‹ Réponse critiqueChapitre 15 sur 31 · CINQUIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LETTRE

Lyon I le i5 Octobre 1819*

Monsieur,

* Nous ne devons pas prouver la Religion chrétienne aujourd'hui autrement qu'elle ne fut prouvée lors de son établissement ; nous ne devons pas apporter d'autres preuves que celles qui convertirent les juifs et lès païens. Si elles ont suffi pour subjuguer l'orgueilleuse raison des Justin y des Athénagore , des.Lactance , des Arnobe , tous philosophes païens , elles doivent encore nous suffire aujourd'hui pour subjuguer celle des Feuillade. Or, les apôtres, au milieu du Sahnédrin , devant les philosophes, au milieu de l'aréopage , à la cour de Tibère , en présence de Festiis , ne discutèrent aucun dogme; ils prouvèrent leur mission par celle de Jésus-Christ.

« Ma prédication , dit S. Paul , ne con-^ » siste pas dans les prestiges de l'éloquence » et de la dialectique , mais dans la manifes- » tation de l'esprit et de la puissance , pour » que votre foi soit appuyée non sur la sagesse

( i35 ) » humaine > maïs sur la puissance de DIeà » même (a)» )•

Les preuves qu^ils donnèrent de leur mission , furent.donc comme l'exige M. F.... , é\^identes\ extérieures et sensibles. C*ëloIt un lif^re ouvert à tout le monde , et chacun poui^oit jr lire sans le secours de personne (6). L'ignorant comme le savant put juger qu'un boiteux marchoit droit , qu'un paralytique ëtolt guéri , que les morts ressuscitoient , que Tombre de Pierre, les linges de Paul guérissoîent.

Nous ne pouvons trop le répéter , tout Fourrage de M. Feuillade roule sur cet unique principe : Que les motifs de crédibilité d!unt religion incompréhensible dans ses dogmes dois^ent être clairs et ét^idens. Or , pour ôter aux preuves de la révélation chrétienne leur

(a) Et setmo meus et prœdicatio mea , non iit persuabilibits humanœ sapientiœ verbis , sed in os^ tensione spiritus etvirtutis. Ut Jides vestra nonsit im sapientiâ hominum sed in virtute Lei ( I. Corint. II t 4 et 5 ).

(6) Oq ne sauroit trop le dire : ^^ Les motifs de cré- » dibilitë d'une religion incompréhensible , doivent » être un livre ouvert à tout le monde , et chacun » doit pouvoir j lire sans le secours de personne. 9; ( Feuillade , tom. I. , page 79 ).

( i36 ) clarté., leur évidence, pour se dispenser d'attaquer et de combattre leur certitude , il a faussement supposé, comme un point de doctrine avoué et reconnu par les docteurs de TEglise , que la foi chrétienne ne seroit pas méritoire , si ses motifs étaient éçidens. Absurdité qui n'a jamais existé que dans son livre ! chimère qui n'est inventée que pour bâtir un système d'impiété ! calomnie qui a été cent fois réfutée et toujours répétée ! Je me suis souvent demandé à moi-même pourquoi un incrédule qui se dit de bonne foi , n'attaque-t-il pas directement les livres de nos philosophes chrétiens , tels que ceux des Huet , des Pompignan , des Bergier , des Bulkt ? Pourquoi ne les combat-il jamais en face , ne les réfute-t-il pas ? Pourquoi , feignant d'ignorer qu'ils existent , ne fait-il que rhabiller de vieilles objections , tandis que le philosophe chrétien combat corps à corps , pied à pied son adversaire , s'attache à lui , lui arrache son masque , le dissèque ? Pourquoi , au lieu de combattre des êtres chimériques, de vains fantômes , ^ ne s'attache-t-il pas à convaincre un Bergier, un Huet, un BuUet, d'ignorance oh de mensonges ? Pourquoi aucun incrédule n'a-t-il osé intituler son livre : Réfutation, de Bossuct , réponse à BuUet , Huet con--

( i37 ) vaincu d'impostures / Parce qu'il lui eut été impossible de se mesurer avec eux, parce qu'à côlé de ces géans , il n*eût été qu'un pigmée. Pourquoi n'a-t-il à opposer à ses adversaires que des gambades , des sarcasmes , des lazzis 4e carrefour , des pasquinades , le rire sardonique et répigramme? Pourquoi? Parce qu'il n'en faut pas plus dans un siècle où le pajoadoxe tient lieu de vérité, où l'ignorance s'érige en censeur, le vice en réformateur , le pyrrhonisme en oracle , le préjugé philosophique en immuable vérité.

De tous les cultes qui se prétendent rei^élés 5 il fiLy en a aucun , sans ' en excepter même ceux du paganisme , qui ne passe pour tel dans V esprit de la plupart de ceux qui y ont été élei^és , parce que chacun d'eux s'attribue la gloire des miracles , quil n'y en a point qui riait eu ses martyrs , et qui ne professe une saine MORALE (a). Vieille objection ! Que prouve-

(a) L'aateur du Christianisme dévoilé avoit dit : 9> L'indien assure que Brama lui-même est l'auteur •> de son culte ; le Scandinave tenoit le sien duredou» 99 table Odin : si le juif et le chrétien ont reçu le 9} leur de Dieu , par le ministère de Moïse et de Il Jésus , le mahométan assure qu'il a reçu le rica

( «38 ) t-ellé ? sinon, comme nous Tarons déjà dît , que tous les peuples n'ont pas la vanité philosophique de croire leur raison une émanation de la raison éternelle ; sinon que , convaincus de leur foiblesse , ils ont cru l'autorité divine nécessaire pour établir parmi eux une religion ; sinon que par-là ils rendent hommage au droit exclusif qu^ils reconnoissçnt dans la divinité , de déterminer le culte qu'ils lui doivent.

Examinons si Tindien , le Scandinave , le mahométan apportent en faveur de leurs législateurs les mêmes preuves que les juifs et les chrétiens allèguent en faveur de la mission surnaturelle de Moïse et de Jésus , et si ces preuves ont les mêmes caractères.

Voilà la question que le plus mince séminariste eût indispensablement traitée ; il eût d'abord examiné si les îniracles de Mahomet étoient de même nature que ceux de Moïse et de Jésus ; il eût examiné si les prestiges des Mages de Pharaon étoient comparables aux miracles de Moïse , et ceux de Simon le ma« gicien et d'ÂppoUonius de Thyanes , à ceux

>i par son prophète , inspire du même Dieu ( Christ, 91 dévoilé 9 page 62). C'est ainsi que les philosopher » 6e copient et $e prêtent les lumières. »

( 1^9 ) de Jésus et des Apôtres. Pas un des ëclaîreurs du siècle n*a. osé aborder cette <}uestion ^ celui auquel nous répondons , comme ses confrères , Ta prudemment laissée de côté , et l'on sait pourquoi.

Il ne Ta pas fait , c'est donc à nous à le faire encore une fois.

La révélation des juifs et des chrétiens a été

prouvée et se prouve encore par des signes

. éi^idens , extérieurs et sensibles. Elle a été

prouvée par les prophètes , par les miracles et

par les martyrs.

Nous ne parlerons pas ici des prophéties» M. Feuillade nous assure que nos livres saints ayant été falsifiés , ne peuvent prouver que . contre nous , lorsque nous les produisons. Nous laisserons donc ce genre de preuves de côté , n'en ayant pas un besoin pressant. Nous y reviendrons dans un autre moment.

Des miracles. Chaque peuple , dit M.

Feuillade , s'attribue la gloire des miracles. Sans doute , parce que tous les peuples eu ont senti la nécessité pour subjuguer les hommesj parce que les miracles et les prophéties sont le langage du maître de la nature ; parce que ce sont des signes extérieurs , évidens et SENSIBLES , tels que les demande JI. Feuillade ;

TBTceqiielsi plupart des hommes ne sonlfrap-^ pes que de ce qui tombe sous leurs sens; parce que c'est un lii^re oui^ert à tout le monde , où chacun peut lire sans te secours de personne ; parce que ces preuves sont à la portée des personnes tes plus bornées ^ de celles par conséquent qui ne suivent pas lire (a) ; parce qu'un paralytique , un aveugle , un sourd , un muet , qui se sent guéri par un mot de Jésus-Christ et des Apôtres , n'a pas besoin d'une consultation de médecins , ou de philosophes pour juger que sa guérison est un miracle , et que le sentiment intérieur prévaut en ce cas au jugement même de Tinstitut ; parce que tous les peuples savent que Dieu ne déroge pas aux lois de la nature sans dessein > sans raison , sans motif important ; qu'il n'agit point au hasard , uniquement pour étonner et pour tromper les hommes ; mais que s'il interrompt d'une manière éclatante l'ordre de la nature et dans un cas particulier, c'est pour éclairer, convertir, corriger le genre humain > arrêter le torrent des erreurs et des vices y maintenir sur la terre la connoissance du vrai Dieu , y rétablir la vraie religion , et en pré-

(a) Pag. 79 , 8i , 84.

venir la ruine ; parce que, pour ouvrir les jjreux à de stupides mortels qui méconnoissent Dieu dans ses œuvres , il faut leur prouver qu'il est le maître de la nature ; parce que l'interruption momentanée de Tordre physique est nécessaire dans Tordre moral; parce que Dieu, en se servant de ce moyen , agit conséquemment; parce qvie sa sagesse ne se dément pas , et qu'elle suit un plan raisoimé conforme à la nature de l'homme.

Les miracles sont im^oqués en faiseur de toutes les religions vraies ou fausses ; donc ils ne proui^ent rien. Tel est le résumé que j^ai pu extraire en termes précis des pages 8i à 85. — Mais comme le dit ensuite M. Feuillade: Dieu ne veut pas sans doute que nous croyions au hasard et a Vas^enture {a). Il ne veut pas que le peuple juif, que les enfans d'Israël confondent les miracles opérés par Moïse avec les prestiges des magiciens de Pharaon ; ceux de Jésus-Christ avec ceux de Simon , d'AppoUonius de Thyanes , et aujourd'hui avec les amusemens physiques des Pinetty , des Comte et des Cortius. La différence en doit être énorme ; elle doit être, comme le veut M. F...., exté--

(a) Page 85. •

rieure , évidente et sensible ; elle doit tomber sous les sens d'un peuple grossier , ignorant % elle doit rendre stationnaire la langue d un phi-losophe y et alors le miracle sera double. Con-r

venez , M. F , que je suis moins difficile

que vos théologiens distingués que vous êtes allé chercher à Paris , et qui vouloîent absolument museler les hommes comme des ânes 'sauvages.

Qu'est-ce qu'un miracle ? C'est, strictement parlant , un acte qui surpasse les forces de toute créature. Telle est la définition qu'en donnent les cahiers de philosophie. D'autres l'ont défini une suspensiçn des lois de la nature ; mais pour parler plus exactement , le miracle suspend l'efifet de la loi particulière relative à tel corps» Ainsi , le miracle du buisson ardent ne faisoit que suspendre sur tel buisson l'eflfet naturel du feu j et n'ôtoit pas au feu en général la propriété de brûler.

La constance et la fixité des lois physiques nous sont connues, non-seulement par lexpérience , mais encore par l'immutabilité des lois morales. Que deviendroit la société si Tordre physique étoit sujet A des interruptions fréquentes ? Si la nature n'offroit rien de certain , la société n'auroit rieci d'assuré, ni dans ses

( i43 ) engagemens , ni dans ses devoirs. Si la nature ne scelloit'pas elle-même la tombe de nos pères , que seroit le droit de succession ? Ne seroît-il pas toujours éventuel , si la résurrection pouvoit être accidentelle-, et se trouvoît même au nombre des cas rares , mais fortuits ; les suites éternelles de la mort ne changeroientelles pas de couleur aux yeux des mortels ? Si même y par une erreur de la nature, une vierge pouvoit être mère , que deviendroient les lois de là paternité , les liens du mariage et ceux de la société ? Si de simples paroles avoient des effets sensibles, tels que ceux de guér ir ou de troubler la santé , quel soin prendrions-nous de notre conservation et de celle d'autrui ? Si un homme , pour transporter son corps ne rencontroit aucun obstacle , ni dans les eaux , ni dans les airs , ni même dans les autres corps , quelles barrières pourroient assurer notre repos et notre vie ? Si le cours des astres pouvoit être naturellement suspendu , comment distinguerions-nous les temps , comment fixerions-nous nos devoirs ?

Il nous reste à examiner si le miracle est. possible , s'il est facile de le discerner d'un fait naturel ou d un prestige , et enfin s'il peut ser^ vir à confirmer Une doctrine et une religion ,

(i44) et s'il prouve également le faux comme le vrai. Tel est lefFet d'une erreur , qu il faut nécessairement poser des principes qui paroissent éloignés pour la ruiner de fond en comble. M. F... n*a point , dira-t-on , attaqué les miracles , et c'est une discussion étrangère au sujet. N'est-ce pas les attaquer , que de dire que chaque culte s'attribue la gloire des miracles î N est-ce pas dire que le miracle, servant à prouver \à faux comme le vrai , ne prouve rien ? Qu'il ne peut être une œuvre de Dieu , soit parce qu'il est impossible de sa nature , soit parce que prouvant également tous les cultes , Dieu , essentiellement vrai , ne peut employer ce moyen pour établir une vérité parmi les hommes* D'ailleurs , cette question bien établie nous servira de levier pour faire crouler l'œuvre de M. F....

Le miracle estait possible t A ce mot de miracle , il n est pas un bel esprit sortant de Técole polytechnique , qui , ne pirouettant sur ses talons, ne m'honore d'un rire de pitié. Le ton décisif et insultant avec lequel il en parle ,. joint à la lueur éblouissante de ce qu'il dit y fait ordinairement impression sur les îgnoraus et les femmelettes à boudoir. Cependant ce jeune savant ne devroitpas rire ; les pîitriarches de Tim-

( ,45 ) pieté ne sont pas d'accord sur cette question : uns disent oui , les autres disent non. Il faut qu'rl sache que Rousseau nous dit qu'il faudroit enfermer ceux qui prétendent qu'un miracle est impossible (a) ; que Voltaire transforme en fous des plus absurdes ceux qui prétendent qu'un miracle est possible (b). Et moi je conclus que ces deux docteurs , jugés l'un par l'autre , étoient des fous qu'il falloit enfermer.

Quant àÎM. F.... , en attendant de nouvelles lumières , j'espère qu'il ne contestera pas la possibilité des miracles , vu qu'il a dit aux athées que Dieu étoit tout-puissant. Ainsi , passons à la seconde question.

Peut-on facilement discerner le miracle d^un fait naturel ou d'un prestige f

A cette question, nous répondrons qu'une expérience plus de 5ooo ans nous a appris que le tombeau ne rendoit aucune de ses vic^ times , et qu'une résurrection est une exception ou un miracle. Qu'un malade guérisse par des remèdes , lentement , en reprenant ses forces peu à peu , c'est la marche de la nature ; qu'il guérisse subitement à la parole d'un homme , sans conserver aucun reste , ni aucun ressen-

(ji) Troisième Lettre de la montagne , p. 87%. C^) Diction, pkilosos. r,*' Miracle >

( i46 ) liment de la maladie ; qu'à la voix d un thau* maiurge les morts ressuscitent, que les aveugles-^ nés voient , que les sourds entendent , que le paralytique se lève et marche, que le muet parle, que les eaux deviennent solides sous les pieds , que les tempêtes se calment, que ce thaumaturge rassasie cinq mille hommes avec cinq pains, etc. , pour décider si ces œuvres sont surnaturelles , il ne faut être ni médecin, ni philosophe , ni naturaliste : la plus légère dose de sens commun suffit.

Mais s'il est impossible de discerner avec certitude un miracle d'un fait naturel , pourquoi le déiste rejette-t-il les événemens de rhistoire sainte qui lui paroissent miraculeux, pendant qu'il admet sans peine et sans difficulté ceux dans lesquels il n'y a rien que de naturel. 11 ne veut pas croire les premiers , parce que ce sont des miracles , et cependant ces mira-' des ne sont autre chose que des faits naturels , lorsqu'ils lui sont prouvés. Si une contradiction dans un philosophe pouvoit étonner , une aussi grossière ne seroit-elle pas surprenante ?

Autre contradiction : un miracle peut être constaté , s'il est possible ; et s'il ne peut être constaté , si Dieu ne peut le rendre tellement sensible , qu'il soit incontestable , à quoi ser-

( 47) viroit - il ? Ainsi , de sa possibilité découle nécessairement le principe de son évidence et de sa certitude.

Prom^e-t-il également le vrai comme le faux f C'est David Hume qui a fourni à M. F..,, cette objection; c'est-là où il a puisé son système i nous allons le réfuter dans sa source.

« En fait de religion, dit-il , toutes les diffé- » renées sont des contrariétés. Il seroit impos- » sible que la religion de l'ancienne Rome , » celle des Turcs , celle de Siam , celle de la » Chine, et la nôtre , fussent toutes également » établies sur de solides fôndemehs. Or, chacune p de ces religions produit des miracles opérés ï» en sa faveur , et dans la vue directe de ron- » firmer le système qui lui est propre. Tout » miracle qui appuie Tune , est un démenti » forinel donné aux miracles vantés par les » autres (a). »

M. F.... ne m'accusera sûrement pas d'avoir affbibli son objection en allant la chercher dans son auteur primitif.

11 est faux que les partisans des fausses religions soient autant de témoins qui déposent contre nos miracles. Autant vaudroit-il dire que

(jt) Dixième essai f p« i47'

les faux-monnoyeurs sont des témoins contre la monnoie frappëe au coin du Prince.

Il est faux que la religion de Tancienne Rome > des Turcs , desGhinois, soient comme la nôtres toutes également bâties sur de solides fondemens.

La nôtre est fondée sur des œuvres de toutepuissance , sur des miracles. Ces miracles ont été antérieurs à la religion ; sans eux ellen'existeroit pas. La création a précédé la religion naturelle ; elle lui sert de base et de fondement.

Quatre siècles après le déluge , Tidolâtrie commençant à infecter les nations , Dieu choisit parmi les descendans des Patriarches ," celui qu^il destinoit à être la tige d'un nouveau peuple. Ce fut Abraham , âgé pour lors de 7 5 ans ; le Seigneur lui apparoît , lui parle ; nouveau miracle. « Sortez de votre pays , lui dit-il , » quittez votre famille , venez dans le 'pays que » je vous montrerai , etc. (a). »

Abraham , fidèle à cette révélation miracu^ leuse , se transporte dans la Palestine , nommée pour lors la terre de Chanaan ; il est appelé y par les habitans , hébreu^ étranger, voyageur s ce nom a passé à ses descendans. Là, il reçoit

(a) Gen. c.^n , I, xyni, 8, XXU, 18.

( «49 ) -de nouveaux ordres. Le Seigneur lui apparoit encore : autre révélation miraculeuse. «Con- » sidérez , lui dit le Seigneur, cette contrée, » depuis les frontières de l'Egypte jusqu'aux 9 bords de TEuphrate , je la donnerai à votre 3» postérité ; je la multiplierai comme les étoiles 7> du ciel et les sables de la mer (a) ; Sara , » votre épouse , est stérile , mais elle aura uu 3» fils que vous nommerez Isaac. Ismaè'l (la » souche des Arabes et des Turcs) que vous » avez eu d'une étrangère , sera la tige d'un *> peuple nombreux et possesseur d'une vaste » contrée ; mais il ne sera pas théritier de y* ma promesse ; c'est par Isaac que je veux 1» l'accomplir. En voici les conditions : vous

» PRATIQUEREZ LA CIRCONCISION ; VOUS et VOSf

» descendans porterez sur votre chair ce signe » de l'alliance que je fais avec vous. »

Arrêtons-nous : voilà donc une révélation, et de plus , un miracle ; c'est Dieu lui-même qui parle et qui se communique : et c'est sur ce miracle qu'est fondée , qu'est basée la couttune de la circoncision chez les Juifs , chez les Arabes , c'est-à-dire , dans les enfans d'Isaac et d'Ismaèl. Le miracle a donc précédé la cou-

(fl) Gcn. XIU, i4f XV , 5 , i8.

( 1 5o ) tune; et la pratique d/e la circoncision , cou- Sjeryé^ jusqu'à ce jouf p^rini les seuls descen-* d^ns d'Abrahaip y les Juifs et les Arabes , n'estelle pas unp preuve évidente, sensible et extérieure de cette ri^véUtion ?

4e demanderai maintenant à M. F...., comment il a pu mentir à lui-même , à sa cons-^ çîence , à la face de tous les Juifa , de toutes les sectes chrétiennes , de tous les Catholiques» lorsqu^il a dit impudemment (a) : Je deman^ dcrai . . . quels sont ceux depuis Adam jus^ qu'a Moïse qui ont prout^é la divinité de leur mission par des propiges.

£$t-ee un prodige que lapparition du Créaiteur devant sa créature , que la commutiication immédiate de la créature avec le Créateur ?

Toutes les pages de la Genèse , depuis Adam jusqu^à Moïse , ne sont qu'un tissu de pro«» diges 9 et M. le vicaire de Privas demande quels sont les prodiges qui depuis cette époque ont servi à éprouver la divinité des diverses missions.

JEst-ce un prodige que le sacrifice dlsaac et la substitution de la victime ?

Est-ce un prodige que l'apparition des Anges

ddnslaTaliëe de Mambrë, qui annoncent à Sara, cui desierarU fieri mulièbria , la naissance d'Isaac ?

N'est-ce pas un prodige que la révélation faite à Noé, que la structure dé son vaisseau, que la conservation des espèces animales , que la variété et la confusion des langues ? Mais je rougis de n'avoir à combattre ici que ^e l'impudence ou de ^ignorance.

La circoncision a donc été fondée sur plusieurs miracles et sur plusieurs prodiges*

La loi de Moïse n^a-t-eile pas également pour fondemens une quantité prodigieuse de miracles , dont rénumération ne serviroit ici qu^à, grossir, cette lettre.

Hors des religions judaïque et chrétienne ^* ]e somme M» Feuillade et tous le^ déistes de* me produire une religion quelconque , basée , fondée sur des miracles qui soient antérieurs à son existence^ Yoilà déjà plusieurs siècles que ce défi est donné aux sociiûens y jamais ils n'ont relevé le gant, toujours ils ont été sourds , et M. F,.., le sera également.

Il est faux que toutes les religions produisent en leur faveur des miracles c^érés dans Isivue directe de confirmer Le système qui leur est propre. Je

dis plus i à rêxception des religions judiiïque et chrétienne , aucune n'en peut produire de réels.

Nous défions M. Feuillade et tous ses confrères de citer dans les autres religions un seul prodige qui ait toutes les conditions suivantes :

1.° Qui ait été opéré dans la vue directe de confirmer le système propre à cette religion , ou de prouver la mission de son fondateur.

2.® Qui soit attesté par un nombre de témoins oculaires y dont plusieurs aient répandu leur sang pour en sceller la vérité.

3.® Qui ait été fait en présence de spectateurs ennemis , élevés dans une religion différente , et qui les ait convertis.

4*^ Qui ait soutenu pendant i8 siècles la plus sévère critique , sans qu'on eh ait jamais pu démoiitrer la fausseté , ni affbiblir la croyance. ' Voilà, M. Feuillade , des difiicultés à résoudre, qui sont d'une bien autre nature que celles que TOUS avez placées dans la bouche de vos théchlogiens distingués. Travaillez, exercez votre sagacité à trouver dans les autres religions des miracles antérieurs ou concomitans à la mission de leurs auteurs , et qui aient ces quatre caractères , alors vous serez digne de Tapothéose ; votre chef couronné de laurier , surmonté d'une Qëunme légère , sera placé à coté de celui da

patriarche de Ferney , dans la bIl)Iiothèqtie publique de Lyon. •

Nous avons prouvé la possibilité, la nécessité du miracle et de son évidence , pour établir parmi les hommes une vérité morale ; nous avons prouvé Timpossibilité qu'un miracle , œuvre de la Divinité , pût concourir à prouver le faux comme le vrai.

Des Martyrs. M. Feuillade nous a encore dit que le ^ témoignante des martyrs étoit nul » parce que , comme les miracles , tous les cliltes qui se disent révélés , sans en excepter mémo ceux du paganisme , ont eu leurs martyïs.

Ce mot signifie témoin. Lorsque Jésus-Christ confia aux Apôtres la mission de pirêcher Tétangile , il leur dit : « Vous serez mes témoins dans » Jérus^em 9 dans la Judée , dans Samacie y » et jusqu^'aux extrémités de la terre (a) ; » et ^ S. Paul : « Vous rendrez témoignage à totis les » hommes de ce que vous avez vu et entendu (fr). » ' Déjà il leur avoit dit : « On vous livrera aux » tribulations , à la mort même , vous serez en » haine à toutes les nations à cause dé mbn

(a) Et erîiis nùhi testes in Jérusalem f etinomni Judéed et Samwriâ et ustjfue ' ad ultimum terr^^ ( Act. apost. 1,8).

C^) Act. aposV TU^II , i5. î ' ; ^"'

( i54 ) s> nom (a) f quiconque me confessera 4eVdi2^ D les hommes , je le confesserai; devant mou h p^re; quiconque me reniera deyanl les hommes^ » je le renierai devant mon père qui est dans » les cîeux (i). »

DeiàTertulliencOiiclut que la (pi chrétienne est un engagement au témoignage^ au JOiartyre. Fidem martyrii dehiiriçeni^ > Sur quel objet peat-OA : adpaettre la preuve p^r iéinoin l Sur les faits ^ lis île se. prouvent pas autrement ; et remarquez-le \>Vàfi ^ , M. F. ». > jamais ^ur les opiKiiqnSm .

^pliM^ présence des tril^unaus s^agit-il d'im fait juteux ^ XXX procède par Une enquête; ce qui n'a jamais lieu sur, uûe question de droit. Tout hqinp^e cs^pable.de vqir et d'entendre. petit étra ^dmis à Tendre témoignage . d'un fait beiisibie y parce que l<^s senis ^ont le3 méit|es.daQa;tou» les hQtnmes* C'est à cet unique léiuoig^agé que Tierre 9 Paul , boirnent le^râ prétentions» «^ Nous » ne pouvon;» nouS: dispenser de publief te que » nQu$ avons vu et -ent^odu. . . . Nousiiommes y»' téfnoins àQ ce que nou^ vous disons de

(a> TuHC tradsnt vos in- tribulationeta et occident vos et aritis odio wnnibu^. ^ntibuspropter nomet^ meum ( Matth. , XXIV , 9 ).

( i95 ) V Jésus-Ghmt (a)« Ce que^nous avons ehtenâii^ tf dit S. Jean , dès le commencement , ce que i> nous avans vu de nos yeux , ce que nous :» avons vérifié avec attention , ce que nos j» mains ont touché du Verbe Vivant , et rendu ,ï> sensible ; voilà ce que nou3 vous annonçons » et vous attestons (6).»

Lorsque S. Etienne , les deux S. Jacques, S. Pierre , S. Paul , S. Siméon , et tant d'autres , versèrent leur sang , qu attestèrent-ils ? — Qu^ils avoient vu Jésus-Christ opérer des miracles , qu'ils avoient vu , au nom de Jésus- Christ , les morts ressusciter , les jyàralytiques recouvrer Tusage de leurs membres , les boiteux se redresser , les sourds entendre , les limets parler , les aveugles voir ; enfin qu'ils avoient vu Jésus-Christ vivant , mort et ressuscité i^ qu'il leur avoit ordonné de prêcher telle doctrine. Sur ces iaiià sensibles , leur témoignage est-il valable ? Les outres religions. ont-elles de pareils témoins à produire ? Voilà toute la "question.

Lorsque S. Ignace , S. Polycarpe j S. Pothîn, S. Irenée, successeurs immédiats des Apôtres,

(a) Act. dpost. , IVf 20, V j 5a.

{b} Joan. 1,1»

versèrent leur sang ^ qu'aitestèrent-îls au milieu

des arènes , sur les chevalets ? Qu'ils avoient

entendu les Apôtres prêcher telle doctrine ,

comme^ venant de la bouche du fils de Dieu ,

raconter ses miracles et sa résurrection comme

témoins oculaires } qu'ils avoient vu les Apôtres

eux-mêmes faire aussi des miracles pour preuve

de leur doctrine et de leur mission ; qu'ils

avoient vu , selon la promesse de Jésus-Christ ,

les poisons , les serpens perdre leurs venins ,

hi oracles se taire, les prêtresses devenir muettes ,

les démons fuir au nom de Jésus , ou rendre

témoignage à ce nom redoutable ; qu'ils avoient

vu les malades guéris par l'ombre de Pierre, par

l'application des linges de Paul ; qu'ils avoient vu

les élémens assujettis à la puissance des Apôtres,

et toute la nature recevoir d'eux la loi souveraine;

qu'ils avoient vu ces mêmes Apôtres sceller de

leur sang leur témoignage , et la commission

qu'ils avoient reçue de publier les mêmes faits

et enseigner la même doctrine. Voilà encore

des objets sensibles, dont ces martyrs étoient

témoins compétens.

Dans le 3.* siècle, le témoignage étoit le même. Les martyrs attesloient en mourant que leur religion venoit de Jésus-Christ et. des Apô^ très , par le canal de leurs disciples, j que les

( i57) miracles de J^^sus-Christ et des Apôtres étoient prouves par des monumens qui subsistoient encore , par le martyre de ceux qui les avoient vus , par la multitude de ceux qui les avoient convertis. Souvent ils avoient vu eux-mêmes de nouveaux miracles , et sur-tout celui de là propagation de TëvangUe. Ils attestèrent donc en mourant des faits palpables et sensibles , et ujie doctrine qui reposoit sur des faits.

Telle est la chaîne indissoluble du témoignage des faits évangéliques (a).

La preuve des miracles est enchaînée avec celle des Martyrs : elles sont Tune et Tautre inséparables. En effet, sur quoi le monde auroitil cru un événement tel que la résurrection de Jésus-Christ ? Eût-il cru sur la simple et nAÏve exposition du fait ? Mais le fait est incroyable*, au-dessus de toute peiisée et de toute iniagi- Dation. Eût-il cru sur le dire , sur l'éloquence, sur la force persuasive dés Apôtres ? ~ Mais c'étoient de pauvres pécheurs illit^rés, obscurs, sans fortune, sans appui, sads aucun secours humain, grossiers, ignôraiis , nistiqiiés , barbares dans leur langage, en but à tout ce que

d) Traité de la iwie Religion ( tonu IX , P. 471, et 476). -. .

l'éloquence , la philosophie , le sophisme , l'artifice, Tironie , pou voient produire contré eux de plus enchanteur , dé plus itnpôsaut , de plus insidieux , de plus ingëiiiebx y de plufî piquant.

Il s'agissoit d'une affaire importante , du f epos et de la vie. Ce n'étoit pas assez que de triompher de l'orgueil des philosophes , de la loquacité des rhéteurs y il failoit encore triompher des bourreaux , des tigres , du fer et du feu ; parce que , comme dit Tertullien y le monde entier ^embloit n'avoir d'autre affaire que celle de verser le sang des chrétiens , et de noyer le christianisme dans un déluge de sang, et de larmes. Noslri sanguinis effusio y ^&mne mundi ne^otium.

- De quelle nature sont ces témoins ? Ce n^est pas ici ilhë question d'une légère importance. Ëtdient^ce des^ bornâmes corrompus ou vicieux ? IcLy sans ^a|>porter Ie$ actes des martyrs, les lettre» de S. .Cléinen;t y d^ S. Ignace , les actes de S. Polycavpe ^ la lettre de l'Eglise de Lyon aux Eglises d'Asie y nous nous contenterons d'appuyer tous ces litres du témoignage de nos ennemii^ xnéiûes : c'est chesreux que nous puiserons nos preuves.

059 ) ^ Vbicî ctlùi que rend Plîne aux clrrétièiis martyrs, dans sa lettre à Trajan:

^ Ils assuroient • . • qu'à un joiir ihârcfué ( le » dimanche ) , • ils s'assembloiènt atàiit le lever }> du soleil , chantoient tour-à-tôuf deâ vers à * la louange du Christ , COMME S^IL EUT été » Dieu (a) ; qu'ils s'engageoieht par serment, )> non à quelque crime , mais à hé point côm- » mettre de vol , ni d'àdultiêre , â iie point 3» manquer à leur promesse , à ne point niet

» un dépôt L'affaire m'a paru digue de

ii vos réflexions , par la multitude de cent qui » sont enveloppés dans ce péril ; car ua très« » grand nombre de personnes de tout âge , » de tout sexe , de tout ohdre^ Sôût ei feront » tous les jours impliqués dans cette accnsa^ » tion. Ce mal contagieui n'a pas seulement » infecté les villes, il a gagfië les» villages et » les campagnes (6). » '

Celse lui-même avoue que les chrétiens étoient

(a) Carmenque Christo , quasi Eeo diùàre secum inyicem.

Notez le bien, M. F...<, , c'est Jans le premier siècle Je l'Eglise, qae les Martyrs rendoient témoignage ^ la Divinité, de Jésus-Christ. Pline est-il aassi fakifié l

(Jb) Pline, l,Xj lettre 97* ... , ^

âes hommes modères , tempérons , sages et intelllgeus (a).

L'Empereur Ântonin , dans ^on rescrit aux Etats d'Asie , reproche aux païens obstines à persécuter les chrétiens , que les hommes dont ils demandent la mort, sont plus verlueux qu'eux ; il rend justice au courage , à l'innocence , au caractère paisible des chrétiens ; il défend de les mettre à mort pour cause de religion (6).

Ces martyrs soiit-ils des ignorans ? sont-ils de la lie du peuple ? Pline vous a dit qu'ils étoient de tout ordre , de tout rang. Mais Brutius y historien païen , cité par Eusèbe (c) , BOUS apprend que beaucoup de chrétiens furent proscrits et exilés sous Domitien , parmi lesquels on compte Flavia Domitille , nièce de Flavius Clément , consul , et Flavius lui-même , cousîn-germain de Domitien {d) , qui furent relégués dans une île du Pont , parce qu7/^ ai^oient attesté le christianisme. Dion range

(a) Ôrîg. adv. Ceï. , l.I, n.<> 27.

(b) Vçrsion de la chroniqae d'Eusébe 9 par S. Irenëe»

(c) Justin , apolog. I , v^^ 69 t 70 ; Eusèbe , bis t. , 1. IV , c. i5. .

{d) Flavlum Clementem patruclem suum ( Su^ » i^îe de Po0iit. , n.? i5). ^

parmi ceux qui souffrirent pour la foi, le consul Acilius Glabrio (a). Pomponia Granina , femme illustre , mariée à Plantius qui avoit triomphe de l'Angleterre, accusée de superstitions étrangères , fut jugée par un conseil de famille (&)*

Ce sont , dit TertuUien , toutes les conditions, toutes les dignités , les avocats , les sénateurs^ les courtisans mêmes ; ce sont , dit Arnobe , les orateurs les plus éloquens , les plus incré-* dules y les jurisconsultes les plus éclairés , les philosophes les plus défians ; ce sont , dit S. Polycarpe , les graiids , les petits , les nobles , les roturiers ; ce sont , dit Hégésippe , les premiers de la synagogue; c'est un Gamaliel, c'est un Paul , un Joseph d'Arimàthie , un chef dé la synagogue, dont Jésus-^Christ avoit ressuscite la fille , et plusieurs de la maison d'Aristobule ^ c'est un Denis et plusieurs membres de l'aréopage d'Athènes ; ce sont des philosophes ; c'est un Quadrat , un Aristide, un Athénagore, un Clément , un Ammonius , un Origène / un L.actance, un Arnobe , un Anatdlius, un Basile^ un Jean-Chrysostôme. *

C'est sur les têtes abattues de ces témoins,

(a) Dion dans Xiphilin , vie de Dom^tien. C^) Tacite ^ annales ( L. XIU , nt.'' 3^ ).

( »60 c est sur leurs cendres ^ c'est sur leurs tombeaux , que se sont élèves ces temples augustes , qui leur rendent témoignage à leur témoignage , où Ton adore encore aujourd'hui JX,, où Ton prêche son, évangile p où Toq e:&plique ^a doctrine, où les langues , le^ coeurs , les villes , les provinces , les empires , et le monde entier , se rendent à 1 envi pour célébrer le$ louanges , et pour lui rendre leurs adorations et pour glorifier la mémoire de ces généreux témoins.

Ces preuves , ces témoignages sont , je le crois, éi^idens ^ extérieurs et sensibles; c'est , à ce qu'il me semble , un livre où tout le monde peut lire*

Voyons maintenant si les autres religions ont de pareils témoins à produire.

Nous né pjarlons pas des Juifs y dont la reli-* gion. , comme la nôtre , repose sur des faita surnaturels y dont les preuves sont encore existantes. Elle a eu ses martyrs ; elle a pu en avoir tant que la chaîne de tradition a duré ; mais cette chaîne étant une fois rompue par la ruine et la dispersion de la nation , elle ne peut rien attester qu'en vertu de ses livres , qui déposent contre elle.

De quel fait un chinois , un païen , un mahométan, un tnontaniste , un donatiste ,

tin. lutherjen , un. calviniste^ un socinien , un déiste , sera- 1- il martyr ou témoin ? Qu'un luthérien » un protestant meure , plutôt que d'abjurer sa doctrine , quel fait atteste-t-il ? par quel fait cette doctrine Ipi a-t-elle été démontrée? Lorsque Michel Servet le socinien , qui est au martyrologe des déisteç , fut martyrisé par Calvin, et brûlé vif le 27 octobre i553, sur la place de Genève ; lorsque Valentin Gentilîs eut la tête tranchée le 9 septembre i565 9 pour la plus grande gloire du déisme,, par arrêt du ^énat protestant de Berne , à quel fait rendoient-ils témoignage? Par quel fait évident^ extérieur et sensible Lulher, Calvin et Munster fivoient-ils été convaincus d'abord de leur mission et puis de leur doctrine ? Où sont les miracles qu'ils ont opérés? Quels sont les tépioins qui sont morts pour attester ces miracles ? Quels sont les témoins , et de la constance des premiers témoins , et des miracles arrivés dans cette circonstance et sur leurs tombeaux , ou des conversions surprenantes qui s'en sont ensuivies ? Qu'un fanatique meurt pour ses opinions ou ses rêveries , il ne fait aucune déposiriion^ il ne rend témoignage de rien que de son opiniâtreté , que de son enthousiasme , que de son fanatisme ^ que de son orgueil , que de

( i64) rivresse de son imagination ; mais il n'attesté aucun fait qui justifie son entêtement.

Voilà les seuls témoins que les autres religions

pourront produire. Mais lorsque M. F aura

trouvé parmi ellesunmartyrologe tel que le nôtre, lorsqu'il en produira les actes, il lui sera permis de dire qu'il n'est point de religion qui nait eu ses martyrs.

Un des motifs secrets qui engagent tous les déistes à confondre le culte avec la religion y est d'ôter à la religion une de ses preuves les plus palpables , les plus sensibles , les plus évidentes , c'est d'anéantir le lii^re dans lequel tout le monde peut lire sans le secours de personne. Car si la religion étoit le culte > comment le culte seroit-il un témoin de la religion ? Si la pensée étoit la parole, comment la parole rendroit-elle témoignage à la pensive? Le culte est un monument élevé à la révélation primitive et consécutive.

• Ce qui distingue la religion chrétienne catholic[ue (a) de toutes les autres , c'est que son divin auteur a placé près de son berceau , nonseulement des historiens , des prophètes , des

(«r) Nous noas copions noas-mémes. (Voyez Tinlro» fluction pag. ij , du Traité hist, et doem. dhs Fêtes mobiles ). i

miracles.

( »65 ) nîracleS) des témoins ; mais qu'il a encore fondé des monùmens destinés à transmettre à perpé'^ tuité aux générations futures, même les plus reculées, les preuves irréfragables de son origine. C'est dans ses fêtes que son législateur a jeté de prodigieux et de vastes moni^mens , qui ^ reposant sur le berceau du genre humain , s'élan*** cent dans la nuit des siècles , pour porter au milieu des nations de la terre les plus éloignées, an milieu d^s peuples civilisés , au milieu des barbares, au milieu des sauvages , le flambeau, de la révélation. L'histoire surveillée , dirigée par Dieu lui-même , burine les faits ; les ihonu-^ mens, coname les pyramides d'Eg3^te, les attestent. L'histoire écrit,. les monumens parlent ; elle n'écrit que dans une langue , et les fêtes parient dans tous les idiomes. »

« Bien différentes des fêtes du paganisme ^ celles des enfans d'Israël n avoient pas pour fon-dément Timagination des poètes , elles ne reposoîent pas sur des fables , sur des contes , sur de vagues traditions. A Tappui de leur calen-* drier , les enfans de Jacob portoient au milieu des nations leur histoire ; leur législation civile d religieuse , traduite dans la langue alors unir verselle , qui , soutenue et appuyée de la chronologie , de la géograpl|iie , domioient un dé-

mex^ti formel à umte^ l^s ^inulquiti^s i^nXmSj^ iJout se yantQJi^jat certain^ peuples. »

^ Sans xeco^^i^48«ls raptiq.ui,tëftaïen|ie, traitsportQ^s-i^i^us , chez les idol^tric^ nptpdernes , chez .ce peuple qui sçroit le ply^ .ancien de la terre , si le peuple Juif ;ti'exist,oit plus , et qui jsp Cf oit le plus éclairé, ^là , les écoles relenili^sent des leçons de la plus, sublime morale , .et las myaç^ y sont l'asile des délires les plus j^xtraya^^an^ d^e la superstition. Interrogeons les théogonies d^;^a Bonze et d'uij JLamas. Qu'y trpuvons-nous ? Des Cables monstruenses , des coules prodigieux , semblables aux songes d'un fiéyreux, dénués de toutes prenyes , de toute pspèce de témoins , de monumens audieujiqiies , dépouillés de toutes circonstances de temps et de lieu;^^ , sans aucun rapport , san^ aucupe liaison ayec Thisioire ou la chronologie d'aucun peuple. Ouvrons leur rituel , assistons à leurs fêtes , même absence d'idées , de raison et de yérités ; comUie leur histoire , leurs fêtes sont sans suite i sans liaison , sans but moral ; elles sont un tissu d'extrayagançes prodigieuses. » .

.Entrons dans leurs teiçples : là, malgré les pris de la. décence et de la pudeur, les yçux les ^plus jiafdis sont .heurtés ^ la vue des

< lÔ? ) îtiûles^ infâmes dont la figure et la posture annon^ cent ou représentent la débauche. Le même lettré qui jeteroit feu et flamme si sa femme ou sa fille iaissoit paroître le bout de son pied ^ les conduit gravement dans un myao , et se prosterne à côté des Bonzes et des Lamas , ministres de cette monstrueuse idolâtrie , devant des figures de divinisés représentant au naturel ^ comme Mars et Vénus dans les féted grecques et romaines , de lascives turpitudes. >>

« C'est le caractère propre de la vraie leligion , d^être également m^veilleuse et cei> taine dans ses fêtes , dans ses institutions » dans ses livres , dans ses dogmes y dans s» doctrine, d^ns sa morale, qui est pure comme son auteur. »

« Lesqiiracles flirentuécessaîres pourprôuter que Dieu parloit , ^t pour réveiller les bommesi accoutumés à voir les merveilles de la naturel tons les admirer; mais il fallut ensuite prouvei^ à la postérité les miracles , pour justifier la foi de tout reproche d'aveugle crédulité ; et comme la foi, fondée sur ces miracles , devoit ^tre perpétuelle , quoique ceux-ci ne tiùssen< pas Têtre , pour perpétuer cette fei , il fallun transmettre , d une manière certaine , le sou^ Tenir des mtrteiUes qui avœeiit arraché ï^

moBde entier auz'brillantes iUasions Jq 'paga^' nisme. i»

« Il fallut que leur certitude reposât sur deê monumens indépeudans , quoique solidaires , sur des* institutions religieuses et sur des tables historiques. Pendant que Thistoire burinoit les merveilles dont les peuples avoient été témoins yi ceux-ci en consacroient le ^Souvenir dans leurs temples par des fêtes annuelles. C'est ainsi que les premiers témoins de la résurrection de J. C. ^ du miracle de la descente du Saint-Esprit ,, çn établirent aussitôt le souvenir à perpétuité : et où ? Dans le lieu même où il s'étoit opéi^é , et au mitieu d'un nombre prodigieux d'homjnes qui en purent vérifier par eux-mêmes la vérité ou là fausseté.)»- . « L'histoire ne pouvoit être à la- portée du peuple y des ensuis , des ferhmes; de& esclaves et des ignorans , et cependant tous avoient uà droit égal au bienfait de la révélation ; c'es^ pourquoi les fondateurs du christianisme iiis-^ tituèrent des fêtes , établirent des monumèns qui , quoique muets , dévoient éloquemmen^ parler à tous les yeux , retracer aux sens le& plus épais y porter aux générations les plu» reculées le souvenir des merveilles dont la^génér^ cation présente avoit été. témoin..»;

( ï69 ) .. « Les fêtes du christianisme , placées dans le cours de Tannée chrétienne , sont conuoe ces pierres placées par les enfans d'Israël au milieu du Jourdain : Ut sît signum inter vos. Leur retour périodique ,' leur solennité , servent à exciter la cui;iosité de l'ignorant; Tenfant, frappé dans ses sens , interroge son père et sesancétre^ sur leur but et sur leur motif : Quid valant sibi isti Lapides / Ces fêtes , leurs cérémonies sont là pour , rappeler à perpétuité aux enfans des hommes le souvenir de la nou-^ velie alliance que Dieu , dans la personne de son. Fils , est venu contracter avec eux : Idcircb positi sunt lapides isti in monu-'^ mentum filiorum Israël in œternum (a).. » « Chez les Juifs , la fête de Pâques , la cérémonie de [r Agneau , attiestoient la sfortie de TEgypte j celle de la Pentecôte , la loi donnée, sur le mont Sinaï ; la fête des tabernacles , leur demeare dans le déseyrt : Ut discant postert vestri quod in tabemaculis habitare fecerim filios Israël , cum educerem eos de terrd Éjgypti (h) : et le législateur a soin de leur rappeler sans cesse que ces fêtes sont là pour l'instruction de leurs enfans : « Rappelez-vous,

' Ça) JosuélV, 6 el 7. C^) LcTit. XXIII, 45. \

( .70 ) 9 }éiir dit-il , des jours anciens ; transportez-^ 3> TOUS au«*del.à desgénératiohs; interrogez votre n père , il y répondra; interrogez vos ancêtres ^ p ils vous instruiront (a). »

*> Est-ii jamais venu dans Fidée d un imposteur d'ëtablir une fête , une cérémonie pour conserver le souvenir d'un événement fabuleux , et de vouloir y assujettir les témoins oculaires de la fausseté du fait : ce seroit une preuve de foUè complète dans un législateur , et dans le peuple qui s'y soumèttroit. »

» Le sabbat patriarchal , ou là fériation dû septième jour , avoit surnagé dans le déluge derreurs qui avoient submergé le genre humain (b) ; il déposoit parmi toutes les nations en faveur de la création , contre les philosophes tpii faisoient le monde éternel , contre les rêves

(a) Mémento dierum antùfuorum : et cogita gene^ tationes singulas , interroga patrem tuum f et annUrv* tiabit tihi , et majore^ tuos et dicent tibL ( Deater. XXXII , 7 ).

(À) Nous ayons rapporté mille et une preares de la ;leriation da septième jour parnii tous les peuples de la terre , même païens , dans notre Traité histx et dogm, dëjà cité, t. I^p. 4 e^ 5 9 nous nous c(^ten« terons d'y renroyer le lecteur pour ne pas grossir inutilement cet ouvrage.

byGoogk

ie ceux qui admettoîent à sa formation le con* cours des atomes , contre les païens qui se donnoient une antiquité prodigieuse , tels que les Chinois , les Indiens , les PhénicEens , les Egyptiens (a). »

« Le sabbat judaïque , outre la création y attestoît au monde entier les miracles que Dieu avoit faits en faveur de son peuple , lors dcf sa sortie d'Egypte : il étoit de même date que les événemens qu'il attestoit. Si Moïse n'a point fait de miracles pour mériter la confiance des Hébreux , il faut assigner une cause naturelle aux veriiges dont ils ont été attaqués pendant quinze cents ans , et dire comment ils se sont soumis à des mœurs, à des usages , à des l^is, à des £êtes , à une religion qui les génbient ^ les isoloient , les faisoient détester de toutes 1^ nations. »

« Comment les premiers qui ont embrassé cette loi ont-ils pu se résoudre à déilientir tous les jours le témoignage de leur conscience? Comment un juif non convaincu des miracles de Moïse , a-t-il pu dire ; J'immole tous les ans un agneau avec telles cérémonies , en

Il .1 i"!

(a) Extrait du Traité hist. et dogm. des Fêtes» etc» fom. I , p. 39 et 40. ,

^némoire de notre délivrance miraculeuse de l'Egypte et du passage de la mer Rouge ; j'ofire à Dieu le premler-né de mes enfans, de, mes troupeaux , pour me souvenir que les premiersnës de mon peuple ont été sauvés des coups de Fange exterminateur ; je célèbre le sabbat toutes les semaines , pour attester non-seulement la création , mais encore le miracle de la mfanne dont Dieu nous a nourris dans le désert. Si ces rits n'ont pas été pradqués par ceux mêmes qui a voient vu les faits , comment, â quelle occasion , par quelle cause , cette phrénésie a - 1 - elle commencé et s'est - elle perpétuée ? » Que M. Feuillade réponde.

« De même la résurrection de Jésus-Christ est le miracle décisif dont les apôtres se sont attachés à perpétuer la mémoire ; ils n'en ont pas voulu seulement faire une fête annuelle , ils en ont fait une fête hebdomadaire pour qu'elle fût plus sensible et plus mémorative. Il étoit impossible à un homme non convaincu de sa réalité, de se soumettre à recevoir le baptême , à célébrer le dimanche , à entendre continuellement la narration de te prodige dans les assemblées des fidèles ; cependant , c'est après avoir ouï publier cette merveille par S. Pierre , au milieu ûe Jérusalem, que des milliers de juifs ont demandé le baptême.»

« Si les faits évangëliques sont vrais , l'institution du dimanche , religieusement observée pendant dix-huit siècles est concevable ; s'ils sont faux , c'est le plus étonnant miracle qui soit arrivé dans l'univers , qu'une institution faite par douze hommes simples et sans artifice , au milieu d'un monde civilisé , mais pleins de mille préjugés diamétralement opposés; qu'une institution qui détruisoit de fond en comble mille autres antiques institutions qui avoient pour elles le respect des peuples. Prodiges pour prodiges , ceux de l'Evangile sont plus croyables que celui de l'institution du dimanche bâtie snr une fable; les uns sont des merveilles qui surpassent ma raison , les autres sont des délires (a). »

Ainsi , le dimanche , les fêtes de Noël , de. Pâques , de la Pentecôte , etc. , qui sont toutes d'institutions apostoliques , qui sont unii^erselles , sont des laits naturels si l'Evangile est vrai , sont des miracles si l'Evangile est faux ; mais dans l'un et dans l'autre cas, ces fêtes sont des signes éi^idens , extérieurs et sensibles de la révélation; elles sont un lii^re ouvert a tout le monde , et chacun peut y

{a) Extrait da tom. I du Traité histor. et dopnat. des Fêtes principales et mobiles de rjEglise<^,

Ci74)

lire sans le secours de personne (a) , pourvu <fu*il ait des yeui et des oreilles. »

La révélation du chrislîiànisme étant un faît^' est donc prouvée par <f autres faits antérieurs et consécutifs qui sont les miracles , par la depositîoû des témoins oculaires ou des tnartjrsj par les moniinaéns toujours subsistans et san^ aucune altération , qtri déposent près de la postérité en faVéur de sa réalité.

Ce serdii sans douté ici le Heu d^apporter encore parmi les preuves sensibles , évidentes et extérieures de la révélation , l'unité% ïa sainteté, la catholicité où Funi^ersalité dé sa doctrine. Maïs comme M. Feuillade a fait un chapitre sur t Infaillibilité de TEglise , lious n'anticiperons pas sur le j^lan qu'il nous a tracé ; et parmi les pteUvés sensibles de la révélation, nous n'apporterons ici que celles'que nous fournissent sa sainteté et sa pureté. Ah ! j'en appelle à rhonnêteté publique : qui oseroit mettre eu comparaison, le christîanistne avec^rirréligion, le chrétien aVec riiùpîé?

Pour être assuré que Ton prend le parti le plus honnête , il faut ù^a voir rien à se reproche^ ni du côté des maîtres dont on prend les leçons , ni du cdté de ceux à qui Ton s^allie , ni <ïu

(a) FeuiUade ^ fom. I, j^ag. 79*

( 175) côté des principes que ron adopte. Or, pai tous ces endroits le chri^ianisme n'a-t-il pas ravantagé âur toute espèce d'incrtédulitéâ ? I^ous n'avons à rotigir, M. F..«, ni des aniteurs de notre foi, ni de nos pères dans 1^' foi y ni àei partisans de notre foi , ni des conséquences dé notre foi. Quel est celui de vos adeptes, M. lô Vicaire, qui pourrôit en dire autant? Quel est celui qui, ayant quelque pudeur, oseroit vous avouerettousrecoiinoître, vous, prêtre apostat, pour le père , Tauteur de sa doctrine ? Ah ! McMisieùr, cette preuve n'est-elle pas extérieure, ïi'est-elle pas éi^idente , ne vous est-elle même pas trop sensible /

Si nos philosophes modernes savoient rougir, oseroient-ils remonter à la source de lenr doc* irine , ôseroient-ils produire leur généalogie ? Ëpicure , Biagoras , Théodore ont ouvert,récole; Celse, Porphire, Jambtique, Julien, Crescent, Cécilius, Hiéroclès furent tes canaux impurs qui répandirent lenr doctrine dans ces derniers siècles : Spinosa , Servet , Yanini , Socin , Bayle , Hobbes , Toland, GoUins l'ont renouvelée. A la suite de ces noms tous voués à l'opprobre, on place ceux des Diderot, des Voltaire, des Rousseau, des prêtres apostats Raynal , Fauchet , Chabod , Grég.... et Sy..., et

(176) le vôtre , Monsieur , Tiendra aussi prendre s« place au piloris, ou au carcan de rhisioire*

Tous les hommes qui naquirent pour lé malheur <lu genre humain furent ëlevës sûjP les genoux des philosophes. Aristote forma Alexandre , et Alexandre ensanglanta la terre et poignarda son ami Clitus. Le vertueux Platon fut l'instituteur de Denis le jeune , tyran de Syracuse.

Epicure et Lucrèce applanirent le chemin du capitole à Marins , à Scylla et à Cësar. Ce furent ces philosophes qui donnèrent le signal des guerres civiles , et dressèrent les camps de Pharsale et d'Actium. Ce fut l'athéisme dont Rome étoit infectée qui présida aux conférences de l'île duRéno, oùOctavien, Marc- Antoine et Lépide échangèrent , Tun la tête de son oncle , lautre celle de son frère contre celle de Cicéron.

Ce fut le philosphe Théodote qui conseilla à Ptolomée d'assassiner le grand Pompée qui venoit lui demander un asile : Un mort ne mord pas, disoit-ilen souriant , comineRarrère , autre philosophe français , disoit ; les morts ne rei^iennent pus. L*infâme Sénèque, si vanté par Diderot, allaita de sa funeste doctrine réxécrable Néron ; déjà riche à 16 millions, il reçut pour prix de $es leçons les dépouilles de

( *77 ) Britannicus \ ce fut lui qui composa le discours que son parricide élève prononça devant le së^ nat, pour se justifier du meurtre d'Agrippiné sa mère. Quintilien disoit que Domitien étoit un Dieu; Martial, qa'Othon étoit fort au-dessus de Caton. Un autre fit des vers en l'honneur de Néron qui venoit d'épouser GanimèdeJ Le philosophe Lucain qui , pour éviter la mort , dénonça sa mère, disoit que si les horreurs de la guerre civile étoient nécessaires pour préparer les voies à Néron, les crimes et les désastres devenoient des biens à ce prix : Ipsa nefasque , hdcmercede placent (a). Tous ces Messieurs faisoient bonne chère à la table du tyran, et buvoient à la ruine de Rome. Enfin les Romains Êitigués dé ces sophistes qui les infectoient, les chassèrent de la capitale du monde (b).

(n) Qa*on lise tontes les productions de nos philosophes libéraux , tant en prose qu'en vers , sous le régne de l'usnqpatenr ; quel curieux rapprochement ces Messieurs nous foumiroient avec leurs aïeux ;. ^ous, dans tous les temps, se sont roules dans la fange anx pieds des tyrans de leur pajs. M. Feuillade lui* xnéaie n'a outragé la Divinité de Jésus-Christ » que pour brûlerie plus fétide encens aux pieds de Napoléon (^ y ojrezV analyse de son ouvrage ).

( 6 ) Tu yeux y mon ami , disoit à an d'eux Carias ^ ta yeax (][ue je te salue comme an philo-

Julien j le patron des apostats , ne doit sa Iionteuse place dans Thistoir e, qu'aia leçons des sophistes Ëcëbole et Libanius.

Housseau , le djéiste Rousseau , le bon , le Tertueux Jfean-Jacques, rauteur d'Emile, chargé de l'iéducaûoo die d'Ëspînai , eut la consolation de le voir renfeiimé à quinze ans , parce que ce jeune homme ayoit voulu empoisonner son père.

Voltaire comptoit partui ses adeptes les jeunes |jabarre et Ëstalonde d'Abbeville , condamnes à être décapités et brûlés par arrêt du parlement de Paris en. 1766, convaincus des der* xiiers excès d'impiété sacrilège (a).

•ophe 9 renon€& à la soif des richesses , à la rengeance avilissante > aa stnpide amour de Tor ; ne te regarde pas comme un Dieu auquel tu es le premier à faire des sacrifiées ; ne fais pa^ le chljen co^cb^nt ppur parvenir ; ne sois pas un meiitenr insigne , ^a ' flatteur à faire vomir 9 un mauvais fils , nii mai:(vais frère , un mopstre d'inbumanîtë et dç perfidie » ef ptlors je te mettrai dans cette petite classe d'hommes*

(a) La Barre ayant dépose que sa perversion étoit le fruit de la lecture des œuvres de Voltaire , et spécialement de son dictionnaire philosophique , Iç parlement ordonna que Vinfdme ouvrage seroit jfet< daqi$ le mémç bûcher que le cadavre du malheureux qu'il ayoit rendu fw iievx de rag^ contre b personne

?( 1790 Quels signes éi^idens^ extérieurs et sensibles de sainteté , ne trouverions-nous pas dans le parallèle entre les livres sortis de Técole de la philosophie , et ceux qu*a enfantes la religion ! Je me garderai bien de le faire : je ne ferai pas une pareille injure à la religion de mes

de JésQS-Christ. L'arrêt fat exécuté le 4 \a\xk 17669

j après que le coapaUe eut fait amende honorable 9

portaat l*ëcriteaa : Blasphémateur et sacrilège exé*

arable ( Voas frîsonnçz » M. F , rassarez-yoas ,

TOUS ayez sa choisir prademment votre teraps ).

Le complice de la Barre, le jeane Estalonde ,

ëcliappé à la justice 9 se réfugia auprès de son maître.

Voltaire 9 qui le prît en singalière affection , et le

. retint chez loi jusqu'à ce qa'il lui eut procuré du

iservice chez le roi de Prusse.

Ce prince 9 de son côté 9 accueillit avec distinction un jeune homme qui n'étoit dans le malheur que par son zèle à écraser Vinfâme* Il plaça comme officier dans ses armées celui que Voltaire plaçoit comme saint dans le calendrier des philosophes 9 et qu'il lui 4*ecosimaadoit sons le nom de Dlvus Estalondus. Voltaire 9 le philosophe-roi Frédéric , d'Alembert 9 dans leur correspondance 9 commencent par réduire les crimes de blasphémateur et sacrilège exécrable 9 au refas de saluer une procession de capucins. Puis en partant de ce texte , les trois philosophes se déchaînent tout à leur aise et en yrais énergumènes contre les juges qui ont puni de mort une pareille peccadille ( Louis XVI et ses rertus , tom. H , P; a5 — 52Q ).

pères. Sans souiller notfe plume des meurtriers paradoxes , des dogmes tracés par Timpié té, tant en vers qu'en prose , qui outragent le sens commun , qui bafouent Thonneuf , la vertu , là morale publique ,' toutes les lois , toutes les convenances, voybns-en les effets.

Les hérésdes , dit TertuUien, sont Touvrage dé la philosophie; le système de Valentin vënoit de Platon ; Marciohavoit emprunté des Stoïciens son dieu oisif; indifférent ; la mortalité de Tame appartient à Epicure ; la matière éternelfe d'Hermogène est sortie de l'école de Zenon ; Aristote leur a prêté sa logique versatile, occupée à bâtir et à détruire ; ils ont enfanté un christidnisme stoïque , platonique , académique ; etc. (a).

3N'c8t-ce pas les productions Infernales sorties da chib d'Holbach , n'est-ce pas la fabrication , la dissémination gratuite des livres corruptelirà {b) , qui ont creusé, dans toute saprofondeur,

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(a) TeriulL de prœscript. , c. VII.

(b) Pourquoi lea adorateurs de la raison restent-î^s dans le silence , dans la crainte \ Ils ne connoissent pas assez leurs forces. Qui les empécheroit d'avoir chez eux une petite imprimerie , et de donner des ouvrages utiles et courts (les cabinets littéraires et les gazetiers sont aujourd'hui les exécuteurs testamen-

cet

ret immense abtme qui a englouti le i8é? siècle^ «t qui menace d'absorber le 19,® ? oN'esf>-ce pa» au cri, à cet épouvantable cri: Ecrasez Vinfdmet qu'on yit surgir de l^outes parts jies démolisseur» * de lois , de mœurs et de civitisaticm ? N est-<:ei pas à cet épouyantable cri qu'on vit softir d» Tenfer Tesclavage ., le $utcide , rinfanticide , les sacrifices humains , la guerre et toutes se* fureurs ? C'est au ctï t Ecrases r infâme f que Ton vit toutes les passions entrer en fureur contre cette religion qui forme -son cortège des pauvres , des malades ^ des prisonniers , qui }ette constamment sur eux des r^egards de ten-r dresse » 4'inquiétude ^ qui le$ serre dans se» bras, qui iç^ ^baug^ daits soii s^in^ qui 1^ mouille de ses larmes , qui les noiirrii 4^. 3A' substance.. JScrasez ^'îrif(im^\% ^'crofe^, pfîur pies , écrasez cette mère seqôibîe ,qui vers^ sur vos plai^^ 1^ ban^e de 1^ çonin^ér^iQn ^^ de la santé yéi^u^ez ceir/^ mhw infatigatile»,^ quî cherche w^ tous lieun d^ quoi satisfeire à vq^

taires da Patriarche ) 9 dont lenrs^ amis seroîent le» senls dépositaires l — Ces petits livres ^u'on a soin de répandre partout adroitement , se siïccèdent rapi-> dément les ans aux autres : On ne les vend point , on. les donne à des jeunes gens et à ^es femmes ' ( LetU de yoltv à d'Alemb. àHelrei., mars^ctaoût t765->- *^

besbiiifl ; cette inère courageuse qui veille dan» les greniers y qui parcourt les chaumières , qui pénètre Tobscurité des cachots ; cette mère généreuse qui pardonne, qui oublie les injures même de ses ministres apostats , qui ne connoît point de crimes inexpiables , qui court audevant de ses enfans égarés , leur offrant d'une main Tespérance , et chassant de l'autre le désespoir; écrasez l'infâme, c'est-à-dire, celte Religion sublime de sainteté et d'amour, à qui seule vous êtes redevable de la tranquillité , de l'ordre , de la morale , et de tous les liens qui vous unissent !

M'est - ce pas le déisme (a) qui , armant tous les bourreaux de son code , c'est-à-dire , des droits de l'homme , a vomi sur notre infortunée patrie tous ces juges aux bras retroussés , tous ces assassins empanachés , qui ont égorgé pendant tant d'années leâ femmes, les enfans , les vieillards , ont fait disparoître du milieu de nous tant de générations , nous ont environné de feu, de flammes, de cadavres ^ et nous ont fait marcher dans le sang jusqu'aux genoux ? N'est-ce pas de l'école du déisme que

(a) Roberspierrè ëtoit déiste , et de plas que 9^. F , il proclamoit rimmortalité de Famé.

( i83 ) Boxïï sortis tous ces barbares , ces féroces acteurs; ces lâches et indolens spectateurs , qui ont brisé ou laisse briser toutes les barrières de .la justice^ de la pudeur , qui ont pillé les villes , lés temples , les citoyens , séduit ou terrassé la vierge tremblante , 1 épouse fidèle , qui ont ouvert et comblé la glacière d^Avignon , qui ont inventé les noyades de Nantes , les fusillades , les mitraillades de Lyon , et qui , semblables à la mort dans Milton , savourent toujours, avec délices Tçdeur des cadavres ?

C^est le déisme , c'est la raison qui n'a jamais été viciée , c'est la raison d'un prétro apostat (|RaynaI) , qui a engendré et fait pulluler tous ces hommes qui, depuis trente ans, profanent indignement le nom sacré de la patrie , pour le faire servir à leur ambition , à leur avarice , à leur cruauté ; c'est du déisme , c'est de ce cloaque impur que sont sortis tous cesliommes qui confondent à propos la liberté avec le libertinage, la crapule avec le plaisir, la rodomontade avec la bravoure , l'impudence avec le talent , tous ces hommes pervers , la lie du crime , le rebut des fripons ; c'est au foyer du déisme que sont éclos tous ces vers engendrés du cadavre clés factions , qui , aujourd'hui essaient encore. de se réunir en une masse putride , pour peser

( i84 > sur notre patrie régénéxée par la présence à'vm Roi très-chrétien y et pour arracher encore une fois ce serpent d'airain , planté par la religioit sur notre sol infortuné !

Vous croyez peut-être que la vue de cet affreux tableau fera sur M, F.... le même effet que fit jadis sur Boscoris celui du jugement der*nier. Non , ces preuves ne sont point encore eV/dentés. Vous croye^t déjà le voirie front humilié , le corps couvert d'un cilîce aigu , les yeux cal-icinés par des larmes brûlantes. Non, Monsieur, détronipez-.-vous , ces preuves ne sont point encore sensibles* Cest un prêtre apostat ; regardez - le 5 aucune larme ne sillonne sa physionomie immobile et de plomb , aucun soupir xi'agite et ne soulève son cœur; semblable aux laves de TEthna qui calcinent le terrain qu'elles parcourent , le déisme dans le cœur d un prêtre^ le corrode, le brûle , le rend à jamais sec, raccorni , stérile , et le ferme à tous re-^ mords. Excœça^it enimillos malitia eorum^ ( Sap. II, 2,0)^

Je suis avec respect , etc.

RÉPONSE CKTOQUE

Ï»AR M.» A. t.

À UN OUVRAGE INTITULÉ i.

PROJET DE RÉUNION

DE TOUS LES CULTES

Publié par M.' FEUILLADE»

AHCIEir yiCAIRE os PBITAS.

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