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Ma note rectificative, toute modérée qu’elle était, a, paraît-il, donné étrangement sur les nerfs du R. M. Verreau ; le voici qui entre en lice avec desallures guerrières, menaçant de fustiger fort et ferme le téméraire ‘“ M. Frère Réticius.”” % Lui seul,” dit-il, pourra se plaindre des conséquences.” Attendons la fin, Monsieur le Principal, et nous verrons.
Dans un accusé de réception que j'adressais, il y a quelques jours, au R. MVerreau, je lui disais: “Je regrette, Monsieur le Principal, que ce soit la plume d’un prêtre qui ait accepté de me faire cette notification.” Aujourd’hui, combien je regrette davantage—et le clergé partagera mon sentiment—que ce soit encore la plume d’un prêtre qui entreprenne de discuter devant le public une question qu’il eût-étéïsi facile et si sage de régler à huis-clos! Etant donné ile personnel de la Commission scolaire, c'était naturellement à Monsieur le Principal de l’Académie du Plateau qu’incombait la tâche qu'a choisie ou acceptée le R. M. Verreau. Et si ces faits passent outre-mer, quels applaudissements M. le Principal de l’Ecole Normale ne méritera-t-il pas, à son tour, des maîtres du jour !
Malgré la disproportion de talents, d’habileté et de savoir-dire qui existe entre le malheureux Frère Réticius, peu habitué aux discussions "publiques, et le R. M. Verreau, rompu au maniement:de la plume et aux luttes de la vie, fort de la vérité et de la justice, je suivrai néanmoins mon honorable contradicteur ; et, citant des faits sur lesquels, par ignorance ou par calcul, il garde le silence, rectifiant ou complétant quelques citations dénaturées, j'arriverai, j’en ai la confiance, à mettre dans tout son jour la question en litige, et à montrer de quel côté, de la Commission scolaire ou de l’Institut, se trouvent la franchise et la loyauté et qui, finalement, de M. le Principal ou du Fr. Réticius, restera dans les filets,
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À l’exemple du R. M. Verreau, je reprendrai les choses d’un peu plus haut. La question du diplôme n’est qu’un incident d’un plan ourdi avec art et exécuté avec une rare habileté. Les détails bien saisis feront juger de l’ensemble, et permettront au lecteur de découvrir sans peine la main qui tient le nœud auquel se rattachent les divers fils du réseau. Rien, cependant, de nouveau dans la tactique ; c’est la réédition, sans doute inconsciente, des industries employées, depuis vingt ans, dans la mère-patrie, contre les congrégations religieuses. Comment, en effet, n'être pas frappé de l'analogie des moyens ?
En France, par exemple, les conseils municipaux ou départementaux construisent, avec les deniers des contribuables, de splendides maisons d’écoles qu’ils meublent avec luxe; ils y placent des maîtres qualifiés à gros traitements. Pour raison d'intérêt personnel ou d'amitié, ils établissent, dans ces écoles, l’uniformité de programmes, de livres et de méthodes; un inspecteur particulier est chargé du contrôle et de la direction des études ; sa juridiction, s'étendant sur la plupart des écoles de la cité, lui permet d’écrémer les classes pour fournir à une école spéciale, décorée généralement du tiire d’industrielle, et dont il fait son œuvre de prédilection. Pour recruter plus facilement des élèves, on vôte des bourses, on fournit gratuitement les effets classiques. Afin de tromper les simples et détruire toute hésitation chez les parents chrétiens, on met une enseigne: l’aumônier. Entrer en charge, c’est, pour ce monsieur, recevoir une sinécure. En effet, ce poste ne requiert pas des qualités transcendantes : un certain décorum universitaire qui pose, un dévoûment à émerger au budget, une indifférence qui laisse faire et dire, de la constance à attendre
le bénéfice d’une honorable retraite ou la gloire des palmes académiques; voilà à peu près toutes les vertus qu’exigeaient jadis de leurs aumôniers les Chanceliers de l’Université. Aujourd'hui, grâce à la piété de M. Ferry, le système s’est simplifié : désormais, l'instruction sera civique, luïique, c'est-à-dire athée ; ainsi, plus d’aumôniers: débarras pour l'institution, repos de conscience pour les élèves et économie pour le budget !
Et c'est ainsi que, au nom de la libarté, en oblige les parents catholiques à payer deux fois pour l'éducation de leurs enfants: une fois à l’école municipale qu'ils repoussent et une fois à l’école libre qu'ils préfèrent ; au nom de légalité, on refuse le chauffage à celle-ci, tandis qu’on vote à celle-là des voyages, des fêtes, des galas ; au nom de la fraternité, on creuse entre les citoyens de la nation des abîmes que les siècles seront impuissants à combler ; c'est ainsi que, sous le couvert de la religion, étonnée de se trouver en telle compagnie, on extirpe du cœur de l'enfant les derniers vestiges de Ia foi, on corrompt par le scepticisme la source des générations futures et l’on établit l’infernal apostolat des communions sacriléges (1). Qu'on médite ces tristes paroles de l’une des victimes de cette éducation officielle, Alfred de Musset: “ Qui, s’ecrie-t-il, osera jamais raconter ce qui se passait alors dans les écoles ? Les hommes doutaient de tout ; les jeunes gens nièrent tout. Les poëtes chantaient le désespoir, les jeunes gens sortirent des écoles, avec le front serein, le visage frais et vermeil, et le blasphème à la bouche. Les cœurs se flétrirent comme des fleurs brisées ; au lieu d’avoir l'enthousiasme du mal, nous n’eûmes que l’abnégation du bien ; au lieu du désespoir, l’insensibilité. Des enfants de quinze ans, assis
(1) Si quelqu'un était tenté de voir de l'exagération dans ces détails, il est prié de consulter le journal l'Univers, années 1870-1880,—La Conjuralion antichrélienne, par l'abbé Verniolles, et surtout Les sociélés secrèles, par Claudius Jannet et les divers opuscules de Mgr Dupanloup sur l'éducation.
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nonchalamment sous des arbrisseaux en fleur, tenaient pour passe-temps des propos qui eussent fait frémir d’horreur les bosquets immobiles de Versailles, La Communion du Christ, l'hostie, ce symbole éternel de l'amour
céleste, servait à eacheter des lettres. Les enfants cra-
chaïient le pain de Dieu. Heureux ceux qui échappè-
rent à ces temps! Heureux ceux qui passèrent sur les
abîimes en regardant le ciel! Il y en eut sans doute,
et ceux-là nous plaindront.”
Grâce à Dieu, le Catholique Canada n’en est point là ; les prêtres nombreux qui y travaillent à l'éducation de la jeunesse, sont des modèles de régularité, de zèle et de dévouement ; mais que, sentinelle vigilante, il garde ses avenues ; le serpent révolutionnaire se glisse partout et dissimule sous mille formes ses replis tortueux. Ce n’est point sans motif que tout récemment, le premier Pasteur de ce diocèse écrivait à ses prêtres : “ Prions, et sous l'œil de Dieu et la direction de nos guides naturels, les évêques, veillons sur la marche des idées dans notre pays, et convainquons-nous que les mouvements d'idées, qui ont produit des résultats subversifs dans d’autres endroits, arriveront aux mêmes fâcheuses conséquences ici, si nous ne les enrayons dès le début de leur apparition au milieu de nous. ”
Le lecteur attentif verra sans peine où est le danger ; quant à moi, je ne veux en signaler présentement qu'une seule cause, celle qui va à ma thèse : l’uniformité des programmes.
Le 28 août, M. U. E. Archambault n'écrivait la lettre: suivante :
Bureau du Surintendant local,
Montréal, 28 août 1880.
Mon très-cher Frère,
Je suis chargé par le Bureau des Commissaires d’Ecoles Catholiques de Montréal de vous trans-
mettre la résolution ci-jointe, adoptée à la séance du 10 mars 1880, et de vous assurer en même temps que vous pourrez enseigner toutes les matières du cours d’études, dont j'inclus ici une copie, avec vos livres et vos méthodes,
Le but de la résolution est d’obliger les directeurs de chaque école à veiller à ce que toute les matières indiquées au programme soient enseignées uniformément et et dans la mesure que le veut le Bureau.
Agréez, mon très-cher Frère, mes salutations respectueuses, et veuillez me croire,
Votre très-humble serviteur, U. E. ARCHAMBAULT, Surintendant.
Au très-cher Frère RérTicius, Provincial.
Extrait des régistres tenus par les Commissaires d’E-
coles Catholiques Romains de la cité de Montréal. Séance du 10 Mars 1880.
Présent : Messire V. RousseLor, Ptre. S.S., Président. Monsieur le Chanoiïine P. $S. DUrRESNE.
P. S. MurPuy, écr.
JACQUES GRENIER, écr.
E. C. Monk, écr.
Jiésolu,—Que le cours d’études tel qu’adopté par le Bureau, soit mis en force dans toutes les écoles sous scn contrüle, et qu’avis de cette résolution soit communiqué à toutes les écoles, et de plus, que le Surintendant local voie à l’observation de ce règlement.
(Signé) V. RoussELor, Ptre. S.S., Président.
M. C. Desnoyers, Sec.-Trés.
(Vrai extrait.) U. E. ARCHAMBAULT,
Assist. Sec.-Trés,.
Ainsi, MM. les Commissaires de Montréal ont un Surintendant local, qui est en même temps Principal de ‘l'Académie du Plateau. Afin de faire de toutes les éco-
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les de la Cité sous le contrôle du Bureau, un foyer de recrutement pour l’Académie du Plateau, M. Archambault a fuit adopter au Bureau le programme de son école et m'ordonne ,deïl’établir dans nos deux écoles de Ste Brigide et du Sacré-Cœur ; et, pour me faire digérer la pilule, il me dit avec une naïveté charmante que “ nous pourrons enseigner toutes les matières du cours avec nos livres el nos méthodes.”
Cette insinuation est sans doute une distraction de M. le Surintendant local ; lui, vieux praticien, comment at-il pu écrire ceci sans rire ? C'était me dire équivalemment : “ Je ne veux!rien changer à votre constitution physique, je vous permets de triturer avec vos dents, et de digérer avec jvotre estomac; mais j'exige que vous preniez mes aliments.”
Et veut-on connaître jusqu'où va la générosité de MM. les Commissaires dans la liberté qu'ils nous accordent de suivre nos méthodes ? Qu'on médite ce document :
‘ Monsieur le Directeur de l’Académie de garçons du Sacré-Cœur demande douze grandes planchettes et trente petites pour l’enseignement du dessin linéaire.
Résolu, —Que cette demande ne peut être accordée et que les RR. Frères sont priés d'adopter la méthode de dessin industriel de Smith, en usage dans les autres écoles sous son contrôle, et qui ne réclame pas un outillage aussi dispendieux.”
Au Plateau, Académie de M. le Surintendant local, coulent la rosée du ciel et la graisse de la terre ; à notre Académie du Sacré-Uœur ne peuvent pas même se trainer quarante-deux pauvres planchettes !
Ces faits m'intriguaient vivement. J'y retrouvais les
allures de nos maîtres de France ; cette manie de régle-
mentation, de programmes, d’envahissement à petit pied sur les communautés religieuses ; quelques notes laissées lci par mon vénéré prédécesseur, le cher frère Armin-
Victor, me confirmèrent dans cette pensée, (Cependant, pour avoir le cœur net sur cette affaire, j'écrivis, à la date du 2 septembre, la lettre suivante à Monsieur Rousselot, président des Commissaires d’Ecoles :
À Monsieur Rousselot, Président des Commissaires d’Ecoles catholiques de la cité de Montréal.
Monsieur le Président,
J'ai reçu, tout récemment, de M. le Surintendant local lu lettre ci-jointe :
Suit la lettre de M. Archambault.
À mon avis, Monsieur le Président, ce document est de la plus haute gravité, et, en attendant quelques explications de votre part à ce sujet, j'ai donné ordre aux chers Frères Directeurs de Ste-Brigide et du Sacré-Cœur de le considérer comme non avenu ; car je ne saurais croire que Monsieur le Curé de Notre-Dame et M. le Chanoïine Dufresne aient signé sans protestation une pièce de cette nature. On me dit, il est vrai, que, l’un et l’autre, vous avez entendu ne point comprendre nos deux écoles au nombre de celles auxquelles vous prétendez imposer le programme Archambault ; dans ce cas, M. le Président, vos intentions seraient singulièrement interprétées par M. le Surintendant local.
J'espère recevoir de votre obligeance quelques détails sur le document précité, et vous prie d’agréer les sentiments de profond respect avec lesquels
Je suis, Monsieur le Président,
Votre très-humble serviteur, FR. RéÉTICIUS, Visiteur- Provincial.
Monsieur Rousselot eut l'extrême obligeance de m’apporter lui-même sa réponse, et m’apprit que lui et M. Dufresne avaient demandé et obtenu, à la réunion du 19 mars, l’'exemption du programme pour $te-Brigide et le: Sacré-Cœur ; que, tandis qu’ils étaient à la retraite, ces
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autres messieurs avaient revisé la résolution du 10 mars et l’avaient étendue à nos deux écoles ; enfin que, grâce à leurs protestations indignées, ils avaient pu faire insérer la clause illusoire que, tout en enseignant le programme, ‘ nous pourrions suivre nos livres et nos méthodes.”
Je profite de cette occasion pour offrir à Monsieur le Curé de Notre-Dame et à Monsieur le Chanoine Dufresne l'expression de ma bien vive et bien sincère gratitude,
Cet incident me permet de tirer trois conclusions: la première, c’est que M. Archambault sait admirablement profiter de la situation pour étendre son influence sur les écoles de la cité; la seconde. que, étant tout à la fois Principal de l’Académie du Plateau et Secrétaire du Bureau de MM. les Commissaires, ceux-ci doivent être parfois assez embarrassés pour traiter en toute liberté en sa présence les questions qui concernent son académie ; la troisième, enfin, que, si les communautés religieuses et même les institutions laïques étaient obligées d'accepter un programme partout où il plairait à M.M. les Commissaires de l’imposer, l'éducation deviendrait bientôt une véritable Babel.
Nous sommes à la fin du mois d'août et nous touchons à l'ouverture de l'Exposition, fixée au (4 septembre. Une commission spéciale classe les travaux scolaires que vingt et une de nos communautés ont envoyés à la rue Cotté, dès la fin de Juillet. Le 14 septembre, tous nos produits sont exposés au Palais de Cristral, dans l’'emplacement que nous a assigné la Commission scolaire. L’Exposition s'ouvre ; la foule circule serrée, avide de voir, de comparer, de juger ; c’est au milieu d’un tohu-bohu indescriptible que le jury commence ses travaux. Le malin, comme dit St. Jean, inspire quelque officieux, et
bientôt M. le Surintendant dit à uu de nos frères gardiens : “Il paraît que les Frères se plaignent du peu d'espace que leur a assigné la Commission.” Ce n’était là qu’un grain de sable; maïs, dans les rouages humains, il faut si peu pour détraquer la machine ! Je m'empressai donc de l’enlever, en affirmant à M. le Surintendant que, loin de nous plaindre de l’espace qu’on nous avait affecté, nous en étions, au contraire, fort satisfaits et très-reconnaissants. Je rappelle ce détail infime, car je sais que, pour insignifiant qu’il soit, il a été cité comme chef d’accusation contre nous par un grave Monsieur qui, sans doute, n’y croyait nullemment.
On est au 17 septembre. A la demande de deux de ses élèves, un de nos professeurs de Québec fait, ce même Jour, une entrée au département des Beaux-Arts pour trois feuilles de calligraphie, dont ils sont les auteurs. C'est cette entrée, faite sans prévenir la Commission scolaire, qui sert à ces MM. de pivot d’accusation contre nous. Je l’avoue, il était convenable que, en cette occasion, le cher Frère Professeur prévint MM. les Commissaires; la complaisance du maître l’a emporté sur la prudence de l’exposant.
Le 17 même, le jury des Beaux-Arts prime les trois spécimens ; trois pancartes délivrées aux noms des élèves MM. Arthur Arcand et Ernest St Pierre sont fixées aux feuilles et y demeurent de ce jour au 24, c’est-à-dire jusqu’à la clôture de l'Exposition.
Le comité qui avait primé les trois feuilles d'écriture étend, de son propre mouvement et sans nous prévenir, son examen à toute notre collectivité, et le 24, en arrivant à l'Exposition, nos deux Frères gardiens trouvent fixée au rayon de nos travaux scolaires une pancarte qui porte :,
Les FRÈRES DES EcoLes CHRÉTIENNES.
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La citation n’est peut-être pas textuelle ; tout à l'heure on en saura la raison. Les trois pancartes, fixées dans le tambour de l'escalier depuis sept jours, n'avaient point attiré l’attention, celle-ci n’est pas sitôt aperçue qu'elle donne l'éveil à tout un camp. Environ cinq minutes après l’arrivée de nos deux Frères, vinrent les employés de M.le Surintendant et quelques élèves de l’Ecole Normale Jacques-Cartier ; à la vue de la pancarte, grande fut leur surprise. Bientôt se joignirent à eux quelques membres du jury de l'Exposition scolaire ; les groupes se formèrent et on chuchota avec animation. M. Archambault se détache de son groupe, et, s’approchant du professeur qui avait fait l'entrée du 17, lui demande : ‘ Qui a fixé cette pancarte-ci ?” “ Je l’ignore, M. le Principal” “Il faut que vous ayez fait une entrée expresse au Département des Beaux-Arts; autrement, vous ne sauriez avoir une distinction de ce genre.” “ Monsieur le Principal, je n’ai fait aucune entrée duns ce but au Département de M. Stevenson, et je ne sache pas que personne en ait fait une.” Environ un quart d'heure après ce bref dialogue, M. le Surintendant de l’Instruction Publique se présente sur la scène, où l’animation, attisée par de nouveaux personrages qui arrivent, prend une remarquable extension.
Après quelques minutes de tête-à-tâte dans son office avec M. Archambault, M. Ouimet vient examiner la pancarte, objet d’un cel émoi. Mêmes questions de sa part à notre professeur ; mêmes réponses de celui-ci à M. le Surintendaut : “ Il n’y a eu d’entrée faite que pour les trois feuilles de calligraphie de MM. Arcand et St. Pierre, que vous voyez là,” répète le professeur “ Ce n'est pas cela, réplique M. le Surintendant ; pour obtenir ce diplôme, il faut que vous ayez fait une entrée spéciale au Comité des Beaux-Arts; et, sur ce, il se retira. Les petits rassemblements continuèrent encore
quelques instants ; puis, petit à petit le calme se rétablit. C'était midi passé; nos deux Frères descendirent au restaurant pour diner, et. à leur retour, la pancarte avait disparu. Comment? Dieu sait.
Le 25, c'est-à-dire le lendemain, j'informais M. le Surintendant du témoignage flatteur que le comité des Beaux-Arts venait, à notre insu, de rendre à l'excellence de nos méthodes, et de l'enlèvement de la pancarte dans les circonstances sus-énoncées. M. le Surintendant me répondit le ler octobre par une lettre où, tout en me témoignant son regret pour l'enlèvement de la pancarte, il persiste daus sa pensée de la veille, à savoir que nous avions fait une entrée spéciale pour la collectivité de nos travaux. Comme on le voit, ni l'affirmation de notre professeur ni la mienne n’ont pu dissuader M. le Surintendant de cette idée.
Tandis que ces faits se passaient, pour ainsi dire sur le terrain de l'Exposition, ailleurs s’en produisaient d’autres qui, quoique de peu de valeur en apparence, méritent d’être rapprochés de ceux que je viens de raconter.
Un ami de notre Institut, frappé du ton qui présidait à la rédaction d’un certain jo1rnal de la ville, prépara un article plein de vigueur où, tout en rendant hommage aux écoles de MM. les Commissaires de Montréal, il blàmait cet esprit exclusif qui dirigeait la plume du correspondant, et faisait des vœux pour la conservation des méthodes suivies dans les congrégations religieuses. Cet ami avait préalablement demandé l'hospitalité dans les colonnes du journal ; sur une réponse affirmative du bureau, l’article est envoyé pour paraître, je crois, le 21 ; il n’est publié que le lendemain, et eu quel costume ! On y avait taillé ad libitum, et on l'avait réduit au moins de moitié.
Ce qui n’empêcha point la rédaction d'envoyer à l’au-
se rétablit.
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teur de cet article les cinquante numéros qne celui-ci avait demandés.
Nous donnons in extenso l’article en question, en
soulignant les parties retranchées par le journal.
Monsieur le Liédacteur,
Dans son numéro du 18 septembre, votre excellent
“ journal disait, dans un article dû à la plume de quelque
correspondant, que les Commissaires Catholiques de Monttréal pouvaient être fiers de leur exposition scolaire. Nous ne contestons pas à ces messieurs leurs droits à la fierté,
‘ en face de leurs œuvres; mais nous désirons vivement
que ces droits ne fassent pas complètement oublier les droits d'autrui. Serait-ce l'effet d’un parti pris ? serait-ce plutôt par crainte de la comparaison et de l’infériorité relative ? l’auteur de l’article auquel nous faisons allusion, ne dit rien des travaux des écoles sur lesquelles messieurs les Commissaires n’ont pas la haute main. Désireux de sonder ce mystère, nous venons de faire une
* visite à l'Exposition, afin de nous convaincre, par nous-
mêmes, que les éloges décernés ar x écoles laïques étaient mérités de tout point, et surtout afin de constater qu'elles n'avaient aucuns concurrents sérieux, puisqu'on n'en parlait pas. L'infériorité des écoles protestantes établie et reconnue, nous avons inspecté les travaux des élèves des chers Frères des Ecoles Chrétiennes. Dieu! quelle méthode, quels dessins, quelles cartes, quelles études de tous genres et quels succès ! Ce premier coupd'œil seul nous a révélé la cause de la persécution dont ces maîtres incomparables sont l’objet en France : on désespère de les surpasser, de les égaler même; alors il faut s'en défaire. Certains écrivains canadiens, en ne parlant que de certaines écoles, de certains élèves, de certains travaux, sembleraient vouloir emboîter le pas des Ferry et des Brisson, et le même motif paraîtrait les faire agir, parler, se taire surtout. Le proverbe auraitil donc ici son application: “ Dis-moi qui tu fréquentes. et je te dirai qui tu es?” Maïs, écartons ces pensées et augurons mieux de l'avenir. Oui, augurons bien de l’avenir, tunt que les congrégations religieuses d'hommes