L. MANOUVRIER. — APPENDICE
sur l’un d’eux existe un renflement interne de la partie moyenne de l'os qui pourrait avoir été produit par une périostite. » D’après lune des diverses hypothèses que j'ai présentées, les épaississements de ce genre pourraient être, à la région poplitée le résultat d’un besoin de résistance de los dans le sens antéro-postérieur. M: Hepburn ne serait pas éloigné de cette manière de voir. En tout cas la forme plus ou moins convexe de l’espace poplité lui paraît êlre assez fréquente dans les races exotiques pour être considérée comme caractère humain, bien que ce ne soit un caractère constant dans aucune race connue. J'avais également indiqué que ce caractère semblait pouvoir se produire sporadiquement dans des races quelconques avec une fréquence difficile à déterminer. Mais les recherches de David Hepburn concourent à montrer que sa fréquence est comparativement supérieure dans certaines races noires. On pourrait penser, dit-il, que ces races noires sont moins éloignées d’une race ancestrale qui aurait possédé ce caractère (si une telle race a existé).
M. Hepburn, pour évaluer la convexité de la surface poplitée a mesuré les lignes #n et mp et a noté mp > mn sur un nombre relativement considérable de fémurs. Mais, comme il l’a très bien observé, on trouve mp > mn sur certains fémurs dont la surface poplitée n’est pas rétrécie, dont l'indice poplité, par conséquent, ne s’élève pas beaucoup au-dessus du chiffre ordinaire. Les fémurs de ce genre, que j'avais parfaitement remarqués, s’éloignent par là du fémur de Trinil; c'est pourquoi je n’ai comparé à celui-ci que les fémurs présentant l'élévation de l'indice poplité.
La différence mp > mn m’a servi seulement à séparer, parmi ces fémurs, ceux qui se rapprochaient le plus de la forme de Frinil.
Peut-être cela a t-il été cause dedivergergences légères sur quelques points entre les constatations de M. Hepburn et les miennes. Parmi les fémurs mesurés par lui et dont il a dessiné la section poplitée, ceux qui ressemblent au Fémur de Trinil sous le double rapport en question me paraissent être les suivants : le rachitique mentionné plus haut étant pris à part:
Les fémurs : 40 d’un Australiens, 2° d’un Andaman, 3° d’un nègre, 4° d’un Bushman. Sur ces deux derniers la ressemblance est déjà sensiblement atténuée. Elle est surtout remarquable sur le fémur australien.
M. Hepburn a noté une différence entre le fémur droit et le gauche d’un même individu sous le rapport étudié. Cette différence
Fe
18 Juix 1895 438
intéressante importe moins que la similitude approchée des deux fémurs du même individu. Sans être une preuve qu’il ne s’agit pas d’une forme pathologique, cette ressemblance conduit à exclure certains modes de réalisation pathologique de la forme poplitée de Trinil. Par exemple, dans le cas du Maori dont j'ai parlé dans ma 2e étude, le fémur gauche présentait à la région poplitée un épaississement dù manifestement à une périostite; et sans analogie d’ailleurs, avec la forme régulièrement arrondie du fémur de Trinil. Le fémur droit présentait la forme ordinaire. Il est donc remarquable de voir la forme de Trinil réalisée sur les deux fémurs, chez plusieurs individus. Peut-être, en pareil cas, le processus pathologique (s’il y en a un en cause) produirait-il des modifications morphologiques bilatérales, symétriques et régulières, lorsqu’il agit pendant la croissance de l'os. Alors, en effet, une légère irritation périostique pourrait combiner ses effets avec des besoins mécaniques de l’os physiologiquement déterminés. Il y aurait ainsi mélange d’un processus plus ou moins pathologique et d’influences normales d’où résulterait une modification harmonique en quelque sorte, et non une hyperostose véritable surajoutée à un os adulte, comme dans le cas de mon Maori et beaucoup d’autres.
Par le fait que la forme arrondie du fémur à la région poplitée sur le fémur de Trinil et sur les deux fémurs européens (français et écossais) coïncide avec des lésions franchement pathologiques ; par le fait aussi que cette forme n’existe que sporadiquement dans les races où elle est le moins rare; par le fait que la surface poplitée semble être particulièrement sujette aux hyperostoses, il y a lieu de soupçonner cette forme d’être anormale, même sur les fémurs d'apparence très normale qui l’ontprésentée. Toutefois ces derniers fémurs, les plus nombreux, permettent de penser que lorsque la forme arrondie en question est très régulière, et que le diamètre antéro-postérieur est simplement accru aux dépens du diamètre transversal comme sur le fémur de Trinil, il est un peu abusif de conclure à un processus inflammatoire, à une périostite poplitée. Le mot #rritation me semblerait plus que suffisant pour caractériser un excès de croissance dans la direction antéro-postérieure compensant une diminution dans le sens transversal, qui intervient pendant la croissance, non sans utilité peut-être, et donne lieu à une excentricité plutôt qu’à une monstruosité. Cette variation rappelle-t-elle un état atavique de la race ? La question se pose sans pouvoir être tranchée pour le moment. Toujours est-il