L. MANOUVRIER, -- APPENDICE
que la forme dont il s’agit peut exister surdes fémurs parfaitement réguliers d’ailleurs et appartenants à des squelettes exempts de toute défectuosité. C'est là un point important.
J'ai essayé dans ma 2 étude d'interpréter la forme poplitée de Trinil d’après des différences musculaires, et je me suis appuyé sur un abaissement de l'empreinte du muscle crural qui serait en relation avec la platymèrie sur les fémurs à indice poplité très élevé. M. Hepburn n’a pas trouvé cet abaissement sur tous les fémurs à surface poplitée convexe, mais j'avais en vue parmi ces fémurs ceux dont l'indice poplité est en même temps très élevé, fémurs qui sont en très petit nombre dans la collection d’Edinbourg comme dans celles de Paris. Il est probable, du reste, que mon interprétation d’après les variations musculaires n’est pas assez complexe pour comprendre tous les cas, et je reconnais l’utilité des diverses considérations présentées à ce sujet par M. Hepburn. Ses conclusions sur ce point sont d’ailleurs très judicieusement réservées.
Il ne regarde pas les caractères du fémur de Trinil comme pouvant donner lieu à la distinction d’un genre distinct du genre Homo. Ces caractères sont humains et non simiens. Sur ce point nous sommes d’accord. Il ajoute que si le fémur provient d’un être humain et si les dents et le crâne ont appartenu au même individu alors la conclusion relative au fémur doit s'étendre au crâne et aux dents.
Sur ce dernier point, la justesse de la conclusion dépend de la signification attachée au mot être humain. Si le fémur de Trinil considéré isolément prouve que son possesseur n’était pas un singe, ce qui est certain, il ne prouve pas que ce possesseur doive être rangé d’après la totalité de sa conformation dans l’espèce ou le genre humain tel que nous le connaissons. J’ai déjà longuement insisté sur ce fait : que le fémur peut être morphologiquement très humain chez un être assez arriéré sous le rapport crâniologique pour ne mériter que conventionnellement le nom d’homme. Il y a donc à tenir compte, dans l'appréciation de l’individu fossile de Trinil, de son crâne et de ses dents aussi bien que de son fémur. D’après le fémur ce serait un homme au même titre que les hommes actuels; d’après le crâne et les dents c’est un être assez bas relativement aux races humaines les plus arriérées pour qu’on puisse le considérer comme reculant la limite inférieure de l’espèce humaine connue (dite aussi genre humain), dans la mesure
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où l'infériorité de cet individu représente l’infériorité de sa race. C’est ce dernier point qui reste à l’état d’hypothèse, mais d’hypothèse qui a pour elle les plus grandes probabilités. Cette hypothèse admise, on est obligé de convenir, en se plaçant au point de vue de la théorie de l’évolution, que lindividu incontestablement hominien de Trinil présente un ensemble de conditions anatomiques, répondant à merveille à ce que la théorie transformiste pouvait attendre d’une race ancestrale.
Le fémur de Trinil, dit M. Hepburn, d’après les conditions géologiques de sa découverte, fait remonter le genre Homo à une période plus lointaine que toute autre découverte antérieure de restes humains. — Ce n’est pas assez dire, à mon sens : et je crois permis d'ajouter qu’à cette époque lointaine, le seul représentant connu du genre Homo possédait des dents et un crâne inférieurs à ce qui avait été antérieurement découvert, et très convenables pour représenter, dans ce genre Homo ou dans la famille des Hominiens, une phase pithecanthropique de l'humanité.