‹ Réponse aux principales objections dirigées contre les procédés suivis dans les analyses du sang et contre l'exactitude de leurs résultatsChapitre 1 sur 38 · RI · texte numérisé non relu

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qu’à quel point, sous l’influence de certaines conditions physiologiques ou pathologiques, chacun de ces principes peut varier dans ses proportions relatives ou absolues. Telle est la pensée fondamentale qui nous a guidés, lorsque nous avons entrepris le travail dont nous avons fait connaître les premiers résultats dans un Mémoire lu à l’Institut , en juillet 1840, et imprimé dans le tome lxxv des Annales de chimie et de physique.

Peu de mois s’étaient écoulés depuis la publication de nos recherches, lorsqu’il parut, dans les Archives de médecine (tomes ixetx) , un travail où l’on s’efforçait de démontrer que les procédés suivis dans 1 analyse du sang, étaient radicalement vicieux. Nous ne crûmes pas devoir repondre immédiatement à cette critique, aimant mieux employer notre temps à consolider nos recherches en les poursuivant, et nous réservant de discuter avec maturité les objections qu’on nous adressait dans l’ouvrage étendu que nous nous proposons de publier prochainement sur une matière qui fait, depuis quatre ans, un des objets les plus constans de nos méditations. Mais, plus récemment, un autre écrivain a dirigé de nouvelles attaques contre l’exactitude même de nos résultats et contre l’interprétation que nous en avons donnée. Nous avons cru dès-lors ne plus pouvoir différer notre réponse : il nous a semblé que nous devions, dans l’intérêt même d’une science où l’on venait ainsi jeter l’incertitude et le doute, consacrer quelques pages à réfuter des critiques que nous ne croyons pas fondées : tel est le but de l’écrit que nous publions aujourd’hui, et dans lequel nous trouverons, en même temps, l’occasion d’établir plusieurs points de doctrine auxquels nous donnerons ailleurs de plus amples développemens.

Nous consacrerons un premier article à répondre aux critiques qui ont été dirigées contre les procédés que nous avons suivis ; puis, dans un second article, nous discuterons celles qui ont été plus spécialement adressées à quelques-uns de nos résultats.

Mais, auparavant, nous croyons nécessaire de bien déterminer la signification attachée aux expressions, d’albumine, de fibrine et de globules, c’est-à-dire de ceux des matériaux organiques du sang, dont nous avons essayé, dans nos Recherches, de constater les modifications de proportion ; car il nous a semblé qu’une partie des objections qu’a soulevées notre travail, dépendait de ce qu’on se faisait généralement une idee peu nette de la valeur de ces expressions, et de leur véritable sens en chimie organique.

Albumine . L albumine est une substance organique quaternaire qui existe à 1 état de dissolution dans le liquide sanguin, et qui conserve toujours cette manière d’être, à moins qu’on ne fasse intervenir une température de 75° et audessus , ou l’action de certains réactifs chimiques. Soit qu’on examine le sang dans les vaisseaux, pendant la vie ou après la mort , soit qu’on étudie ce liquide hors de l’économie, on rencontre constamment l’albumine à l’état de dissolution. Cette substance ne passe jamais spontanément à l’état solide.

Fibrine. La fibrine a la même composition élémentaire , et présente à-peu-près les mêmes réactions chimiques que l’albumine. Au point de vue purement chimique, il est impossible d établir une ligne de démarcation nette et précise entre ces deux substances. Et cependant le physiologiste et le mé- * decin ne sauraient les confondre l’une avec l’autre. C’est

qu’en effet, comme le dit très bien M. Mandl [Archives gér nérales de médecine , 3' série, tom. x, pag. 204) :

“ La médecine trouvera toujours une différence entre deux .. substances, dont une (l’albumine) reste liquide , l’autre (la .. fibrine ) se coagule spontanément. »

La fibrine et l’albumine sont donc deux matériaux organiques isomériques , c’est-à-dire deux corps ayant la même composition élémentaire, et distincts cependant par un caractère de la plus haute importance, la propriété d’éprouver la coagulation spontanée qui est l’apanage exclusif de la fibrine. C’est en vertu de cette propriété que la fibrine joue le rôle principal dans le phénomène de la solidification du sang , forme le canevas de la partie de la saignée connue sous les noms de caillot , de cruov ■ et d insu la , et seit de tiame a ces nombreuses concrétions, si diverses de forme et de couleur, qui se montrent dans le système circulatoire , soit après la mort , soit même pendant la vie , dans quelques circonstances spéciales.

Pour nous donc médecins , .les mots fibrine et principe du sang spontanément coagulable, doivent être des expressions synonymes. Toutes les fois que le sang abandonné à lui-même passe de l’état liquide à l’état solide, nous devons affirmer la présence de la fibrine dans son sein ; toutes les fois, au contraire, qu’en pareille circonstance le sang reste liquide et n’ofîre aucune trace de coagulation, nous devons le considérer comme privé de son élément spontanément coagulable, de sa fibrine.

Supposons un instant qu’en vertu de l’intervention d’une circonstance quelconque, pathologique ou autre, la fibrine du sang perde tout-à-coup la propriété de se coaguler spontané-

ment; pour nous, dès ce moment, la fibrine a cessé d’exister. Sans doute les élémens de cette substance sont restés dans le liquide sanguin, mais affectant entre eux d’autres rapports, avec d’autres propriétés que celles de la fibrine, confondus enfin dans la masse des matières albumineuses. Car, qu’est-ce que de la fibrine qui a perdu la propriété de se coaguler spontanément? Evidemment de l’albumine; puisque toute propriété distinctive a disparu, et que la composition élémentaire est rigoureusement la même.

Ce que nous venons de dire de la transformation possible de la fibrine en albumine, n’a rien qui doive étonner. Depuis long-temps la chimie organique nous a habitués à des phénomènes de ce genre. Ainsi, par exemple, placez dans un flacon une dissolution aqueuse d’urée; faites intervenir une de ces circonstances qui déterminent la réaction de l’eau sur cette substance organique, circonstances qui se produisent tout spontanément dans l’urine abandonnée à elle-même, et tout-à-coup sans que l’œil ait rien aperçu, bien que tous les élémens de l’urée soient encore dans le flacon, le vase ne contiendra cependant plus durée. Mais, au lieu d’une dissolution d’urée, vous aurez une dissolution de carbonate d’ammoniaque. Quelle immense distance entre ces deux corps,

1 uiée et le carbonate d ammoniaque ! et cependant cette transformation s’est opérée par un simple déplacement d’atomes, sans que le liquide ait rien perdu, sans qu’il ait gagné un seul élément nouveau.

Si donc les médecins et les physiologistes veulent éviter toute confusion, et introduire un peu de clarté dans l’histoire du liqüide le plus important de l’économie, ils doivent, comme nous l’avons déjà dit, accepter les mots de fibrine et de corps

spontanément coagulable comme des expressions* synonymes; ils doivent reconnaître la fibrine partout où le sang se solidifie, et ne reconnaître pour fibrine que cet élément du sang qui, abandonné à lui-même, passe spontanément de l’état liquide à l’état solide.

Les belles et ingénieuses recherches de Muller ont démontré d’une manière incontestable que, pendant la vie, la fibrine existe dans le sang à l’état de corps indépendant et distinct des autres matériaux organiques de ce liquide. C’est donc en dehors de l’élément globulaire, dont nous allons nous occuper maintenant, qu’il faut rechercher cette matière spontanément coagulable qui joue un si grand rôle dans les phénomènes physiologiques et pathologiques.

Globules. Chacun sait que les globules sanguins proprement dits sont (dans l’espèce humaine) de petits sphéroïdes de 1/1 25e de millimètre de diamètre, qui pendant la vie roulent à l’état de suspension dans le torrent circulatoire, et entrent dans la composition du caillot quand le sang a subi le phénomène de la coagulation spontanée. Bien que la totalité de l’hématosine se trouve en réalité dans les globules, il s’en faut cependant de beaucoup que ces corpuscules soient exclusivement constitués par cette matière colorante. Outre l’hématosine en effet on rencontre dans les globules une matière animale dont la composition paraît être la même que celle de l’albumine et de la fibrine. Mais, au point de vue physiologique , cette substance organique propre aux globules , ne saurait être confondue ni avec l’albumine ni avec la fibrine; car d’une part on la rencontre toujours intimement unie à l’héinatosine, et d’autre part le rôle quelle joue dans l’économie est inséparable de cet état d’arrangement moléculaire qu'elle

affecte constamment, de cet état globulaire si distinct de celui qui caractérise chacun des deux autres principaux élémens du sang.

On peut donc dire d’une manière générale que , indépendamment d’un certain nombre de matièi’es grasses et colorantes dont nous avons à dessein évité de nous occuper, le sang contient une seule substance organique qui, sans changer de composition , est susceptible de se présenter sous trois variétés bien distinctes , caractérisées chacune par une manière d être toute spéciale , et constituant ainsi les trois principaux élémens de ce liquide. Faites que cette matière animale existe en dissolution dans le sang et qu elle conserve toujours cet état liquide , soit pendant la vie , soit hors des vaisseaux , et vous aurez 1 albumine. Distinguez-la de l’albumine en lui donnant la propriété de se coaguler spontanément et vous aurez constitué un autre élément du sang, la fibrine. Faites enfin qu intimement unie a 1 hématosme elle s’arrondisse en petits sphéroïdes, et vous aurez produit l’élément le pius remarquable du sang, le globule proprement dit. (1)

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