‹ Réponse aux cinq lettres du R. M. Verreau [microforme]Chapitre 5 sur 20 · DAT NE ET SE EE CES TS · texte numérisé non relu

DAT NE ET SE EE CES TS

conditions peu honorables pour le ministère public; la Belgique, qui vient de chasser Dieu de l’école par une loi si justement appelée la loi du malheur. Ces conférences y sont faites par les Inspecteurs de l'Etat, qui y enseignent la doctrine et la morale de l'Etat ; aussi rapides sont les progrès des auditrices! L'une d'elles, Mlle Royer, résumait, l’autre jour, en ces trois mots toute la morale pédagogique de cesréunions: “ Plus de morale ! ” C’est l'Allemagne, depuis dix ans en guerre contre l'Eglise, qu’elle a chassée de partout, excepté du cœur de ses glorieux pontifes, de son admirable clergé et de ses intrépides enfants. Ici encore, ce sont les Inspecteurs officiels qui président les conférences, qui donnent le ton aux discours des orateurs. La politique, la haine de l’ennemie héréditaire, la morale d'Etat ; voilà le thème obligé de ces réunions. Si je ne craignais d’être trop long et plus encore de blesser l'oreille de mon lecteur, je citerais des faits ; au moins, je lui conseille de lire l'ouvrage de Tissot, qui a pour titre : “ Voyages aux pays annexés ”, principalement le chapitre X de la 3e partie : l’Æcole. En France, le pays de la lumière révolutionnaire, l’œuvre des conférences aux Institutrices est plus développée, plus prospère, plus féconde qu’en Belgique et en Allemagne. Si l’on veut connaître l’esprit qui a présidé à l'établissement de cette œuvre, que l’on ne récite pas le Veni Sancte Spiritus, mais que l’on chante la Marseillaise. Chacun se rappelle les luttes de Mgr. Dupanloup contre le mimistre Duruy, fondateur des conférences féminines. Les institutrices qui y prennent part peuvent se diviser en trois classes: les institutrices Zlibres-causeuses ; les institutrices libres-penseuses et les institutrices ibresviveuses. Voici quelques articles élaborés dans ces aé ropages républicains par les nouveaux archontes en jupon. “ 11 faut débarrasser les enfants des vieux préjugés qui énervent les caractères et troublent les intelligences.”

“ Les idées religieuses détournent les enfants des intérêts terrestres et les rendent inhabiles à la vie pratique.” (Univers, 4 août 1871).

‘ J'ai pris l'antiquité pour modèle, dit l’une d'entre elles, et j'ai la religion du plaisir.”

Madame Simon, présidente d’une commission pédagogique, s’écriait dans la séance du 5 janvier 1871 :

‘ La liberté est bonne en principe, détestable en pratique: si nous n’excluons pas absolument nos cuncurrents, il ne nous sera pas possible de lutter. ‘“ Nous serons “vaincus,” et ce sera comme si rien n'avait été fait, Commençons par former des générations selon nos idées : à celles-ci nous pourrons accorder la liberté. Jusques-là réduisons nos adversaires au silence et à l’immobilité.”? La présidente appuyait vigoureusement cette manière de voir : “Si nous admettons les représentants des écoles libres élus dans les conseils d'examen, disait-elle, nous aurons des congrégani-tes, et c’est ce que nous ne voulons pas. ‘ Tout serait perdu.” ”

Cette zélée présidente voulait aussi des écoles mixtes, où seraient mêlés les garçons et les filles, mais elle demandait que l'Etat seul eût le privilége d'ouvrir des écoles mixtes. “ Ce n’est que plus tard, disait-elle, que nous autoriserons des écoles libres. D'ailleurs, nous ne l'avons pas dissimulé, nous voulons surveiller les écoles libres, les contrôler, les réprimer. Il faut qu’elles cèdent, “qu’elles succombent, qu’elles disparaissent !” Accorder la liberté à nos adversaires, ‘“ ce serait nous tuer, ” ce serait insensé !”

Quelques observations furent faites. On proposait de garder au moins certaines réserves à l'égard des écoles indépendantes. Mais Mme Simon, la terrible et avisée présidente, répondait prudemment .

‘ Vous ne savez pas contre quelles forces vous auriez à lutter! C’est une bataille que nous aurions à livrer, et

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nous serions vaincu, Ne permettons pas aux écoles congréganistes de combattre ; obligeons-les à ‘ obéir et à se “ taire!” ”

Les conférences sont plus généralement androgynes, et on oblige nos pauvres religieuses à y assister, à y prendre la parole! L'une d'elles m'écrivait la semaine dernière : “ Nous venons d’avoir notre conférence pédagogique à X...; on a fait aux religieuses l'honneur de la parole. M. l’Inspecteur nous a donné ses avis, ses ordres ; défense d’avoir une fleur, une bougie devant l’image de la T.S. Vierge: c’est de l'idolatrie. À. B.., on aproscrit les Cantiques en classe et recommandé la Marseillaise comme un chant sacré! O temps! Ô mœurs !”

Actuellement la Belgique, l'Allemagne et la France réalisent dans le domaine de l’enseignement le programme de la révolution, programme qu’un écrivain résumait récemment en trois mots: l'Etat sans Dieu, l Etat-Dieu et Etat contre Dieu.

Est-ce là le moyen que préconisait au Congrès l’honorable M. Cloutier ?

Un mot des grands maitres, et surtout de l’immortel Pestalozzi. Coménius, chacun le sait, était un ministre protestant, qui a dû être étonné de se voir proposé comme modèle à des instituteurs catholiques ; son plan d'éducation est celui de Luther, plagiaire lui-même de

la célèbre Compagnie de Jésus, qu’il détestait si cordialement.

L'emploi des images, comme moyen d'instruction, n’est point une invention de Coménius ; il y a 18 siècles que l’Eglise s’en sert pour instruire et élever ses enfants !

Voici Pestalozzi, l'inemortel Pestalozzi! A quel titre

Pestalozzi mérite-t-il d'être cité comme modèle aux instituteurs du Canada ? Est-ce pour son esprit de confraternité ? Mais il a dû prendre plusieurs fois la fuite devant Thémis, qui lui faisait les gros yeux; pour avoir dénoncé

injustement ses collègues. Est-ce comme agriculteur ? I] sema le sainfoin, cultiva la garance, et ne recueillit que la banqueroute. Est-ce comme type d'organisation et d'économie domestique ? Sa maison était une boutique de bric-à-b1 ©. Est-ce comme négociant ? La fortune lui multiplia les déménagements et le laissa mourir dans la misère. Est-ce comme écrivain ? Ses trois volumes, Les soirées d'un solitaire, Léonard et Gertrude, Comment Gertrude élève ses enfants, ne sont qu’une compilation indigeste de ses utopies pédagogiques. Est-ce comme éducateur ? Nul ne fut moins éducateur que Pestalozzi; son compatriote, le P. Grégcire, lui disait : “ J'aurais trente enfants à élever, que je ne vous en confierais pas un seul.” KEst-%e comme formateur de maîtres ? Personne, tant soit peu versé dans l’histoire de la pédagogie, n’ignore que la discorde entre ses maîtres l’obligea de quitter sa propre maison d’Yverdon et d'aller mourir loin de son œuvre. Est-ce comme pédagogue ? Sa méthode, dit Charbonneau, fondée uniquement sur le nombre, la forme et le nom, a deux lacunes regrettables : l'absence de toute direction morale et celle de tout moyen d'émulation. Quelle création, quelle œuvre de génie a donc produite l’immortel ? Mais, me répondent de toutes parts les pédagogues du jour, n'est-ce pas à Pestalozzi que l’on doit la méthode intuitive? Je réponds hardiment: Non! “Le premier et grand maître d’intuition, dit judicteusement M. De Clèves, c’est N. $S. Jésus-Christ” En effet, ouvrez l'Evangile, et vous y trouverez à chaque page l’application de la méthode intuitive, les leçons de choses, autre invention dont on fait hommage à Mme Pap. Carpentier. Pestalozzi a su dépouiller les enseignements du divin Maître de toute sève et de toute vie, c’est-à-dire du surnaturel; tel est le côté saïllant de sa méthode et la raison qui le rend l’idole des pédagognes actuels. Que les rationalistes et les libres-penseurs belges, allemands et

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Je passe sur le Vicaire-Savoyard et sur M. Ferry ; l'un est connu et jugé depuis longtemps, l’autre se prépare une place d'honneur au Panthéon des grands hommes. Toutefois, M. Cloutier fera bien de cribler sa semence, car celle qu’il a répandue au Congrès ne renferme pas mal de zizanie. Il me pardonnera, je l'espère, cette rectification à sa conférence, du reste admirablement écrite et pleine de choses fort intéressantes,

Je reviens au Congrès, Il ne m'appartient pas de faire l'historique de cette intéressante assemblée, ie me boruerai donc à mon sujet: l’unyformité de livres dans l'enseignement.

Au mois de juillet, une loi dont l’enfantement est encore enveloppé dans les ombres du mystère, est apparue comme un spectre. Cette loi, votée par la Législature de Québec, a pour titre : “Acte pour amender de nouveau les lois de l’Instruction publique en cette province, concernant le dépôt de livres” Chef-d'œuvre d’habileté et de finesse, cet acte est un vrai scorpion dont la queue dissimulée artificieusement sous la tête, recèle un venin mortel. En effet, qui supposerait que, sous un titre si bénin, se glissent des articles comme ceux-ci :

8. Après la mise en vigueur du présent acte, le Conseil de l’Instruction Publique, c'est-à-dire le comité catholique ou le comité protestant du dit conseil, selon le cas, devra, d'ici au premier jour de mai 1881, reviser la liste des ouvrages classiques, livres, cartes,

globes, modèles ou objets quelconques qu’il a approuvés jusqu’à ce jour.

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