ARTICLE PREMIER
Quand on réfléchit aux rôles si distincts que ces trois élémens du sang jouent dans l’économie , et quand on se pénètre
(1) Du reste, en nous exprimant ainsi, nous ne faisons que rappeler une idée déjà introduite dans la science par Berzélius. Voici ce que dit cet illustre chimiste (Annales de chimie, to.m. l.yxxvui, pag. 71) :
« Ces substances se ressemblent si intimement, qu’elles peuvent’étre * considérées comme les modifications d’une seule et même substance.
« Je les appellerai , par la suite, en parlant d’elles collectivement, le,
« l'al lies albumineuses du sans'. »
bien de cette idée que leurs propriétés si diverses, ils les doivent non à une différence dans leur composition élémentaire, mais à un simple accident de manière d’être , d’état physique , on doit rester convaincu que , dans des recherches destinées à éclairer les questions relatives à l’importance des altérations du sang dans les maladies , il était nécessaire de recourir à des procédés qui ne pussent, dans aucune circonstance, modifier les formes affectées par les élémens de ce liquide. Il fallait, pour ainsi dire, parvenir à opérer une séparation toute mécanique, afin de les isoler en nature, et d’arriver ainsi à une appréciation exacte et rigoureuse de leurs proportions absolues et relatives. C’est parce que le procédé d’analyse indiqué par M. le professeur Dumas dans ses savantes leçons à l’Ecole de médecine et qu’il a bien voulu nous développer luimême avec la plus grande bienveillance, nous a paru réunir toutes ces conditions, que nous nous sommes empressés de l’adopter. Un micrographe distingué, ayantcru devoir signaler cette méthode comme insuffisante, inexacte , comme une source intarissable d'erreurs graves (I), nous devons démontrer le peu de fondement de ces assertions propres à jeter des doutes sur la valeur des résultats auxquels nous sommes ainsi parvenus.
§ Ier. DE LA FIBRINE.
Pour obtenir la fibrine qui existe dans le sang, nous avons employé le procédé suivant. Immédiatement après sa sortie de la veine, le sang encore liquide est versé dans une cuvette
(1 \ Archives généia’es de médecine (tomes IX et X), .Iu série.
et fortement agité avec un balai composé de brins raides et déliés. La fibrine ne tarde pas à éprouver le phénomène de la coagulation spontanée. Elle apparaît alors sous forme de fibrilles qui s’attachent aux brins du balai et de flocons écumeux qui nagent dans le liquide sanguin. Cela fait, on détache avec soin les filamens fibrineux adhérens au balai, et on projette le tout sur un linge fin à mailles serrées. Le sérum, emportant avec lui presque tous les globules, passe à travers le filtre, et il ne reste au-dessus que les filamens et flocons fibrineux colorés par de 1 hématosine. La matière, qui est restée sur le linge, lavée sous un filet d’eau jusqu’à ce que le liquide passe complètement incolore, devient d’une parfaite blancheur et repi ésente exactement la totalité de l'élément spontanément coagulable , c’est-à-dire de la fibrine du sang en expérience.
Ce procédé fort simple et fort expéditif a paru insuffisant ~ a ^Iandl qui lui adresse des reproches dont il se serait certainement dispensé s’il eût bien voulu prendre la peine de le mettre lui-même quelquefois en pratique.
“ Voilà’ ^ (Jrchio. gén. de Méd., t. ix, 3- série, p. 182), bien des précautions à prendre, pour arriver à un résultat peu précis, puisque la science ne peut me ré-
“ P°ndre que toute la fibrine est coagulée, qu’une grande « partie n’est pas restée dissoute. ..
, N°US en demand°us bien pardon à M. Mandl, mais rien n est plus facile que de constater, en pareil cas, le fait de la coagulation de la fibrine tout entière.
Supposons en effet un instant que, pendant le battage du sang, la totalité de la fibrine ne se soit pas coagulée. Celle 1 ciuia conservé 1 état liquide devra nécessairement passer
— lo-
ti travers les mailles du linge, et éprouver plus tard le phénomène de la solidification au milieu de la masse sanguine qui s’est écoulée pendant le filtrage. Or, l’expérience, cent et cent fois répétée , prouve que jamais un semblable phénomène ne se présente. Il n’y a donc plus de fibrine dans le liquide qui est passé à travers le filtre, elle s’est donc toute coagulée pendant le battage, elle est donc restée tout entière sur le linge, le procédé n’est donc pas inexact.
Que penser maintenant des efforts que fait M. Mandl [loc. cit. , tome ix, pag. 295 et suiv.), pour démontrer que, dans tous les cas où les observateurs ont constaté une diminution notable dans le chiffre de la fibrine , cela tenait à ce qu’une partie de cet élément du sang avait échappé a leur analyse. Il est bien évident que ce n’est pas à un retard apporté dans le phénomène de coagulation de la fibrine que cette diminution est due , puisque nous venons de démontrer que , dans la masse sanguine défibrinée par le procédé du battage, il ne restait pas la moindre trace de corps spontanément coagulable. M. Mandl , il est vrai , ajoute ( loc. cit., tome x . page 198) :
.. Nous avons entendu parler d’une absence apparente de u la fibrine , quand elle est rendue incoagulable par la pré- « sence des sels. >*
D’abord nous répondrons à M. Mandl qu il li a nullement démontré que , dans les cas où nous avons constaté une diminution de fibrine, les sels du sang étaient en plus forte proportion. Et puis cet habile micrographe a-t-il donc oublié qu il a donné lui- même la propriété de se coaguler spontanément comme le seul caractère à l’aide duquel la fibrine peut êtie distinguée de l’albumine ; que là où , pour une raison ou poui
l'autre, il n’y a pas de corps spontanément coagulable , le médecin ne peut reconnaître la présence de la fibrine ; que, si la fibrine joue dans l’économie un autre rôle que l’albumine , ce n’est pas en vertu d’une différence dans la composition de ces deux élémens , mais seulement parce que chacun d’eux affecte une manière d’être qui le caractérise et le sépare de l’autre.
Lors donc qu’en battant le sang sorti de la veine, on constate une diminution du chiffre de la fibrine , cette diminution n’est pas apparente, mais réelle et incontestable.
M. Mandl semble croire que la macération dans l’eau , que 1 on est obligé de faire subir à la fibrine pour la décolorer, doit lui faire perdre une partie de son poids.
» Puisque , dit-il ( loc . cit. , tome ix, pag. 189), elle se « transforme en gélatine par la putréfaction , et cette géla- “ tine est soluble dans l’eau. »
Eh quoi ! M. Mandl en est-il encore à apprendre que le temps nécessaire pour décolorer la fibrine est fort court , et que , dans aucun cas , la conversion de la fibrine en matière soluble dans leau, ne peut s’opérer en quelques instans ? M. Mandl n’a donc jamais essayé de décolorer lui-même de la fibrine. Encore ici un peu de pratique l’aurait mis à l’abri de cette erreur.
M. Mandl adresse au procédé de l’agitation rapide du sang, une autre objection tirée d’expériences qui lui sont propres. D’après lui , si l’on bat à part deux quantités égales même sang, ] une à 1 état de pureté, l’autre mêlée à du pus , la prèmière portion de sang fournit plus de fibrine que la seconde. A la vue d’un semblable résultat , un observateur logique aurait dit : La première portion de sang fournit plus de
fibrine que la deuxième; donc, le pus ala propriété de détruire la fibrine. Et certes, il n’y aurait réellement pas à s’étonner beaucoup, si le pus jouissait d’une pareille réaction sur la fibrine. Ce raisonnement tout simple n'a pas été fait par M. Mandl ; aussi aime-t-il mieux dire que les deux portions de sang contiennent autant de fibrine l’une que l’autre , mais que le procédé du battage est insuffisant pour extraire la fibrine du sang mêlé à du pus (/oc. ci t. , tome ix, p. 181 ).
Mais, pour que le battage ne puisse plus constater la présence de la fibrine , il faut quelle ait perdu la propriété de se coaguler, il faut enfin quelle ait cessé d’être delà fibrine. C’est donc toujours la même discussion de mots que M. Mandl soulève à chaque instant , c’est toujours de la fibrine qui n’est plus de la fibrine qu’il veut forcer les observateurs à séparer du sang. Nous finirons, en vérité, par rester convaincus qu il ne se fait pas une idée bien nette de ce que c’est que la fibrine.
Sans doute le pus ajouté à du sang ne lait pas disparaître les élémens de la fibrine. Mais du moment où il n y a plus de coagulation spontanée , ces élémens qui sont restés dans le liquide ont affecté entre eux de nouveaux rapports pour constituer un corps qui n’a plus les propriétés caractéristiques de la fibrine, qui en un mot n’est plus de la fibrine. Mais prenons un exemple et transportons -nous un instant sur un terrain bien connu de M. Mandl. On place une tache de sang au foyer du microscope, et on constate la présence d une énorme quantité de globules. Sur cette tache on fait arriver un peu d’ammoniaque et immédiatement les globules ne sont plus aperçus. M. Mandl dira-t-il que les globules sont encore la , mais que le microscope est impuissant par en révéler la piésence 1 non , il se garderait bien d’ émettre une semblable opi-
nion. Et cependant les élémens de ces globules n’ont pas disparu , ils sont encore là en totalité dans ce liquide placé au foyer du microscope ; mais ils ont perdu leur arrangement moléculaire , ils constituent de nouveaux corps ; il n’y a plus de globules enfin. Il en est de même de cette fibrine qui, d’après M. Mandl, aurait , sous l’influence du pus, perdu la propriété de se coaguler, elle existe encore en tant que ses élémens constitutifs sont demeurés dans la masse sanguine , mais elle n’existe plus en tant que corps spontanément coagulable, distinct de l’albumine, en tant que fibrine enfin.
La fibrine , une fois recueillie en totalité et complètement dépouillée de matière colorante , il faut la dessécher pour la débarrasser de l’eau qui l’imbibe, et arriver à une évaluation exacte de son poids. Personne jusqu’ici n’avait certainement songé à chercher, dans cette opération de dessiccation de la fibrine, des objections sérieuses contre l’exactitude des analyses du sang. C’est ce qu’a voulu faire M. Mandl.
“ Relativement au dessèchement de la fibrine , dit-il [loco “ cit- t. ix, p. 190), nous croyons pouvoir y signaler une - nouvelle source d erreurs, intarissable même pour le même “ observateur . En effet , qui dira que la fibrine est parfaite- ■‘.ment desséchée! ne se peut -il que l’on s’arrête en croyant la “ fibrine déjà parfaitement sèche, tandis qu’elle contient en- “ coreune quantité notable d’eau! »
Si M. Mandl ne 1 avait pas dit lui-meme , nous n’aurions jamais osé l’accuser d’ignorer qu’il suffit de peser plusieurs fois successivement une substance soumise à la dessiccation pour s assurer qu elle ne perd plus rien, et que dès-lors elle doit être parfaitement sèche. Est-il donc réellement à ce point
etranger aux ressources d’une science dont il entreprend de critiquer les procédés 1
Mais savez-vous comment M. Mandl a été déterminé à nous adresser une pareille objection? c’est parce que les auteurs ne sont pas d’accord sur la quantité d’eau que la fibrine perd en se desséchant. Cela prouve tout bonnement que ces chimistes ont opéré sur des portions de fibrine inégalement chargées d’eau; mais cela ne dépend pas du tout de la difficulté qu'ils auraient rencontrée pour amener cette substance à un état de dessiccation complète. C’est donc à tort que M. Mandl croit signaler une source d'erreurs intarissable dans une opération fort simple et qui doit conduire à des résultats de la plus grande exactitude.
Pour extraire la fibrine du sang, nous avons eu recours
en général à l’agitation de ce liquide avec un balai. Il arrive
cependant quelquefois que , soit parce que la saignée coule
trop lentement , soit pour toute autre cause , on est obligé
de renoncer à ce procédé. Voici comment on opère en cas
pareil : on abandonne le sang à lui-même jusqu’à ce qu’il
ait éprouvé le phénomène de la coagulation spontanée ; on
place le caillot dans un nouet de linge fin à mailles serrées ;
on le malaxe dans l’eau avec précaution pour chasser le sé-
rum et une grande partie de la matière colorante ;. puis on lave à 1 ordinaire , sous un filet d’eau , la totalité de la fibrine qui est restée sur le linge. On peut dans cette opération remplacer le linge par un tamis de soie (1). Quoique ce procédé
{1) Dans ces derniers temps, l'emploi du tamis pour extraire la fibrine du sang, a été présenté comme un procédé nouveau. Mais à une époque déjà assez éloignée de nous, Fourcroy s’en servait précisément dans la même opération.
nous paraisse moins commode que le battage du sang , et que nous l’ayons employé beaucoup moins souvent , nous devons dire cependant que nous le considérons comme propre à donner des résultats très précis et à l’abri de toute objection sérieuse.
M. Mandl regarde ce procédé comme fort infidèle , et semble convaincu que, dans cette opération, les expérimentateurs s’exposent à perdre une grande quantité de fibrine qui, d’après lui , s’échapperait à travers le filtre. Il pense , en outre, que cette cause d’erreur est d’autant plus à redouter que le caillot de la saignée est plus mou et plus friable. Nous ne saurions partager les convictions de l’habile micrographe ; car il ne paraît pas avoir réfléchi à une chose : c’est que, s il est vrai que le caillot mou se réduit plus facilement en fragmens , il est aussi vrai qu’il abandonne plus facilement ses globules et qu’il faut moins le presser pour le dépouiller de toute sa matière colorante. Les objections que M Mandl adresse à ce procédé s’appuient surtout sur le passage suivant , de M. Denis [loco cit., t. ix, p. 179).
Le caillot du sang étant pressé dans un linge disposé en nouet , fournit un liquide qui ne consiste qu’en sérum,
" chargé de globules rouges, mais mêlé de lambeaux de ma- •• tière colorante.
Oui, ajoute M. Mandl, des lambeaux rouges passent à •• travers le filtre, des lambeaux, non pas de matière colorante,
“ mais de lambeaux de caillot, mêlés de globules et de fibrine.
“ Et( combien de fibrine y a-t-il de soustrait de cette manière *• à l'analyse t Hélas ! je n’en sais rien „
Nous sommes entièrement de l’avis de M. Mandl relativement à l’interprétation du passage de M. Denis. Mais
parce que M. Denis a mal choisi ses filtres, s’ensuit-il que le procédé soit infidèle en lui-même? Parce qu’il y a par le monde des hommes qui commettent des erreurs en se servant de mauvais microscopes, s’ensuit-il qu’il faille à tout jamais renoncer à l’emploi de cet instrument? Que M. Mandl se rassure donc, du moment où un observateur voudra prendre toutes les précautions convenables, il ne verra plus de lambeaux s’échapper à travers les mailles du filtre, et il n’y aura pas un atome de fibrine soustrait à l’analyse. Ajoutons ici qu’avec le tamis de soie une pareille perte est complètement impossible. Nous devons dire encore que plusieurs fois, dans le but de vérifier l’exactitude des deux procédés destinés à fournir la quantité de fibrine, nous les avons simultanément appliqués à deux portions d’un même sang, et que toujours, en pareille circonstance, nous sommes arrivés à des résultats identiques. Nous aimons à croire que cette concordance, qui ne peut être, dans aucun cas, la suite d’une erreur, suffira pour prouver à M. Mandl combien ses objections sont peu fondées.
Avant d’en finir avec les procédés destinés à faire apprécier la quantité de fibrine, encore un mot sur une opinion personnelle de M. Mandl qui lui a fourni une nouvelle objection. Tout le monde sait qu’il y a dans le sang des globules blancs plus gros que les globules rouges et ponctués à leur surface. Jusqu’ici les opinions des auteurs sont loin d’être fixées sur la nature de ces globules, d’ailleurs fort peu nombreux. Mais M. Mandl, lui, est convaincu que ces globules blancs sont fibrineux. Les preuves qu’il en a fournies sont loin d'être déterminantes', mais enfin telle est sa conviction personnelle. Partant de cette idée préconçue sur leur nature il dit (loco cit., tom. ix, p. 187).
“ ^ne foule de ces globules fibrineux nage dans le sérum, “ et- passant à travers le filtre, une partie de la fibrine doit •• être naturellement perdue pour l’analyse. »
Quand M. Mandl croit avoir mis le doigt sur une objection, il va vite en besogne, les affirmations ne lui font pas défaut pour appuyer sa manière d’interpréter les faits. Une foule de globules fibrineux l Mais vous avez donc oublié que personne n’a le droit d’exiger d’être cru sur parole; que la nature fibrineuse de ces globules blancs est précisément le point en litige? Donnez vos preuves, et jusqu’à ce que vous les ayez fournies, permettez-nous de ne pas ranger à côté de la fibrine des corpuscules dont on ignore complètement et le rôle et la nature. Si nous suivions ici votre conseil, monsieur Mandl, et si, sans preuves suffisantes, nous allions grossir le chiffre de la fibrine du poids de ces globules blancs encore si peu étudiés et si peu connus, ce serait le cas de s’écrier avec vous (/oc. oit. tom. ix, pag. 298) :
V Malheureuse science qui^s’ appuie sur l’arbitraire J ..
M. Mandl enfin, pour prouver que les procédés employés pour recueillir la fibrine sont tous mauvais, s’efforce de mettre en contradiction les uns avec les autres, les auteurs qui se sont occupés de la détermination de la quantité de l’élément spontanément coagulable qui entre normalement dans la composition du sang de l’homme.
■ Commentse “‘-a. at-H (loc. oit. tome ix, page 1941
- que M. Denis n'ait jamais trouvé le chiffre 3, qui appar-
- tient à la fibrine normale d'après MM. Andral et Gavar-
D abord, quand nous avons donné le chiffre 3 comme représentant la quantité normale de la fibrine de l’homme.
nous avons eu le soin de dire que ce chiffre 3 était une moyenne au dessus et au dessous de laquelle la fibrine de l’homme en santé oscillait dans des limites que nous avons assignées. Or, M. Denis nous dit [Recherches expérimentales, etc., page 270) :
•* La proportion la plus élevée qu’ait présenté l’élément •* fibrineux a été de 4, et la plus faible de 2. ■>
En parcourant les observations particulières de M. Denis, on constate facilement que la fibrine s’y trouve successivement représentée par tous les nombres intermédiaires entre ces deux extrêmes. Si donc M. Mandl avait lu l’ouvrage de M. Denis il aurait vu que, dans 74 expériences relatives au sang veineux d’individus sains et adultes , cet habile expérimentateur a rencontré pour la fibrine : 3 fois le nombre 2,9 (expériences 16e, 52e, 54e); 2 fois le nombre 3, 1 (expériences 14e et 48e); et enfin 9 fois (expériences 5°, 31e, 34“, 43e, 44e , 55e, 58e, 62e et 73") ce chiffre 3 que M. Mandl a ainsi rayé, de son plein pouvoir, dès recherches de M. Denis.
Mais passons à la nombreuse liste d’auteurs que M. Mandl a cru devoir opposer les uns aux autres. Il nous permettra d’en faire quatre catégories bien distinctes.
Dans une première catégorie nous rangerons Müller. Ce physiologiste a trouvé 4, 96 de fibrine dans le sang de bœuf, mais il s’agit ici du sang de l'homme seulement; Müller n’est donc pas en cause. Dans un autre travail nous aurons, nous aussi, à nous occuper du sang des animaux et alors nous serons heureux de nous trouver d’accord avec l’illustre expérimentateur allemand.
Dans une deuxième catégorie nous rencontrons Berzélius, qui fixe à 0,750 le chiffre de la fibrine; Davy qui l’évalue à
1 ,500, et enfin Sigwart qui le porte à 4. Ces trois expérimentateurs se contentent de donner ces résultats sans entrer dans plus de détails , sans que nous puissions savoir si leur analyse a porté sur du sang appartenant à des individus sains ou à des individus malades, et quand on considère qu’il n’y a pas une seule de ces trois évaluations que nous n’ayons eu occasion de rencontrer dans le cercle de nos recherches relatives au sang pathologique , on doit admettre que ces observations sont trop incomplètes pour entrer en ligne de compte. Il résulte d’ailleurs de la lecture du passage de Berzélius , et il doit en être de même pour les deux autres , que ces résultats ont été fournis par une seule analyse, et n’oublions pas qu’il s’agit ici de moyennes et non de cas isolés , individuels.
Dans une troisième catégorie, se placent MM. Lassaigne et Berthold. Le premier atrouvé 1 ,200, et le deuxième 1 , 900 en fibrine. Mais encore ici l’analyse n’a porté que sur un seul cas , et dans des circonstances où nous avons prouvé que 1a. fibrine était souvent diminuée en proportion. Chez ces deux sujets en effet, la saignée avait été pratiquée pour faire cesser des accidens de pléthore. Or, il s’agit ici seulement du sang d individus placés dans des conditions physiologiques.
Nous sommes donc autorisés à négliger complètement les résultats fournis par ces trois catégories d’expérimentateurs : les uns ne donnent que des renseignemens insuffisans , les autres ne se sont pas placés sur le terrain de l’état physiologique , et c est une moyenne physiologique que nous cherchons.
Dans une quatrième catégorie enfin, nous trouvons Fourcroy , M. Nasse, M. Denis et M. Lecanu. Voyons ce que nous apprennent ces quatre chimistes.
Fourcroy s’exprime ainsi [Système de connaissances chimiques,, tome v , pag. 132):
“ La quantité moyenne de cette matière (la fibrine), prise •• sur six sangs d’hommes différens, s’est élevée dans nos “ expériences, à 2,800 (1). »
M. Nasse (d’après M. Mandl, /oc. cit ., page 194) trouve comme moyenne de douze expériences, 2,550 de fibrine.
M. Denis [/oc. cit., page 270), dit :
La proportion moyenne (de fibrine) est cellede 2,700. ~ Enfin tout le monde sait que M. Lecanu a fixé cette proportion moyenne de fibrine à 2,948.
Si à ces chiffres nous ajoutons celui que nous avons d’abord emprunté aux savantes leçons deM. le professeur Dumas, et dont nous avons eu de fréquentes occasions de vérifier l’exactitude , nous verrons que, relativement à la quantité moyenne physiologique de fibrine qui entre dans la composition du
(1) M. Mandl pourrait objecter que Fourcroy ajoute :
« Sur un plus grand nombre de sangs comparés , le minimum de sa « proportion est de J,5o et le maximum de 4,30. »
Ce passage ne prouve absolument rien, relativement à la quantilé moyenne normale de fibrine que Fourcroy reconnaît dans le sang de l’homme. Car il est évident qu’il devait avoir des raisons pour ne pas faire entrer ces résultats dans son évaluation de la quantité moyenne normale. Et ces raisons sont faciles à deviner : «ce sont, dit-il, des sangs comparés. Ce sont donc des sangs fournis par des sujets qui n’étaient pas dans des condition^ physiologiques; peut-être même, parmi ces sangs, s’en irouve-t-il qui n’appartiennent pas à l’espèce humaine. Le silence absolu de Fourcroy, sur les sources qui ont fourni ces sangs, autorise à le supposer; et nous avons appris à ne pas conclure à. la légère de l’espèce humaine aux animaux, en matière de sang, et surtout de fibrine. N’a.térons donc pas volontairement l'évaluaiion de la moyenne normale de Fourcroy, en y faisant entrer des résultats qu'il a cru lui-même devoir en exclure.
sang de l’homme adulte , la science possède cinq évaluations qui sont représentées par les chiffres suivans :
Nasse. 2,550
Denis ‘ 2,700
Fourcroy 2,800
Lecanu 2,948
Andral et Gavarret 3,000
Nous ne savons pas si M. Mandl persiste à trouyer dans les faibles différences qui existent entre ces cinq évaluations seules admissibles , un argument contre l’exactitude des procédés analytiques employés dans les recherches de chimie pathologique. Mais les chiffres précédens nous paraissent, au contraire, déposer hautement en faveur des résultats que les travaux de ce genre ont déjà fourni à la science. Il serait bien à désirer que , dans les nombreux problèmes que la médecine nous présente encore à résoudre, l’observateur pût s’appuyer sur des bases aussi stables, aussi certaines que l’évaluation delà quantité moyenne de fibrine qui entre normalement dans le sang de l’homme.
Nous avons dû commencer par démontrer d’une manière incontestable combien étaient peu fondés les reproches de div ergence que M. Mandl avait adressés aux expérimentateurs qui se sont occupés de la composition du sang; mais nous ne quitterons pas ce sujet sans protester hautement contre cette fatale tendance qui porte certaines personnes à s’appuyer suides contradictions réelles ou apparentes , pour nier les résultats nouveaux annoncés dans la science. Qu’importe en effet que tel observateur soit en désaccord avec tel autre? ce qui importe réellement , c’est de savoir lequel des deux est dans
le vrai , et quels sont les faits qui méritent de prendre rang parmi les connaissances définitivement acquises. Ne voit-on pas qu’en cherchant ainsi à arrêter les efforts des expérimentateurs qui tâchent de s’ouvrir une voie nouvelle , on enraie en pure perte les progrès des sciences? Est-on donc en droit de nier l’exactitude des procédés de la chimie inorganique parce que les chimistes de nos jours sont venus corriger les chiffres fournis par leurs devanciers? Est-ce que personne a essayé de jeter le moindre doute sur les immenses conquêtes de la physique , parce qu’un jeune savant , M. Régnault, est venu modifier le chiffre du coefficient de dilatation des gaz , donné autrefois par son illustre maître, M. Gay-Lussac? Laplace a relevé les erreurs d’Euler , et cependant les sciences mathématiques n’ont pas cessé de marcher d’un pas rapide. Et sans sortir du domaine de la médecine , ouvrez les traités d’anatomie pathologique , et niez , si vous osez , les immenses services qu’ont rendus à l’art de guérir les études des altérations des organes malades ; et pourtant vous pourrez vous donner facilement le plaisir de constater bien des contradictions même entre les auteurs les plus modernes. Etvous, vousmême, monsieur Mandl, vous avez publié un ouvrage dans lequel vous avez placé à côté les unes des autres les nombreuses figures par lesquelles vos devanciers ont représenté un même globule , une même fibre élémentaire , vous avez ainsi mis au grand jour les incalculables faits contradictoires dont pullule la micrographie, et cependant votre foi n’a pas été ébranlée, vous n’avez pas abandonné vos recherches spéciales , vous n’avez pas, de désespoir, brisé votre instrument, et vous avez bien fait. Car, nous vous dirons, nous: le microscope est appelé à rendre, et a déjà rendu de grands services. Discutez,
— Zi —
contrôlez, vérifiez les faits nouveaux, tout cela est scientifique, mais ne niez pas obstinément 1 exactitude d un piocédé, sous le vain prétexte que les expérimentateurs sont en contradiction , et surtout ne le faites pas quand la contradiction n’existe qu’en apparence, et qu’un examen plus mûr ne vous eût pas permis de l’admettre.