‹ Reponse aux cinq lettres du R.M. VerreauChapitre 5 sur 5 · LETTRES DU REV. M. VERREAU · texte numérisé non relu

LETTRES DU REV. M. VERREAU

M. le Rédacteur,

Ce matin seulement j'ai en connaissance de la correspondance du Cher Frère Réticius, publiée dans votre numéro de samedi.

Puisque le cher Frère en appelle au tribunal de l'opinion publique, nous l'y suivrons : lui seul pourra se plaindre des conséquences.

Demain, j'établirai les faits et je discuterai la correspondance. Aujourd'hui, je n'ai le temps que d'en citer les deux premières phrases pour y attirer votre attention.

" Dans votre numéro du 27 octobre dernier, un pseudonyme demandait une explication sur la contradiction qu'il trouvait entre les dires d'un prédicateur de Notre-Dame et une note de la commission scolaire au sujet de l'attitude de notre Congrégation à l'Exposition scolaire. J'avais moimême sollicité cette explication, la Commission scolaire refusant de répondre à ma demande."

lo. Tout le monde comprendra que la Commission ne devait pas s'occuper d'une lettre pseudonyme, par respect pour elle-même et par esprit de justice, car cette lettre pouvait venir aussi bien d'un ennemi que d'un ami des chers Frères. 2o. Si le Yisiteur-Provincial a sollicité une explication de la Commission, il voudra bien apprendre par quels moyens et de quelle manière il l'a fait,

J'ai l'honneur d'être,

Monsieur le Rédacteur, Yotre etc., etc.,

H. A. Verre au, Ptre.

Membre de la Commission Scolaire.

Monsieur le Rédacteur,

J'ai promis d'établir les faits afin que le public puisse juger la position prise par M. le Frère Réticius. Le document suivant le fera en ^partie, avec d'autant plus de force qu'il

provient d'une autorité indépendante de la Commission scolaire.

C'est le " Comité Permanent de l'Exposition qui parle :

" Considérant que, par suite de l'entrée faite et payée par " les Frères des Ecoles Chrétiennes de Québec, pour des, " spécimens d'écriture et de dessin, les juges de la classe 9 ont " apprécié des travaux que les juges de l'Exposition scolaire 4C seuls avaient droit de juger ;

" Considérant que c'est en vertu de cette erreur que les " juges de la classe 9 ont recommandé à ce comité qu'un " diplôme soit accordé aux Frères des Ecoles Chrétiennes " pour leur exposition scolaire, il est résolu :

" lo. Que le Comité permanent de l'Exposition, en vertu " de l'article de ses règlements, et en vertu aussi des pou- " voirs qu'il a conférés à la Commission de l'Exposition sco- " laire, ne peut ratifier la recommandation des juges de la " classe 9, en accordant aux Frères des Ecoles Chrétiennes " un diplôme pour leur exposition scolaire ;

" 2o. Que le Comité renvoie cette affaire à la Commission " de l'exposition scolaire, et lui recommande d'accorder aux " Frères des Écoles Chrétiennes le diplôme auquel ils peu- " vent avoir droit, d'après l'appréciation du jury de l'exposi- " tion scolaire.

" Extrait des minutes d'une assemblée du comité, tenue le 22 novembre 1880.

[Vraie copie],

S. C. Stevenson,

Secrétaire.

La Commission de l'Exposition scolaire a reçu, le 25, la communication officielle de ces résolutions, et le 27, elle les a transmises au cher Frère Eéticius avec sa propre décision, que voici :

" Attendu que, par la résolution qui précède, les Frères des Écoles Chrétiennes sont replacés sous la juridiction de le Commission scolaire, il est résolu :

" Qu'un diplôme de Ire classe est décerné aux Frères des Écoles Chrétiennes pour l'ensemble des travaux des écoles sous leur contrôle."

Dans ma prochaine lettre, je reprendrai de plus haut. J'ai l'honneur d'être,

Monsieur le Rédacteur, Votre etc., etc.,

H. A. Verkeau, Ptre.

Membre de la Commission de l'Exposition scolaire.,

Monsieur le Rédacteur,

C'était le désir du Conseil de Y Instruction publique — l'honorable Monsieur Ouimet le rappelle dans sa circulaire du 1er frévrier dernier, — que les instituteurs et les maisons d'éducation prissent part à l'exposition scolaire.

Pour diriger cette exposition, le Lieutenan.t-Grouver.neur nommait, le 29 mai une commission, la Commission de l'exposition scolaire, composée du surintendant, de MM. Arcliam, bault, À. Hicks, et votre serviteur.

Notre premier soin fut de dresser des règlements, en vertu des pouvoirs qui nous avaient été accordés par le Grouverneur. Nous avions à sauvegarder les intérêts des exposants les uns à l'égard des autres, et à prendre les moyens pour que le mérite de chacun fût apprécié aussi exactement que possible.

Le jury que nous avions choisi offrait toutes les garanties. Le> comité permanent de l'exposition provinciale, en l'acceptant et en le chargeant de juger l'exposition scolaire, renonçait au droit d'en nommer un autre pour la même fin. Il n'y a jamais songé d'ailleurs, le document que j'ai publié avant-hier le prouve assez. On ne pouvait attendre moins de personnes aussi honorables que les membres de ce comité.

L'exposition scolaire a dépassé ce qu'on pouvait espérer, surtout si l'on tient compte du peu de temps donné pour la préparer : collèges, couvents, académies, écoles primaires,y ont pris part et en ont remporté une gloire méritée. Les Frères des Écoles Chrétiennes étaient loin d'être les derniers et par le nombre et par la qualité des objets qu'ils exposaient.

En se soumettant à l'examen de notre jury, les Chers Frères se soumettaient à notre contrôle ; en acceptant la place que nous leur avions assignée dans notre galerie, ils s'étaient mis dans la position de celui qui accepte une hospitalité honorable : cet homme ne peut introduire aucun étranger dans la maison sans en prévenir le maître. Eux, non plus ne peuvaient introduire des exposants ou un jury étranger chez nous, sans nous avertir ; agir autrement, c'était se mettre dans une fausse position en face du comité parmanent, de la commission scolaire, de notre jury et des autres institutions.

Ceci est élémentaire, et je ne ferai pas au Cher Frère Visiteur l'injure d'insister davantage.

* Mais je lui dois ce témoignage, qui n'est d'ailleurs qu'un simple acte de justice, que les meilleurs rapports ont existé pendant tout le temps entre ses religieux, d'un côté, et la Commission, le jury et les exposants, de l'autre.

Le 24 septembre, nous vîmes une pancarte appendue dans la section des Frères : elle annonçait qu'un prix leur était décerné pour leur exposition scolaire. Des juges, autres que les nôtres, avaient donc passé parla ! Qui les avait appelés ? Qui les avait soufferts ? Qui les avait envoyés ? Les Frères ne jugèrent pas à propos de nous rien dire.

Nous prîmes le moyen le plus simple et le plus digne de nous renseigner. Nous nous adressâmes au Secrétariat, et le document officiel qui suit nous fut communiqué :

Exposition agricole, etc., de la Puissance. Formule Centrée.

Date, sept. Vj, 1880. — Signature, Frère des Ecoles Chrétiennes, Résidence Québec.

Classe 9, groupe 5, section 9. — Spécimen ornamental Penmanship.

Classe 9, groupe 5, section 10. — Spécimen commercial Penmanship.

Classe 9,. groupe 5, section 8. — Illuminated design.

Diploma grantedfor schools exhibits.

Tout paraissait régulièrement fait. Au lieu de récriminer, d'accuser les Frères plutôt que le Comité permanent, un jury plutôt qu'un autre, pour nous justifier auprès de notre jury et des autres exposants, nous en vînmes à la résolution suivante.

Institut des Frères des Écoles Chrétiennes.

— Les Frères des Écoles Chrétiennes avaient répondu à la demande du Surintendant de l'Instruction publique et de la Commission de l'Exposition scolaire, en acceptant la place que la Commission leur avait assignée dans l'espace obtenu pour son propre usage au Palais de l'Exposition. Ils avaient, par là même, accepté l'examen et la décision du jury choisi par cette Commission et ratifié par le Comité permanent de l'Exposition de la Province de Québec. Mais comme la Commission scolaire a acquis, le 24 septembre, la preuve que les Frères, dès le 1Y du même mois, s'étaient mis au rang des exposants ordinaires en payant leur entrée au Comité permanent de l'Exposition, elle déclare que par là ils se sont soustraits à sa juridiction, et qu'en leur accordant**' une récompense, il y aurait double emploi, puisque tous les diplômes sont donnés par le Comité permanent de l'Exposition.

Le Cher Frère Réticius, bien à tort, regarde cette résolution comme injurieuse : elle constate seulement les faits, sans les qualifier et sans scruter les intentions ni les accuser. Mais nous discuterons cela demain, si vous me le permettez, Monsieur le Rédacteur.

Votre, etc.,

H. A. Yerreau, Ptre.

Membre de la Commission Scolaire.

Monsieur le Rédacteur, ê

La lettre que vous avez publiée samedi dernier peut se résumer en trois points : lo. admissions, 2o. assertions, 3o. raisonnements. En les examinant, je ne puis m'arrêter qu'à ce qu'il y a de principal.

Première assertion : " Par une complaisance peut-être irréfléchie, " un de nos professeurs de Québec a fait, le 17 septembre, pour " deux de ses élèves, une entrée, etc., etc."

Si cette demande avait été faite avec l'assentiment du Visiteur, sur lui en retomberait la responsabilité.

Mais, puisqu'elle a été faite à son insu, pourquoi, du moment qu'elle est venue à sa connaissance, ne l'a-t-il pas désavouée, comme il fait aujourd'hui ? Tout aurait fini là.

Seconde assertion : " aurions-nous fait une rentrée

" pour trois misérables feuilles d'écriture, alors que nous avions " un si beau choix dans nos trois mille deux cents feuilles de " dessin exposées ? Si l'on nous suppose assez de finesse pour 11 chercher à tromper par une entrée frauduleuse, du moins ■/ ne nous refusera-t-on pas le tact pour choisir des travaux " dignes d'attirer l'attention du jury."

Ceci n'est pas flatteur, ni pour les auteurs des morceaux primés, ni pour le jury qui a dû les examiner, ni pour ceux qui les ont laissé faire. Cet acte constitue une injustice qu'on a laissé commettre au détriment des autres Frères professeurs et de leurs élèves plus méritants, et même au détriment des élèves des autres écoles qui pourraient exposer eux aussi des travaux dignes d'attirer l'attention d'un jury étranger.

Tout cela était assez grave pour attirer l'attention et l'action du Cher Frère Visiteur.

J'en viens maintenant aux assertions.

Première assertion : " J'avais moi-même sollicité cette ex-

plication ; mais la Commission scolaire, refusant de répondre, -etc., etc., etc. "

Je me contente, pour le moment, de prier de nouveau le Cher Frère Visiteur de prouver ce fait.

Deuxième assertion : L'entrée a été faite " par un des professeurs de Québec pour deux de ses élèves, etc., etc.

Personne ne peut songer à accuser la bonne foi du cher Frère Visiteur ; mais il doit admettre que rien n'apparaissait alors et que rien n'apparaît encore pour prouver ce fait. Ce n'est pas sa faute, s*,ns doute, mais ce n'est pas la nôtre, non plus. En face du document officiel que j'ai publié hier, nous ne pouvions nous lancer dans le champ si vaste des suppositions : il n'y avait qu'une conclusion légitime à tirer.

S'il nous avait été possible d'agir autrement, nous aurions été obligés de qualifier sévèrement la conduite de son subordonné. Il ne faut pas oublier, comme je l'ai dit hier, que nous étions chargés de sauvegarder les intérêts de tous les exposants, parmi lesquels les Chers Frères ne sont pas le seul corps très-important et très-respectable que le Canada aime, et admire à cause de son enseignement.

Troisième assertion : " Néanmoins, les juges du comité des " Beaux- Arts, après avoir primé les trois articles entrés, ont " de leur propre mouvement étendu leur examen à tous nos ■" produits exposés."

On fait tenir au jury une conduite bien singulière. Il est envoyé pour examen des travaux de A et de B. Pour se dédommager sans doute des trois misérables feuilles, il pousse la curiosité jusqu'à pénétrer dans une autre section, c'est celle des Chers Frères : il jette un coup d'œil, et décerne .un prix pour tous les produits exposés. Mais à côté de ces produits étaient les travaux de plusieurs collèges, travaux bien dignes d'attention ; en face, l'exposition si belle et si complète des Sœurs de la Congrégation. Le jury ne daigne pas s'en apercevoir. Pourquoi s'arrête-t-il en chemin ?

Ce n'est pas ainsi que nous apprécions la conduite du jury. Il procédait d'après l'entrée authentique qu'on avait dû lui fournir, et que j'ai publiée plus haut : voyant qu'elle était •au nom des Chers Frères, il a compris qu'il avait juridiction dans leur section, et pas ailleurs. Pouvait-il agir autrement ?

Les Chers Frères méritaient un prix pour leur exposition scolaire, personne ne l'a nié; ce jury le leur a décerné. Nous n'avions plus rien à faire, parce que nous pensions que le comité permanent ratifierait ce jugement.

Quatrième assertion : " C'est au Département de l'Instruc- •" tion Publique qui a examiné nos travaux, qu'il appartient *l de se prononcer sur leur mérite."

Pour employer le langage de Y Ecole, je fais ici une distinction. Sans doute, le Département de l'Instruction publique peut, dans des conditions voulues, examiner et apprécier les travaux des Chers Frères ; mais dans l'espèce, c'est-àdire pour l'exposition, ce n'était pas à lui qu'il appartenait de le faire, et il ne l'a point fait.

Quatrième assertion : " Messieurs les membres de la Comu mission scolaire nous accusent d'avoir visé à l'obtention " de deux diplômes.1'

Je nie simplement. Ni dans notre décision, publiée hier, ni dans ses considérants, ni directement, ni indirectement, nos paroles signifient une pareille chose. Je ne suppose pas que personne puisse se tromper sur la signification du mot double emploi qui se trouve dans notre résolution.

Cinquième assertion : ;' Les juges n'en ignoraient point......

4i ils savaient très-bien qu'ils récompenseraient non les Frè " res, mais MM. Arcand et St-Pierre."

D'où et comment le savaknt-ils ? D'où et comment savaient-ils qu'ils avaient le droit de juger et de récompenser l'exposition des Chers Frères, à l'exclusion des autres ?

Rien ne prouve, dans les archives du Comité permanent, que MM. Arcand et St-Pierre aient acquis le droit d'être jugés et récompensés.

Sixième assertion : " N'est-ce pas un peu sévère de punir " l'acte personnel d'un sujet, acte commis à mon insu, par la " mise hors la loi de vingt et une communautés, de huit mille élèves, etc., etc. "

Il n'y a dans la conduite de la commission ni punition, ni sévérité, ni mise hors la loi.

J'insisterai encore, au risque de me répéter. Notre considérant constate lo. que les Frères s'étaient mis au nombre des exposants ordinaires, sur lesquels il ne faut pas oublier que nous n'avions pas de contrôle ; 2o. qu'en outre, une recommandation de notre part au comité permanent de l'Exposition n'avait plus sa raison d'être, puisque les Frères étaient déjà recommandés à ce comité, et qu'un diplôme leur était décerné "for scholastic exhibits" Or c'est le seul diplôme que nous puissions demander pour eux au comité.

Septième assertion : M Ce n'est pas, Messieurs, le 24 septem- " bre, mais le 17, que vous avez pu et dû acquérir cette preuve" de l'entrée faite au département des beaux-arts.

La commission, composée de l'honorable M. Ouimet, d'un prêtre et de MM. Archambault et Hicks a déclaré et déclare qu'elle n'a acquis cette connaissance que le 24 et non le 17 septembre.

Quand une personne honorable affirme une chose, il faut des raisons bien graves pour récuser cette affirmation et déclarer qu'elle n'est point vraie. Or, le Cher Frère Visiteur, je le regrette pour lui, n'apporte que des suppositions.

Ce qui est plus malheureux, c'est quil s'y enveloppe comme dans un filet : " Personne n'admettra que les quinze " membres du jury et les quatre membres de la commission 41 scolaire aient pu passer et repasser cent fois, il a pu et dû " voir les pancartes etc."

Le Frère Visiteur était au nombre du jury, il a pu et dû passer et repasser cent fois, il a pu et dû voir les pancartes et puis ?

Cette suposition renferme une argumentation que j'examinerai avec les autres raisonnements, si vous voulez bien rnaccorder encore un peu d'espace demain, et j'aurai fini.

Votre, etc.,

H. A. Vekreatj, Ptre.

Membre de la Commission Scolaire.

Monsieur le Rédacteur,

Les accusations que le Cher Frère Eéticius porte contre la Commission de l'Exposition scolaire reposent sur ce raisonnement :

Un Frère de Québec a fait une entrée pour deux de ses élèves au département des beaux-arts ;

Les deux élèves ont été récompensés par ce département ;

Donc, c'est pour cela que la Commission ne veut pas nous recommander au comité permanent.

A cela la Commission répond :

Nous nions la première proposition. Non seulement rien ne la prouve ; mais les documents officiels prouvent le con traire, quelle qu'ait pu être l'intention du professeur.

Quant à la conséquence, nous la nions simplement.

A notre tour, voici comment nous avons été forcés d'en venir à notre décision.

L'entrée a été faite au département des beaux- arts par un Frère. Rien, absolument rien, ne prouvait qu'il l'eût faite autrement qu'en sa qualité de Frère des Écoles Chrétiennes.

Le département des beaux-arts a fait juger l'exposition sco-

ÏS

laire des Frères par son jury. Nous ne pouvions voir dans cet acte autre chose que la conséquence de l'entrée.

Le jury a décerné un diplôme au Cher Frères " for school exhibits." Nous ne pouvions voir là, encore une fois, autre chose que la conséquence de l'entrée.

Yoilà à quoi se réduit toute la difficulté. Mais le Cher Frère Béticius nous donne des preuves . En supposant qu'elles prouvent réellement quelque chose aujourd'hui, ce que je suis loin d'admettre, nous ne les avions pas alors. Maintenant qu'elles sont sous nos yeux, nous allons les parcourir, du moins les principales, pour ne pas trop ennuyer nos lecteurs ; mais auparavant je dois déclarer que je ne comprends pas le sens de la phrase suivante :

Les juges " nous ont décerné à notre insu un diplôme." Les Chers Frères ont vu le jury faisant l'examen de leurs produits ; plus tard,ils ont connu le résultat de cet examen par une pancarte qui a été appendue à leur section. Est-ce parce qu'il n'ont pas assisté à la délibération du jury qu'ils considèrent le diplôme accordé à leur insu ? Mais je crois que tous les prix s'accordent ainsi.

Tenons aux preuves. " Les Frères auraient pu obtenir " deux diplômes autrement."

D'abord, je l'ai déjà déclaré, nous ne les accusons ni d'avoir voulu obtenir deux diplômes subrepticement, ce qui aurait été très-mal, ni d'avoir voulu simplement obtenir deux diplômes. Au contraire, nous aurions été très-heureux de leur en voir obtenir deux et plusieurs. Le Visiteur Provincial remarque avec raison que la chose aurait été faite, s'ils avaient fait leur exposition autrement. Moi-même, au nom de la Commission, je les en avais priés, mais inutilement.

" Ainsi pas d'entrée collective, le comité industriel vient " lui-même de le déclarer dans sa réunion du 9 novembre.

Puisque le cher Frère s'appuie sur une déclaration du Comité permanent, il nous donne le droit de le connaître dans son entier. En la publiant, il aurait certement simplifié la question. Le comité n'aurait-il pas en même temps déclaré que les entrées ont été faites au nom des Frères de Québec ?

" Du 14 au 24, j'ai été tous les jours en rapport avec ces " Messieurs. S'ils m'avaient témoigné qu'il y eût quelque " irrégularité dans la conduite de mon subordonné, je l'au- " rais rappelé à l'ordre."

Du 14 au 24, la Commission a ignoré la conduite du subordonné. Aucune explication n'a été demandée pour la même raison.

Nous avons affirmé et prouvé que nous n'avions connu

que le 24 septembre la position prise par les Frères le 17 ; toute argumentation à l'encontre de ce fait devient inutile. Mais, pour pousser la complaisance jusqu'à ses dernières limites, j'examine la preuve que le Frère Réticius tire du fait que les trois feuilles ont été primées dès le 17, et que nous aurions dû remarquer la pancarte qu'on y avait fixée.

Vos lecteurs ne savent peut-être pas que l'exposition scolaire se faisait dans la partie sud de la galerie du palais de cristal et que nous avions partagée en trois pièces. Dans une de ces pièces se trouvait l'exposition des couvents, des collèges religieux et surtout celle des Frères. On parvenait à ces pièces par deux escaliers : le tambour d'un de ces escaliers avait été accordé aux Chers Frères pour y placer une partie de leurs morceaux de dessin ; mais en même temps, nqus y avions admis quelques autres exposants.

Je suppose qu'un des membres de la Commission ait aperçu et lu attentivement l'inscription suivante : " M. Arcand, prix d'écriture commerciale," par quel procédé pouvait-il voir qu'il s'agissait d'un élève fréquentant encore les Ecoles Chrétiennes ? Que ce morceau primé pour lui-même devait encore * être primé avec tous les autres produits des Frères ? Je 1 i-

gnore.

" Mais vous avez vu le diplôme du 24, bien moins en évidence."

Le diplôme du 24 était suspendu dans la pièce où la partie la plus importante et la plus considérable de leurs travaux se trouvait exposée où une inscription en grosses lettres indiquait les "Frères, des Ecoles Chrétiennes." Cest là, :omme dans les autres pièces que la foule se portait. Comment ne pas voir cette pancarte ? Comment ne pas voir qu* elle décernait un prix, non à un exposant inconnu, mais à ceux qui occupaient toute cette section ? Comment ne pas voir qu'un autre jury avait passé par là, envoyé par une autre autorité."

Il me semble que tout cela est assez clair.

Voici les arguments les plus forts qui ont été réservés pour la conclusion :

" Pourquoi, dit en substance le Cher Frère, après le 17, " m' avez- vous conservé comme membre du jury ? Donc votre " conduite dément votre affirmation."

Pourquoi ? parce que vous étiez membre du jury. Vous aviez été choisi par nous, non pour représenter i<os intérêts auprès de la Commission, mais pour être juge, et, par conséquent, représenter tous les intérêts, ou mieux ne vous occuper des intérêts de personne. Non, nous vous avions choisi à cause de vos connaissances, de votre expérience, du carac-

tère élevé que suppose la position que vous occupez dans votre Institut.

Si l'Institut des Chers Frères avait refusé de prendre part à l'exposition, si, après avoir accepté, il s'était retiré, emportant tous ses produits, votre position officielle de membre du jury n'aurait été changée en aucune manière aux yeux de vos confrères et de la Commission.

Choisies par nous et acceptées par le Comité permanent, les personnes honorables et si distinguées qui avaient bien voulu former notre jury, ne pouvaient être remerciées que pour les actes les plus graves commis par elles, en leur qualité de membres du jury.

Donc notre conduite ne dément pas notre affirmation.

" Pourquoi votre jury a-t-il examiné tous nos travaux ex- " posés, si ces travaux n'étaient pas de son ressort ? "

Evidemment, parce que nous ne lui avions pas donné d'ordre contraire, et cela pour les raisons cent fois énumérées déjà.

" ¥ous ne m'avez point rayé de la liste des membres du " jury : donc vous m'avez toujours considéré comme repré- " sentant des intérêts de notre congrégation auprès de la " Commission scolaire."

Mais la Commission ne vous a jamais considéré comme un procureur de votre congrégation. Au contraire, elle est convaincue que vous avez agi avec toute l'impartialité d'un juge éclairé.

" Vous avez examiné, du 11 au 23, tous nos travaux pro- " duits à l'exposition : donc vous considériez notre Institut " comme soumis à votre juridiction."

Evidemment, parce que jusque là nous ne pouvions pas penser qu'il s'y fût soustrait. La preuve nous en a été donnée le 24.

J ai fini.

Soyez persuadé, Monsieur le Rédacteur, que je regrette beaucoup de voir cette difficulté portée, comme je l'ai dit en commençant, au tribunal de l'opinion publique. Il aurait été très-facile de la régler à l'amiable, et les amis communs qui m'en ont parlé pourront témoigner de mes dispositions. Personne n'est plus disposé que moi à rendre justice aux Chers Frères : je l'ai fait et je le ferai chaque fois que j'en aurai l'occasion. Mais eux, de leur côté, surtout leurs supérieurs, ne peuvent oublier qu ils ont la même obligation à l'égard des autres. Cette obligation semble d'autant plus grande qu'ils sont plus élevés dans la hiérarchie de l'Institut.

Dans le cours de sa lettre, le Frère Eéticius dit que nous

ne pouvons guère reprocher à la congrégation que les quarante-deux années de dévouement, et la vie de trois cents sujets qu'elle sacrifie pour le bien du Canada.

Oui, ce dévouement de quarante-deux années mérite notre reconnaissance : mais le Cher Frère doit savoir que sur cette terre du Canada, il y a aussi d'autres dévouements qui ne se sont jamais démentis, les uns depuis cent ans, d'autres depuis deux siècles, pour ne parler que des plus anciens.

Nous leur devons au moins une égale reconnaissance et une égale justice. Il ne doit pas oublier que si leur Institut obtient des succès bien mérités, d'autres maisons en obtiennent ; que parmi les écoles qui n'ont reçu, comme eux, qu'un diplôme de première classe, il s'en trouve à qui le jury a accordé une somme plus élevée de bons points qu'aux Chers Frères eux-mêmes.

J'ai l'honneur d'être avec reconnaissance, M. le Rédacteur, Votre serviteur,

H, A. Verreatj, Ptre, Membre de la Commission Scolaire.

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