PRÉLIMINAIRES
Résumé des opinions émises par les partisans de la réforme chrétienne dans. l'enseignement—Conduite tenue par M. l'abbé Chandonnet dès que cette réforme fut proposée—Ses dernières attaques—Il veut la guerre à tout prix.
On se rappelle, nous ne pouvons pas dire avec bonheur, le trop fameux M. l'abbé Chandonnet. 11 y a presque tout juste trois ans, il eut occasion de montrer ce qu’il était et de se faire apprécier à sa juste valeur.
Des hommes au sens droit, aux intentions pures, aux vues profondément chrétiennes, voyant le mal déborder à flots sur la société, jugèrent opportun de proposer et de solliciter une réforme dans l'enseignement. Cette réforme, préconisée par tout ce que PEglise et l’État comptent de plus grand et de plus illustre dans leur sein, devait consister à faire étudier davantage les auteurs chrétiens aux jeunes élèves des colléges et conséquemment à diminuer la dose de paganisme qu’on leur administre chaque jour, d’après les programmes d’études que nous a légués la Renaissance.
La raison qu’ils firent surtout valoir, c’estque pour former des chrétiens, seul but de l'éducation, il faut parler christianisme aux enfants sur tous les tons et sous toutes les formes, tous les jours et à chaque heure du jour. Car, de même qu’il serait absurde de passer la majeure partie de son temps à étudier la législation, les mœurs et les superstitions des anciens Iroquois pour se préparer à figurer dignement dans la haute société, de
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même l’est-il aussi de consacrer la plus belle et la plus précieuse portion de son existence à l’étude des lois, des mœurs, de la philosophie, de la religion, en un mot de tous les faits et gestes des anciens Grecs et Romains, quand on est appelé à vivre dans la grande société chrétienne.
D'ailleurs, la parole du catéchisme est là, et jamais on ne pourra la biffer, quoi qu’on fasse : l’homme a été créé pour connaître Dieu, l’aimer, le servir et par ce moyen arriver à la vie éternelle.
Il faut connaître Dieu. Or, Dieu est la vérité par essence ; donc c’est la vérité qui doit être l'aliment de nos intelligences, dans le jeune âge surtout, puisque l'Esprit Saint nous déclare que cette époque est décisive dans la vie; c’est la vérité et la vérité pleine et entière, sans aucun mélange d’erreur qu’il faut étudier; vérité par conséquent qu’il faut puiser aux véritables sources : les Saintes Ecritures et les œuvres des grands écrivains catholiques, qui ont été les lumières de l’Eglise, et qui n’ont fait que commenter le dépôt sacré que Dieu a commis à sa garde.
Il faut aimer Dieu; donc il faut étudier les divines manifestaiions de son amour infini pour les hommes ; et, comme elles ne se trouvent consignées que dans les sources mentionnées plus haut, c’est donc à elles encore qu’il faut puiser pour faire cette étude.
Il faut enfin servir Dieu ; done il faut connaître ses adorables volontés et y conformer notre conduite. Par conséquent, ce sont encore les mêmes livres qu’il faut interroger pour savoir quels sont les préceptes qui nous sont imposés, les obligations que nous avons à remplir et les conseils qui nous sont donnés. De plus, comme les Vies des Suints sont la mise en pratique des préceptes et des conseils évangéliques, il est indubitable qu’elles doivent être comptées au nombre des matières qui forment un enseignement vraiment chrétien.
Donc, en définitive, les Saintes Ecritures, les écrits des Pères de l'Eglise, dans les parties qui sont à la portée des jeunes gens et qui leur conviennent, les Vies des Suints, voilà ce qui doit faire le fond des études classiques.
Quant aux auteurs paiens, les partisans de la réforme chrétienne de lenseignement demandèrent avec instance qu’ils
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Telles furent en substance les idées suggérées par ceux qui voulaient un enseignement plus en rapport avec notre vie sociale et religieuse. Or, le fait est qu’elles déplurent beaucoup à M. l’abbé Chandonnet. Nous ne saurions dire si ce fut par raison ou par instinct qu’il se prit de haine pour la méthode proposée ; tout ce que nous savons, c’est qu’il se cabra tout d’abord. Il prit ensuite le mors aux dents, et, dans les champs du gaumisme, comme il se plait à dire, il caracolla en indiscipliné qu’il était.
Chose incroyable! Au moment même où il stigmatisait la méthode chrétienne d’enseignement, il préconisait, en présence de jeunes élèves en philosophie, Descartes mis à l’index pour d’excellentes raisons. A l’en croire, lire et étudier Descartes, c’était le vrai festin des hautes intelligences. Il n’en fallait pas davantage pour aiguiser l’appétit de ses jeunes disciples et les rendre passionnément désireux de toucher au fruit défendu. Pour ne rien dire de plus, pareille conduite ne s’explique guère de la part de celui qui a toujours voulu se donner comme la vérité tangible et parlante. Nous aurons le mot de l’énigme quand nous serons arrivés au dernier chapitre de la présente brochure.
Bref, M. l’abbé partit pour PEurope dans un concours de circonstances telles qu’il dut s’estimer heureux d’avoir à changer de théâtre, au moins pour un temps. Malheureusement, il ne comprit pas assez sa position. Les affaires se compliquèrent pour lui pendant le voyage (nous pourrons donner d’amples détails si M. l’abbé le désire); arrivé à Rome, il reçut des nouvelles qui lui firent froncer les sourcils, et de fait, il y avait de quoi. Les portes du Séminaire de Québec lui étaient fermées ; il l’apprit à ses amis par une phrase qui, venant de lui, surprit tout le monde par son odeur ascétique : M. L’ABBÉ SE FAISAIT PASSIONNISTE.
On parla, on conjectura, on prophétisa à ce sujet, et les plus incrédules étaient sur le point de croire à la vocation religieuse de M. l’abbé, quand on le vit soudain, en août, 1857, reparaître en Canada. Un de ses jeunes amis, assez malhabilement aposté, se donnait beaucoup de mal à écrire d'Europe des lettres toutes boursoufflées d’exagérations. Au dire de ce trop dévoué correspondant, Rome tout entière se serait émue au bruit des succès de
M. l’abbé qui faisait des prodiges. 11 allait être triplement docteur : philnsophie, droit canon, théologie, il avait tout absorbé en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.
Les gens sensés et ceux qui savent un peu comment vont ces sortes d’affaires riaient sous cape, comme on dit, et haussaient les épaules. En deux ans, quoiqu’on ait déjà été préparé par certaines études, on ne peut faire qu’eflleurer quand le champ est aussi vaste que l’est celui de la philosophie, du droit canon et de la théologie. Les trois doctorats de M. l’abbé Chandonnet ne sont ni plus ni moins que des certificats de bonnes études élémentaires. [l y a bonnets et bonnets ; la coiffure de M. l'abbé n’est pas d'un triple airain. Mais il fallait, coûte que coûte, servir la cause de ce digne personhage et l’on crut devoir, pour atteindre le but, mettre sur pieds toute une armée de points d’exclamation et d’hyperboles bien nourries. Peu se sont laissé prendre au piége, et l’illusion eut-elle été possible pendant quelque temps, que M. abbé Chandonnet l’eût complètement détruite par la publication de ses récents travaux.
Lui qui, mieux que tout autre, connaissait sa propre histoire, aurait au moins dû avoir assez de sagesse et de prudence pour, de retour en Canada, se tenir parfaitement coi et enveloppé dans le manteau d’une profonde modestie. Mais non; il paraît n'avoir pas mème l'instinct de sa propre conservation. Rome, qu’il dit si bien connaître et que nous connaissons probablement mieux que Ini, ne s’est donc pas révélée à ses yeux comme la grandeur fondée sur l’humilité du Christ et sur celle du chef des apôtres ! Assurément M. lPabbé eut appris beaucoup de choses importantes à savoir, surtout pour la conduite de la vie, s’il eût séjourné plus longtemps à Rome, ce centre où Pierre vint asseoir le roc solide de l’humilité et dresser sa tente victorieuse de l’amourpropre. {1 n’eut pas cette sagesse ni cette prudence ; il s’installa de suite comme grand luminaire, et quelques astres errants, qui s’accusaient eux-mêmes d’être de parfaites nullités dans le monde de la lumière, acceptèrent, pour jouer un rôle quelconque, de graviter autour de ce nouveau soleil dont ils ne prévoyaient pas la prochaine éclipse totale.
Le premier soin de M. Pabbé fut de chercher comment il pourrait propager ses idées d'autrefois et se venger de ceux qui l’a-
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Or, depuis plus de six mois ces conférences et ces lectures lui ont servi comme de château-fort d’où il lance à droite et à gauche les traits les plus acérés qu’il tient en réserve dans son carquois doctoral. Les partisans de l& méthode chrétienne ont incontestablement été les plus maltraités ; et, bien qu’ils eussent en main plus qu’il ne fallait pour forcer M. l’abbé à battre en retraite et même à se cacher six pieds sous terre, ils se sont armés de patience ; ils n’ont rien dit, espérant toujours que cela finirait et qu’on leur permettrait quelque bon jour de vivre en repos. Mais puisqu’il est bien constaté.aujourd’hui que M. l’abbé se propose d’être intarissable et que, d’un autre côté, il peut se servir sans entraves des organes de la publicité pour distribuer des soufflets vers les quatre points cardinaux, nous avons résolu de mettre un terme à ce dévergondage d’allnres.
Nous ferons connaître M. l’abbé Chandonnet tel qu’il est; et pour remplir le cadre que nous nous proposons, il nous suffira de ne citer et de ne commenter que quelques unes des pièces authentiques, qui sont en notre possession, et dont il a seul l’honneur d’être le père. Nous ferons voir jusqu’où il a pu pousser l’astuce et l’audace dans le dernier épisode de la question des classiques.
Un savant confrère et ami, M. l’abbé Benjamin Pâquet, docteur en théologie, figurera comme digne acolyte de M. l'abbé Chandonnet, et l’on verra enfin quelle est la confiance qu’on peut reposer en ces deux hommes.
Attaques que M. l'abbé a dirigées contre nous dans l’Ævénement du ler mai 1868.
Nous allons maintenant entrer en matière et faire en sorte de ne dire que juste ce qu’il faut pour répondre aux attaques de M.
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