'elle les considérait comme soumis à sa juridiction. Admettons cette dernière hypothèse, qui, dans le cas présent, s'élève presque à la hauteur d'une affirmation. Que constatait la pan-

.(I) Aucun, c'est trop absolu; un de ces MM. avait deux volumes de sténographie déjà exposés à Paris, en 1878.

carte du 24 ? Le diplôme octroyé. Et si le Comité permanent n'eût pas jugé nos travaux dignes de cette haute récompense et que, partant, la pancarte n'eût point été appendue, qu'auraient fait ces Messieurs ? Gardé le silence, malgré les trois pancartes du 17, qui annonçaient l'entrée : d'où j'incline à croire que ce n'est point la faute du 17, si faute il y a, qu'ils punissent, mais l'éclatant témoignage que, aux yeux du Comité permanent, méritaient nos produits exposés. Ici encore, exposons les faits et examinons les raisons que donne mon honorable contradicteur.

Les feuilles entrées le 17 sont primées le 17, et du 17 au 24, les trois pancartes que le comité des Beaux-Arts y a fixées demeurent au vu et au su de tous, dans un tambour d'escalier, où passent et repassent cent et cent fois les membres de la Commission, les membres du jury et des milliers de personnes, et aucun membre de la Commission, aucun membre du jury ne les a aperçues! assurément, l'officieux qui, dès le premier jour de l'exposition, a porté à M. le Surintendant nos plaintes imaginaires n'a point passé par là: comme il les eût vite remarquées !

Or, la Commission scolaire dit que ce n'est que le 21 qu'elle a aperçu les trois pancartes, témoignage de l'entrée du 17. A l'appui de cette assertion, le Rév. M. Verreau à apporté diverses preuves qu'il nous importe d'étudier. C'est d'abord l'honorabilité de Messieurs Commis-

saires : " Quand, dit-il, une personne honorable affirme une chose, il faut des raisons bien graves pour récuser cette affirmation et déclarer qu'elle n'est point vraie." Je l'ai déjà dit : en thèse générale, personne ne proclame plus haut que moi l'honorabilité des membres de la Commission ; dans l'espèce, les faits que j'ai racontés répondent par eux-mêmes.

Puis leur infaillibilité : " Nous avons affirmé et prouvé que nous n'avions connu que le 24 septembre la position prise par les Frères le 17, toute argumentation à rencontre de ce fait devient inutile." (5e lettre). Eoma Jocuta est, causa finita est, aurait dit St. Augustin. " Nous avons " affirmé," oui, et d'un ton ferme et tranchant ; "prouvé," nullement. Il n'y a eu, jusqu'ici, de la part du Rév. M. Verreau, d'autre preuve que son affirmation elle-même ; mais nous avons déjà trouvé tant de contradictions dans sa correspondance, que nous nous demandons si, avec cette nouvelle affirmation et d'autres semblables, on ne pourrait pas poser cette équation oui=non.

" Mais, dit M. le Principal, pour pousser la complaisance jusqu'à ses dernières limitesj'examinerai la preuve que le frère Réticius tire du fait que les trois feuilles d'écriture ont été primées et que nous aurions dû remarquer Ja pancarte qu'on y avait fixée." La " complaisance" est un terme impropre, c'est " l'imprudence " qu'il eût fallu dire. u La pancarte," métonymie ; la partie pour le tout ; c'est, non pas une, mais trois pancartes; trois pancartes de couleurs diverses sont plus faciles à voir qu'une seule.

Voyons le Rév. M. Verreau se prendre dans ses filets : "Je suppose qu'un des membres de la Commission ait aperçu et lu attentivement l'inscription suivante : " M. Arcand, prix d'écriture commerciale," par quel procédé pouvait-il voir qu'il s'agissait d'un élève fréquentant encore les Ecoles Chrétiennes ? Oh! M. le Principal, c'était bien simple et bien facile : il suffisait de savoir et de vouloir lire, car, tout à côté de la pancarte, se trouvait un énorme cachet portant "CHRISTIAN BROTHERS, QUEBEC. COMMERCIAL ACADEMY ;" et, en haut du groupe des objets exposés dans ce tambour, une inscrip-

tionen grosses " lettres" qui " indiquait les Frères des Ecoles Chrétiennes."

" Il me semble que tout cela est assez clair."

C'est en vain que, par des subtilités, M. le Principal cherche à s'arracher aux étreintes de mon hypothèse , personne, M. le Principal le premier, n'admettra que les trois pancartes fixées, du 17 au 24, dans le tambour de l'escalier n'aient été aperçues que le 24 des quatre membres de la commission et des quinze membres du jury. J'apporterais bien encore ici à l'appui de mon hypothèse les paroles de M. le Surintendant et de M. Archambault à notre professeur, dans le dialogue qui eut lieu entre eux le 24, à l'apparition de la fameuse pancarte enlevée subitement par un mauvais manitou, mais à quoi bon ?

Pour terminer cette question de dates, je me bornerai à demander à M. le Principal : "' Vous me dites, M. le Principal, que c'est le 24 que vous avez acquis la preuve d'une entrée faite par notre professeur, dès le 17. Par quel document l'avez-vous acquise, cette preuve ? Par la feuille d'entrée que vous a délivrée le Secrétariat ? Mais cette feuille d'entrée est un document falsifié ; nous l'avons affirmé et prouvé ; d'autre part, je n'y trouve nulle trace de date; d'où je suis fondé à conclure qu'elle vous a été délivré dès le 17 et non le 24.

Monsieur le Principal dissèque ma note du 27 novembre et résume en ce syllogisme une partie de mon argumentation.

" Un frère de Québec a fait une entrée pour deux de ses élèves au département des beaux arts :

Les deux élèves ont été récompensés par ce département :

Donc c'est pour cela que la Commission ne veut pas nous recommander au Comité permanent.

A cela la Commission répond :

Nous nions la première proposition.

Je nie, à mon tour la négation de la Commission et je renvoie pour la troisième fois ces MM. au titre de leur document ; Frère, Résidence Québec.

Et, maintenant ma première proposition, j'en maintiens la conséquence, lors même que M, le Principal la " nie simplement."

" Rien, absolument rien, ne prouvait qu'il l'eût faite autrement qu'en sa qualité de Frère des Ecoles Chré-" tiennes.'"

Allons, M. le Principal, soyons donc sérieux ; que vont penser vos lecteurs qui, jusqu'ici vous avaient cru ce <fc caractère élevé que suppose la position que vous occupez dans votre institution." En quelle qualité voulezvous donc qu'il lit cette entrée ! En qualité de Chinois? Certes, il est trop fier d'être frère des Ecoles chrétiennes et Canadien pour se travestir ainsi ! Mais, M. le Principal, je lis votre pensée entre vos lignes ; n'auriez- vous pas voulu qu'il la fît comme mandataire de l'Institut ?

Un scrupule prend le R. M. Verreau : la crainte d'ennuyer le lecteur. Ce scrupule me paraît le silence de

l'orateur qui s'arrête lorsque son éloquence est à

sec, Du reste, pourquoi étudier mes preuves qui ne prouvent rien ? Si j'en juge par les échos qui rn'arrivent des quatre coins du Canada, elles prouvent si bien et si fort, que, avec ses cinq lettres, le respectable M. Verreau ne les a pas encore entamées.

Redoutant moins que M. le Principal, l'ennui pour mon lecteur, je continuerai l'étude de sa critique jusqu'au dernier alinéa.

" Les chers Frères ont vu le jury faisant l'examen de leurs produits." Suppositloi toute gratuite, M. le Principal, car si nou3 avions vu le jury examiner nos pro-

duits, nous lui aurions déclaré que nous n'appartenions point à son département. "

■" Plus tard, ils ont connu le résultat de cet examen par une pancarte qui a été appendue à leur section." C'est à ce " plus tard" seulement que nous avons appris l'examen et son résultat. Aussitôt, avons-nous, le professeur et moi, attesté à M. le Surintendant que nous ignorions comment nous venait ce Diplôme, et M. le Surintendant a fermé l'oreille à notre affirmation. Cette explication, je l'espère, suffira à M. le Principal pour lui donner l'intelligence de mon expression à notre insu.

" Le Visiteur Provincial remarque avec raison que la chose" l'obtention de deux diplômes — " aurait été facile, s'ils avaient fait leur exposition autrement. Moi-même, au nom de la Commission, je les en avais priés, mais inutilement. " En principe, nous étions, et nous sommes peu sympathiques aux Expositions ; l'expérience n'a que trop prouvé que, généralement, elles sont une perte de temps pour les enfants et un sujet de division entre les maîtres. Le cher Frère Armin-Victor partageait mon sentiment sur cette question.

Voici les paroles prophétiques que j'extrais de ses notes : " Il ne paraît pas que le Canada soit plus que la Erance à l'abri des inconvénients signalés — au contraire. Bien plus, les instituteurs laïques vivent en paix aves les congréganistes. Que l'on ouvre les concours, on ouvre les lices, les luttes, les guerres. Comment reviendra ensuite la paix que l'on aura sacrifiée dans un moment d'entraînement ? Il serait utile, peut-être, de soumettre ces considérations aux Evêques de la Province. "

Ce n'est donc point sans appréhension que je voyais venir l'Exposition. Nous ne pouvions guère refuser d'y prendre part, car nos adversaires auraient profité de notre refus pour nous taxer d'incapacité ou de mauvais vouloir.

Monsieur le Principal vint, en effet, me représenter les beautés de la vie commune et les harmonies du catalogue ; après lui, ce fut M. Archambault, qui fit briller à mes yeux les diplômes que, indépendamment de la collectivité, nos Communautés pourraient obtenir. Tant de zèle et d'instance de la part de ces deux Messieurs me paraissait suspect, et je pensais involontairement à ce mot du fabuliste :

" Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille. "

Je ne crus pas sage d'acquiescer aux sollicitations de ces Messieurs et cela pour deux raisons :

JL

1. On devait discuter au congrès la valeur des méthodes, des classiques; le meilleur moyen de montrer les nôtres, n'était-ce pas de conserver la plus parfaite unité dans l'exposition de leurs produits ?

2. Serais-je téméraire en supposant — toujours des suppositions — que messieurs les Principaux n'eussent point été fâchés de faire parader leurs brillantes institututions devant nos modestes écoles de Montréal, abandonnées presque totalement à l'inépuisable charité de St. Sulpice ? Notre peur de la comparaison n'est cependant point exagérée, et si un concours devait se faire, un jour ou un autre, et que nous fussions, cette fois, au dernier rang, je demanderais que la victoire de nos émules fût consacrée par une médaille commémorative, portant en relief, sur une face, le palais du Plateau avec ces simples chiffres : " construction, environ $75.000, — entretien et

1 professeurs, environ $12.000 ;" de Vautre, l'école du Sacré-Cœur, avec cette résolution en exergue : " Que la demande des planchettes ne peut être accordée, et que les RR. FF. sont près d'adopter la méthode de dessin industriel de Smith, en usage dans les autres écoles sous le contrôle du Bureau, et qui ne réclame pas un outillage si dispendieux. "

• Le R. M. Verreau se débat plus vivement là où mon

argumentation le serre plus fort. Il établit et prouve deux choses, à savoir que j'étais membre du jury pour mes dix jours, ni plus ni moins, et que je n'étais pasprocureur de notre Institut.

J'ai l'honneur de répéter à Mr. le Principal, ce que je lui ai déjà dit une fois précédemment. Ou la Commission ne voyait dans l'entrée de notre maître qu'un acteirréfléchi, une complaisance de professeur toute personnelle, et alors, rien ne saurait justifier sa conduite à notre égard, ni le souci de la juridiction ni l'étiquette du règlement ; ou elle y voyait une entrée frauduleuses de notre part, et dans ce cas, son respect pour elle-même et son amour pour la justice lui imposaient le devoir de nous expulser de son département; mais non, elle n'a rien vu, dit-elle !

" Mais la Commission ne vous a jamais considéré comme un procureur de votre Congrégation. " Si telle pensée était jamais venue à la Commission, j'aurais bien trompé ses espérances! car je n'ai guère procuré à notre Congrégation qu'une note peu flatteuse pour son honneur et, en ceci, je l'avoue, j'ai été loin de répondre au "caractère élevé que suppose la position que j'occupe dans mon Institut. "

Quelque grâce spéciale d'infaillibilité que M. le Principal croie attachée à la nomination de directeur de l'Exposition par son Excellence, il est toujours sage de ne point oublier que, juges et parties, seuls juges et parties, Messieurs les Commissaires auraient quelque peu besoin, qu'on leur redît, de temps en temps, ce mot qu'un prince se faisait répéter sans cesse par un héraut : " Souviens-toi que tu es homme."

Cette surabondance de grâces que leur confère le choix de son Excellence, se répand sur chacun des mem-

bres du jury qui entre ainsi, dans une certaine mesure, en participation de l'infaillibilité de la Commission, mais qui, néanmoins, demeure inévitablement en participation de la fragilité humaine. Tout en estimant au plus haut degré l'honorabilité, l'impartialité de tous et de chacun, l'infirmité humaine est un élément avec lequel on doit toujours compter lorsqu'on choisit une Commission scolaire ou un jury ; juge avant tout et par-dessus tout, il faut être non procureur, mais quelquefois défenseur. Si un prêtre choisi par Mgr. eût fait partie de la Commission scolaire comme représentant des congrégations religieuses, pense- t-on que M. le Principal et son serviteur, édifieraient aujourd'hui le public de ces démêlés ? Plus tard, on peut très-bien demander des membres du futur jury scolaire les qualités qu'exige la fonction de procureur; je crois rendre service à ceux qui auront à choisir les jurés, en leur faisant connaître certaines aptitudes à ce poste de confiance.

Je trouve dans ce petit livre de familler qui a pour titre: Liste officielle des récompenses, les données suivantes :

M. le Surintendant, Ecoles normales ^ 1ère classe 17 } et Ecoles des Commissaires de > > 21

Montréal, diplômes ) 2ème " 4 }

Ecoles protestantes de Montréal, ) 1ère classe 11 > -. o diplômes $ 2ème " 7 $

Toutes autres écoles du Bas-Ca- ) 1ère classe 10 } ^ nada, Frères compris, diplômes .. \ 2ème " 12$

Si de ces vingt-deux diplômes, on retranche les seize de la Congrégation N. D., il en reste six pour nous, et ces collèges, ces écoles qui avaient aussi des travaux bien dignes d'attirer l'attention du jury !

" Il aurait été très-facile de la régler " — cette question— " à l'amiable et les amis communs qui m'en

ont parlé pourront témoigner de mes dispositions." Je n'ai jamais refusé une entente à l'amiable ; on ne me l'a jamais proposée, ni directement par une demande, ni indirectement par l'entremise des amis communs." La seule fois que j'aie eu occasion d'en parler, c'est dans une rencontre que je fis incidemment du R. M. Verreau, le 19 octobre, dans les chars allant de Montréal à Québec. Après les politesses d'usage, l'entretien tomba sur notre différend. Je dis à M. le Principal que j'espérais une rectification franche et nette de la note officielle; mes prétentions étaient-elles exagérées ? En père et en ami,

M. le Principal me conseilla de garder le silence ;

le pouvais-je ?

En terminant sa paternelle correction, ses conseils d'ami, le R. M. Verreau me lance la flèche du Parthe. '•'Parmi les écoles qui n'ont reçu, comme eux, qu'un diplôme de première classe, il s'en trouve à qui le jury a accordé une somme plus élevée de bons points qu'aux chers Frères eux-mêmes."

Nous n'avons point la prétention d'être les premiers ; nous sommes très heureux et très honorés d'apprendre, par la bouche cle M. le Principal que, avec nos quinze spécialités comprenant dans leur ensemble six mille spécimens, nous ne sommes pas au dernier rang, ni pour le nombre, ni pour la valeur des objets exposés.

Quant à l'obtention d'un diplôme de première classe, le moyen est connu ; l'exposition m'a donné quelque expérience. Si M. le Principal me le permet, je lui dirai la recette tout bas à l'oreille, pour le cas où la fortune le ferait descendre un jour de la haute position de commissaire à celui de simple exposant. Puisque le diplôme exige une moyenne de notes, que M. le Principal n'expose qu'un seul article, très-bien soigné ; le maximum des points étant, je suppose, vingt, sa moyenne sera vingt, et le diplôme sera emporté demblée.

Il y a même un moyen plus simple et aussi infaillible qu'un membre de la Commission : se bien mettre dans les petits papiers de messieurs les Commissaires.

.Je termine. Si dans cette discussion à laquelle j'ai été entraîné par la critique que le R. M, Verreau a faite de ma note du 27 novembre, il m'est échappé quelque expression blessante pour mon honorable contradicteur, je les retire, et je proteste que mon unique intention, en publiant ce mémoire, a été de rendre à ma bien-aimée Famille et à mes confrères une justice que la Commission nous a refusée, et d'attirer l'attention des hommes sérieux, vraiment soucieux de l'avenir du pays, sur un courant d'idées trop en harmonie avec les idées d'outremer pour ne pas craindre, dans un avenir plus ou moins éloigné, de redoutables suites, de douleureuses conséquences. Combien sont sages et opportunes ces paroles de Mgr. Fabre : " Prions, et sous l'œil de Dieu et la direction de nos guides naturels, les évêques, veillons sur la marche des idées dans notre pays, et convainquons-nous que les mouvements d'idées, qui ont produit des résultats subversifs dans d'autres endroits, arriveront aux mêmes fâcheuses conséquences ici, si nous ne les enrayons pas dès le début de leur apparition au milieu de nous."

Tous deux, le R. M. Verreau et moi, nous avons engagé cette discussion avec regret ; tous deux nous avons le même propos de vivre en paix et en bonne harmonie, chose d'autant plus facile désormais, que nous aurons l'un de l'autre une connaissance plus parfaite; tous deux nous allons nous recueillir dans le silence, et préparer, par le zèle et le dévoûment à nos fonctions, des luttes plus pacifiques pour la prochaine exposition.

Fr. Réticius,

T ris iteu r~Pro vincia L

OORRESPONDENCE.

M. le Rédacteur

Dans le numéro du 27 octobre dernier du Courrier de Montréal, un pseudonyme demandait une explication sur la contradiction qu'il trouvait entre les dires d'un prédicateur de Notre-Dame et une note de la commission scolaire au sujet de l'attitude de notre Congrégation, à l'Exposition scolaire. J'avais moi-même sollicité cette explication ; la Commission scolaire refusant de répondre à ma demande, il est de mon devoir de disculper notre famille religieuse de la flétrissure de loyauté qui tend à lui imprimer la note officielle.. Pour atteindre ce but, il me suffira d'exposer les faits sans aucun commentaire.

Par une complaisance, peut-être irréfléchie, un <de nos professeurs de Québec a fait, le P7 septembre, pour deux de ses élèves, une entrée au Département des. Beaux- Arts pour trois feuilles de calligraphie dont ils sont les auteurs. Cette entrée, la seule qui ait eu lieu, ne porte que sur les trois feuilles de calligraphie et non sur la collectivité de nos travaux exposés. Néanmoins les juges du Comité des Beaux- Arts, après avoir primé les trois articles entrés, ont, de leur propre mouvement, étendu leur examen à tous nos produits exposés et nous ont décerné à notre insu un Diplôme section extra. C'est là un témoignage très flatteur pour nos méthodes et nos travaux et dont je remercie bien sincèrement ces Messieurs ; mais qu'ils me permettent de ne point accepter le Diplôme qu'ils nous ont octroyé, car c'est au Département de l'Instruction Publique, qui a examiné nos travaux, qu'il appartient de se prononcer sur leur mérite.

Messieurs les membres de la Commission scolaire nous accusent d'avoir visé à l'obtention de deux diplômes. Rien de moins fondé que cette assertion ; car :

lo. Si nous avions cherché à obtenir deux diplômes, nous avions un moyen très sixiiple : l'exposition individuelle par école, au lieu de l'exposition collective. Peut-être eussionsnous pu trouver dans nos vingt et une écoles représentées au Palais de Cristal, au moins deux écoles méritant cette haute récompense.

2o. En admettant que nous ayons eu recours au moyen subreptice et indigne qu'on nous impute, aurions-nous fait une entrée pour trois misérables feuilles d'écriture, alors que nous avions un si beau choix dans nos trois mille deux cents feuilles de dessin exposées ? Si on nous suppose assez de finesse pour chercher à tromper par une entrée frauduleuse, du moins ne nous refusera-t-on pas le tact requis pour choisir des travaux dignes d'attirer l'attention du jury.

Ainsi, pas d*entrée collective de notre part ; le comité industriel vient lui-même de le déclarer dans sa réunion du 9 novembre. La seule entrée qui ait eu lieu est celle des trois feuilles de calligraphie ; elle a été faite par le professeur et pour ses deux élèves, qui en demeurent les seuls bénéficiaires, ainsi qu'il résulte des pancartes délivrées en leur nom et non au notre, et des prix envoyés par M Stevenson, non à nous, mais aux deux élèves.

La commission scolaire m'objectera la désision du Comité industriel, qui vient lui-même de déclarer, dans sa séance précitée, que c'est par une erreur des jug-es que les pancartes et les prix ont été octroyés aux élèves. Je préviens l'objection en la résolvant.

lo. Les juges n'en ignoraient point, quand ils ont primé les trois feuilles de calligraphie ; ils savaient très-bien qu'ils récompensaient, non les Frères, mais MM. Arcand et St- Pierre. Que le Comité Industriel veuille bien appeler à sa barre les juges eux-mêmes, le professeur et les deux élèves, et il se convaincra de la vérité de mon assertion.

2o. Admettons cependant que le professeur en question ait fait une entrée clandestine pour nous, non pas des trois feuilles de calligraphie, mais de toute notre collectivité, comment, dans ce cas, ne voir, dans la conduite de la Commission scolaire à notre égard, autre chose que le zèle pour le règlement et le souci de la juridiction ?

N'est-ce pas un peu sévère de punir l'acte personnel d'un sujet, acte commis à mon insu, par la mise hors la loi de vingt et une communautés, de huit mille élèves et de plusieurs milliers de travaux de tous genres dont se composait notre exposition ?

La Commission scolaire m'avait fait l'honneur de m'appeler à siéger au jury. Du 14 au 24, j'ai été tous les jours en rapport avec ces Messieurs. S'ils m'avaient témoigné qu'il y eût quelque irrégularité dans la conduite de mon subordonné, je l'aurais rappelé à l'ordre ; mais non, aucune observation m'a été faite, aucune explication ne m'a été de-

mandée. Je n'ai connu leurs sentiments à notre égard que par la note de la liste officielle des récompenses. En de telles conjectures, ne trouve-t-on point étrange la publication d'un document qui met en suspicion l'honneur d'un corps religieux auquel, je crois, on ne peut guère reprocher que les quarante-deux années de dévouement et la vie de trois cents sujets qu'il sacrifie pour le bien du Canada ?

La Commission scolaire déclare que c'est " le 24 septembre qu'elle a acquis la preuve que, dès le 17, nous nous étions mis au rang des exposants ordinaires et que, partant, nous nous étions soustraits à sa juridiction."

Au sujet de cette déclaration, je n'ai que deux observations à soumettre aux honorables membres de la Commission scolaire.

Ce n'est pas, Messieurs, le 24 septembre, mais le 17, que vous avez pu et dû acquérir cette preuve ; car, dès le 17 et jusqu'au 24, les trois pancartes restent fixées aux feuilles primées, et personne n'admettra que les quinze membres du jury et les quatre membres de la Commission scolaire aient pu passer et repasser cent fois dans le tambour de l'escalier sans apercevoir les pancartes, alors surtout que le diplôme du 24, bien moins en évidence, a été partout si vite et si bien remarqué.

Votre conduite dément votre affirmation. Si, par l'entrée du 17, nous sommes passés au Département des Beaux- Art s, pourquoi m'avez- vous conservé comme membre du jury, admis à vos délibérations, à partir du 17, puisque, d'après votre propre témoignage, nos travaux tombaient, à cette même date, sous le contrôle des Beaux- Arts, et que désormais je n'avais plus aucun intérêt à représenter auprès de votre Commission.

Pourquoi votre jury a-t-il examiné tous nos produits exposés, si ces travaux n'étaient plus de son ressort ? et remarquez-le bien, Messieurs les Commissaires, c'est précisément du 17 au 23 que votre jnry s'occupe de nos produits ; vous n'avez qu'à consulter votre répertoire où sont relevées les notes des jurés, et vous y trouverez celles de ces messieurs pour toutes nos spécialités exposées.

Yous ne m'avez point rayé de la liste des membres du jury ; dont vous m'avez toujours considéré comme représentant des intérêts de notre Congrégation auprès de la Commission scolaire.

Yous avez examiné, du 17 au 23, tous nos travaux produits à l'Exposition ; donc vous considériez notre Institut comme soumis à votre juridiction.

Ces quelques explications suffiront, je l'espère, pour établir que notre conduite à l'Exposition a été parfaitement correcte ; le public, qui a jugé les travaux des élèves, jugera la conduite des maîtres.

Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur, ma vive gratitudepeur l'hospitalité que vous voulez bien me donner dans vos colonnes, ainsi que les sentiments avec lesquels je suis

Votre tout dévoué serviteur,

Fr. Reticius,

Visiteur-Provincial.

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